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Le rasage, la théorie

> 12 mars 2017

Le rasage, la théorie Barbu or not barbu, telle est la question… et ce depuis des millénaires. Depuis que l’homme a découvert qu’un objet tranchant était capable de sectionner le poil et de rendre sa peau aussi douce que celle d’un bébé, il ne se prive pas de cet outil. Plus encore, il a acquis la liberté de faire le choix : soit laisser pousser sa barbe (ce qui sera jugé, selon les époques, comme un signe de respectabilité, de sagesse, de négligé ou extrêmement « tendance »), soit, au contraire, effectuer un rasage de près.

Nous ne résistons pas au plaisir de rappeler deux anecdotes du Grand Siècle qui prouvent que le rasage est un acte important qui n’a jamais été pris à la légère.

Une barbe de manant pour fausser compagnie à ses ennemis : après l’exécution du roi Charles Ier, le pouvoir est aux mains de Cromwell. Charles II tente de renverser la situation, par la force. Son armée est vaincue à la bataille de Worcester en septembre 1651. La Grande Mademoiselle, cousine du roi Louis XIV, raconte dans Ses Mémoires la façon dont Charles II, l’un de ses multiples prétendants, a quitté l’Angleterre. C’est la mère de ce dernier qui lui confie : « Vous trouverez mon fils bien ridicule ; car pour se sauver, il a coupé ses cheveux et a un habit fort extraordinaire. » Jugeant par elle-même : « Je le trouvai fort bien fait et de beaucoup meilleure mine qu’il n’était devant son départ, quoiqu’il eût les cheveux courts et beaucoup de barbe, deux choses qui changent les gens. »

Une barbe qui provoque l’hilarité générale : il ne fait pas bon se présenter avec un look hipster à la cour du Roi-Soleil. Une barbe hirsute déclenchera automatiquement des rires moqueurs. Le duc de Lauzun, emprisonné à Pignerol pour d’obscures raisons, en fit les frais. Il était de notoriété publique que, durant sa captivité, le séducteur impénitent avait quelque peu négligé sa mise. Paul Reboux le rapporte avec talent dans sa biographie Le duc de Lauzun - bourreau des cœurs : « Je veux le voir avec sa grande barbe de capucin » dit le roi. Le duc obtempéra avec joie. « Voir un seigneur en habit de cour avec les joues velues et une barbe en désordre, c’était un spectacle si bouffon que ce tour dérida chacun. » Et c’est en déclenchant un « royal éclat de rire » que le duc fit sa réapparition à la cour du grand roi. « Il déclara qu’il était bien aise d’avoir donné à Sa Majesté un petit mouvement de rire. »

De nos jours, barbus et non barbus cohabitent pacifiquement et aucune des deux catégories ne déclenchent plus de moqueries, fort heureusement.

Le footballeur Antoine Griezmann, dans la nouvelle publicité pour les rasoirs Gillette, contorsionne son visage dans tous les sens de manière peu esthétique. Le message est clair : le geste du rasage n’est pas si aisé qu’i y paraît. Alors qu’il était pratiqué de manière empirique depuis des millénaires, il est temps de suivre une démarche scientifique !

Un certain nombre de paramètres sont à prendre en compte, nous indique des publications très sérieuses. Certains relèvent du domaine cosmétique, d’autres pas. Un visage enrobé (un coussin graisseux épais facilite la glisse de la lame - la publicité pour le savon à barbe Gibbs avec son personnage joufflu témoigne de cet aspect), un degré optimal entre la peau et la lame de rasoir (entre 28 et 32° idéalement), un geste qui va dans le sens du poil, une crème à raser de haute viscosité, le recours à des produits pré- et post-rasage, autant de conditions qui permettront d’éviter les phénomènes d’irritation.

Les cosmétiques avant rasage sont généralement formulés à l’aide d’alcools gras, associés à des lubrifiants qui favorisent la glisse de la lame sur la peau. Les alcools gras surgraissants laissent un film protecteur à la surface de la peau. Les crèmes à raser ont pour but de redresser le poil, de le ramollir, facilitant ainsi son élimination au moment du passage de la lame.

Enfin, l’aftershave exerce une action calmante, apaisante. Ce cosmétique après-rasage calme ce que l’on a l’habitude d’appeler « le feu du rasoir ». Il est, le plus souvent alcoolisé. S’il génère une sensation de fraîcheur, il provoque également des picotements dans la mesure où il est appliqué sur une peau qui a subi des microcoupures occasionnées par la lame du rasoir. L’étape pré-rasage est bien souvent occultée ; elle peut être remplacée par une étape de nettoyage à l’aide d’un gel exfoliant, par exemple.






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