Le produit solaire, une source de pollution !
Il est possible de retrouver des filtres UV dans les eaux usées (logique), mais également dans les eaux traitées (moins logique).1
Il est possible de retrouver des filtres UV dans les crustacés et les bivalves, pêchés dans les estuaires (car à proximité des agglomérations).2
Bref, les filtres UV sont retrouvés un peu partout dans notre environnement et ce n’est guère rassurant !
Une pollution qui touche le sel de table !
On sait qu’il existe une pollution marine ; celle-ci provient de différentes sources. Les produits cosmétiques constituent l’une d’entre elles. Lorsque l’eau de mer est polluée, le sel qui résulte de son évaporation va également être pollué, puisqu’il s’agit d’un concentré solide de toutes les substances qui ne sont pas susceptibles de s’évaporer. Les polluants se concentrent donc dans ce sel marin. On sait que des filtres UV comme l’éthylhexylméthoxycinnamate, l’homosalate ou le salicylate d’octyle sont protégés de la dégradation au sein de la masse cristalline. En matière de qualité du sel de table, certains chercheurs préconisent donc, à juste titre, d’être plus vigilants en ce qui concerne la recherche de ce type de polluants, afin d’éviter d’ingurgiter des filtres UV ou d’autres ingrédients cosmétiques avec le plat de moules frites du dimanche !3
Précisons qu’en matière de filtres concernés au niveau de prélèvements d’eau de mer, on retrouve aussi bien des filtres réglementés (présents à l’annexe VI du Règlement (CE) N°1223/2009) que des filtres non réglementés désignés par les fournisseurs d’ingrédients sous le nom d’absorbeurs d’UV. C’est le cas, par exemple, du benzotriazole.4 Et aussi bien des filtres tels quels que leurs isomères, ce qui signe des transformations chimiques susceptibles de se produire au cours du temps.5
Une pollution qui touche les moules !
On reste sur le même principe de concentration que celui évoqué avec le sel de table. En effet, la moule est un organisme filtreur, bien connu pour accumuler toutes sortes de xénobiotiques. Tel un miroir, la moule permet de connaître les habitudes de vie, de consommation des populations vivant à proximité, puisque l’on retrouve au sein de ce bivalve des contaminants comme la caféine (logique puisque les boissons à base de caféine sont les plus consommées), des principes actifs médicamenteux comme la carbamazépine (dans l’étude italienne consultée) ou encore des actifs cosmétiques tels les filtres UV (avec, par exemple, l’octyl dimétyl PABA, l’éthylhexyl salicylate, l’octocrylène, la benzophénone-3).6
Une pollution organique et inorganique
Il est faux de penser que les filtres organiques, appelés improprement filtres chimiques, sont plus polluants que les filtres inorganiques ou minéraux. Le dioxyde de titane, présent dans les crèmes solaires minérales, n’est ainsi absolument pas un ami pour certaines algues méditerranéennes.7 Pas plus que l’oxyde de zinc, retrouvé dans certaines gammes présentées comme écologiques (ou écofriendly) et toxique, entre autres, pour l’oursin.8
Le produit solaire, en bref
Il est polluant indéniablement. Il ne doit pas être utilisé en permanence, mais à bon escient, en cas d’exposition. C’est en levant le pied sur les expositions solaires, que l’on sauvera sa peau et en en utilisant le moins possible, on sauvera les océans. Contrairement à ce que certains veulent nous faire croire à grand renfort de publicité, ce n’est pas en consommant toujours plus de filtres UV que nous sauverons notre peau et notre planète.
Bibliographie
1 Amankwah BK, Šauer P, Grabicová K, von der Ohe PC, Ayıkol NS, Kocour Kroupová H. Organic UV filters: Occurrence, risks and (anti-)progestogenic activities in samples from the Czech aquatic environment and their bioaccumulation in fish. J Hazard Mater. 2024 Jun 5;471:134338
2 Lestido-Cardama A, Petrarca M, Monteiro C, Ferreira R, Marmelo I, Maulvault AL, Anacleto P, Marques A, Fernandes JO, Cunha SC. Seasonal occurrence and risk assessment of endocrine-disrupting compounds in Tagus estuary biota (NE Atlantic Ocean coast). J Hazard Mater. 2023 Feb 15;444(Pt A):130387
3 Ebrahem M, Hosni MI, Abdallah A, Mahmoud A. Laser-induced hyperspectral fluorescence for spatio-chemical detection of sunscreen contaminants in food-grade sea salt using sparse PCA-SVM analysis. Environ Geochem Health. 2026 May 5;48(7):334
4 Sun S, Liu X, Yuan W, Luo Y, Sun X, Ao Y, Wang L, Geng N. Distribution of benzotriazole ultraviolet absorbers in the nearshore marine environments of the East China Sea. Mar Pollut Bull. 2026 Jan;222(Pt 2):118720
5 Zulfiqar H, Llompart M, Castiñeira-Landeira A, Coralli I, Vassura I, Fabbri D. Occurrence of twelve UV filters and evidence of cis-octinoxate formation in Adriatic coastal waters: Environmental implications. Mar Pollut Bull. 2026 Apr;225:119195
6 Gambetta Vianna J, Benedetti B, Di Carro M, Magi E. Emerging Contaminants in Raw and Cooked Marine Mussels: The QuEChERS Approach Combined With High-Performance Liquid Chromatography Coupled With Tandem Mass Spectrometry. J Mass Spectrom. 2026 Apr;61(4):e70047
7 D’Ambros Burchio S, Natale S, Mulas M, Bevilacqua S, Provenza F, Anselmi S, Comis S, Renzi M, Falace A. Sunscreen-derived nano-TiO2 undermines viability and recruitment of the Mediterranean foundation alga Ericaria amentacea. Environ Pollut. 2026 Mar 15;393:127687
8 Marcellini F, Varrella S, Ghilardi M, Barucca G, Giorgetti A, Danovaro R, Corinaldesi C. Inorganic UV filter-based sunscreens labelled as eco-friendly threaten sea urchin populations. Environ Pollut. 2024 Jun 15;351:124093

