Le savon dans tous ses états, on est chez Frédéric Dard, forcément !
La mission de San Antonio est très claire : il doit emboiter le pas à un certain Boris Alliachev. Celui-ci le guide jusqu’à un restaurant au nom glacial… « La petite Sibérie ».1 Là, San Antonio se fait avoir par une femme belle comme c’est pas possible, qui détourne son attention et lui fait louper sa filature. Disparu le Boris Alliachev ! Et c’est très embêtant, quand on sait que cet individu était en possession de documents secrets barbotés au ministère de la Guerre. Il va falloir être malin pour trouver où est passé Boris et où sont passés les documents volés. Il n’y a peut-être pas très loin à chercher.
Frédéric Dard prend sa voix la « plus suave, « celle qui a obtenu le prix décerné par la maison Cadum », pour égrener les décès. Les morts pleuvent dans cet opus… et on suit difficilement notre enquêteur, qui va, de cadavre en cadavre, finir par mettre la main sur qu’il cherche !
Une mission chouette à n’en pas douter
Finalement, San Antonio est parfaitement dans son élément ici. Interpol a demandé à son patron de filer Boris et de ne pas le lâcher. Une mission au poil, qui fait dire à notre San Antonio préféré : « Croyez-moi ou aller vous faire épiler les poils du nez pour vous confectionner une brosse à dents, mais rien n’est plus grisant dans notre job que de filer un julot dont on sait qu’il maquille des trucs louches. » Oui, c’est bien joli tout cela, mais encore faut-il garder les pieds sur terre et ne pas tomber amoureux à chaque instant !
Une femme belle à n’en plus pouvoir
Au restaurant « La petite Sibérie », San Antonio est fasciné par une femme superbe, qui soupe avec une espèce de malotru. Cette jolie dame est une « blonde », au « visage bronzé » et aux « yeux pervenche » !
Un patron de restaurant qui joue les clients à n’en pas douter
Le malotru qui dîne avec Monique n’est autre que « Férareluir », le propriétaire de « La petite Sibérie » !
L’idée est de faire tomber San Antonio dans un piège, de lui coller Monique dans les bras le temps d’empoisonner Alliachev et de faire disparaître son cadavre. Du grand art !
Une femme noble à n’en plus pouvoir
La femme en question se nomme Monique de Souvelle ; elle vit à Enghien, dans une « somptueuse propriété ». Elle y mène San Antonio et on voit à peut près quel peut être la suite des évènements.
Une veuve rousse à n’en pas douter
Il y a du mystère qui plane au-dessus de la jolie tête blonde de Monique. En effet, si elle a emmené San Antonio boire un verre (et pas que…), dans ce qu’elle nomme sa propriété familiale, il s’avère que, très vite, le même San Antonio se rend compte que la très belle villa n’appartient nullement aux Souvelle, mais bien plutôt à une flamboyante veuve, Mme Godemiche. Une veuve d’une trentaine d’années, « rousse » à souhait. Une veuve, qui n’a rien de très honnête et qui s’avère être la cheffe de bande d’une équipe de malfaiteurs.
San Antonio, qui ne recule devant rien, retrouvera les documents secrets qu’il recherche cachés profondément dans le soutien-gorge de la belle rousse.
Une bonniche rousse à en mettre sa main à couper
La bonniche de la veuve Godemiche a le visage criblé de taches de rousseur, ce qui signe un tempérament pour le moins roux. Elle finira le corps criblé de balles. Cette petite Annette (Annette Piedchaud) aimait beaucoup les cosmétiques, comme en témoignent ses « ongles carminés » !
Un collègue sale à n’en pas se laver
Bérurier est sale et « malodorant ». Frédéric Dard nous le dit régulièrement. Ses ongles sont d’une couleur qui ferait « s’évanouir une manucure » !
Logiquement, lorsque son patron San Antonio lui passe un savon, c’est franchement pour son bien : « Et un savon, c’est le cadeau idéal pour le Gros. Lorsqu’il passe plus d’une heure dans le burlingue, j’ai l’impression de m’être installé au zoo de Vincennes, section des fauves. »
Un brigadier courageux à n’en pas imaginer
Le brigadier qui doit prêter main forte à San Antonio est trouvé à son poste dans une drôle de position. En effet, il est en train de s’ôter les « cors au pied avec un rasoir à main » ! Cors ou « durillon », le cœur de Frédéric Dard balance entre les deux appellations !
Ce qui est sûr, c’est que notre brave brigadier réalise, sur ses heures de service, une activité de « self-pédicure » qui concentre toute son attention.
Un brigadier, au teint rouge, « apoplectique », qui ne « pouvant rougir » pique, tout de même, un « fard ».
Un lecteur copieusement insulté
Frédéric Dard s’en prend ici à nos « petits cerveaux minuscules et poussiéreux » ! Il considère que son lecteur n’est pas très gâté par la nature et qu’il peine à suivre les intrigues compliquées sorties de son génial cerveau. De ce fait, notre « débilité mentale » (invoqué deux fois dans le texte) ne fait de doute pour personne et surtout pas pour l’auteur de ce roman, qui prend un malin plaisir à se moquer de notre « air ahuri » !
Quand l’histoire se corse, quand l’auteur lui-même se prend les crayons dans le tapis, il y a des injures qui pleuvent et l’on n’est guère étonné de se faire traiter de « tronches pour publicité pour laxatifs » !
Et une mise au parfum
San Antonio met les gendarmes « au parfum des évènements », afin d’obtenir leur aide. Il met également son patron, le Vieux, au parfum : « En attendant, faut que j’aille parfumer le patron sur toutes ces giries. »
Et un savonnage en règle
Dans cette enquête, il y a des morts en cascade, un espion qui disparait… bref, pas de quoi complimenter San Antonio, qui se fait passer un joli savon par son chef. « Moralement, je me fais couler de l’eau chaude pour utiliser le savon qu’il me passe. »
Et un maquillage au sens figuré
En parlant de Monique, des proches se demandent ce « qu’elle a pu maquiller ».
Et un texte peaufiné
Il en a gros sur la patate, le cher Frédéric Dard. Il lance des petites piques aux académiciens… car il semble bien qu’il souffre d’un complexe d’infériorité par rapport à certains de ses collègues. Aussi, il nous le dit régulièrement… son style n’est pas si simple que cela. Il travaille son texte, l’épure, cherche le mot le plus adéquat… « Un homme comme moi se doit d’avoir un style élégant, souple, nerveux, musclé, c’est pourquoi j’édulcore, je remanie, je châtie mon langage. Le jour où je serai à l’Académie, je n’ai pas envie qu’un journaliste aigri vienne me brandir sous le nez un texte mal fagoté. »
Et un peu de pub pour la brillantine Cadoricin
Avec « Bravo Cadoricin » !
Et une histoire de brillantine assez originale. « La maison Bouglione qui m’envoie. Il leur manque un dompteur ; le leur s’est fait décapiter par un lion de l’Atlas. Une imprudence : il s’était mis de la brillantine avant de coller sa pipe dans le râtelier du fauve… »
Du brut pour les brutes, en bref
Ah ! il les aime les cosmétiques, ce cher Frédéric Dard, qui ne peut s’empêcher de ponctuer ses romans d’allusions à des marques aussi connues que Cadoricin ou Cadum. Dans chacun de ces romans, il y a de ces petites perles cosmétiques qui, au final, arriveront bien à nous faire un collier 3 rangs ! Merci M. Dard !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Dard F., Du brut pour les brutes in San-Antonio Tome 4, Bouquins La collection, 1233 pages, 2022

