Nos regards
Lé-Ou et Kin-Fo, l’envie d’avoir envie...

> 11 août 2019

Lé-Ou et Kin-Fo, l’envie d’avoir envie...

« On m'a trop donné bien avant l'envie... » aurait pu chanter Kin-Fo, le personnage principal imaginé par Jules Verne dans son roman « Les tribulations d’un Chinois en Chine ».1 Tout commence par un repas entre amis dans le cadre de l’enterrement de vie de garçon de Kin-Fo. Sont réunis, Wang, Pao-Shen, Yong-Pang, Tim et Houal. Ce repas fastueux composé de « nids d’hirondelle », « d’ouïes d’esturgeon en compote », de « nerfs de baleine sauce au sucre » s’achève par le rituel du lavage du visage à l’aide de « serviettes imbibées d’eau chaude » apportées par de jeunes servantes. Kin-Fo est prêt à se marier à Lé-Ou. Ce jeune homme blasé apprend tout à coup qu’il est ruiné ; tenant peu à la vie, il fait donc le projet de se suicider (pourquoi pas en s’ouvrant « les veines dans un bain parfumé, comme un épicurien de la Rome antique » ?) ou plus exactement de se faire tuer par son meilleur ami, le philosophe Wang. Il contracte au préalable une assurance-vie, afin de mettre Lé-Ou à l’abri du besoin.

Lé-Ou, la bénéficiaire d’une assurance-vie au montant colossal                                                                          

Lé-Ou passe son temps à chercher son fiancé (il est où ? un peu comme Christophe Maé, cherchant le bonheur… mais n’est-ce pas un peu la même chose ?) et n’apprécie guère les fards trop voyants. Cette jeune veuve, au teint pâle et aux sourcils « à peine estompés d’une fine touche d’encre de chine », est une beauté naturelle qui n’utilise aucun artifice : « ni crépi de miel et de blanc d’Espagne sur ses joues », « ni rond de carmin sur sa lèvre inférieure », « ni petite raie verticale entre les deux yeux ». Elle serait sûrement peu appréciée de la « cour impériale » qui vit sous une épaisse couche de fard. Pourtant, ses mains sont « fines » et ses longs ongles protégés dans de « petits étuis d’argent, ciselés avec un art exquis », ce qui montre son attachement aux traditions ancestrales. Pas toutes pourtant. Ses pieds, en effet, sont de petite taille, mais n’ont jamais été contraints dans aucun appareil de torture. Lé-Ou est bouddhiste et brûle des « bâtonnets parfumés », pour complaire aux divinités bienfaisantes.

De l’importance de la natte

Kin-Fo est un jeune Chinois, très élégant et très respectueux des traditions. Son « crâne est soigneusement rasé » ; il arbore une « magnifique queue » qui se déroule sur son dos comme « un serpent de jais. » Son domestique, Soun, est un serviteur très malhabile, qui accumule les maladresses. Il possède de nombreux défauts, mais n’en reste pas moins très attachant. A chaque fois qu’il fait une « faute grave », son maître le punit à l’aide d’une paire de ciseaux. Chaque erreur de sa part entraîne immanquablement un raccourcissement de sa « queue nattée ». Cette longue tresse semble jouer un rôle important dans la vie des Chinois. « La perte de la queue, c’est la première punition qu’on applique aux criminels ». A l’arrivée de Soun chez Kin-Fo, la natte qui s’agite dans son dos mesure 1,25 m. Lorsque Jules Verne commence le récit de l’aventure qui va marquer la vie de Kin-Fo, celle-ci ne mesure plus que 57 cm... Petit à petit, la jolie natte se transforme en une « ridicule petite queue de rat. »… jusqu’à ce qu’elle se révèle n’être qu’un vulgaire postiche « La queue de Soun lui resta tout entière dans la main [...] »…

De l’importance de l’état d’un compte bancaire

Lorsque Kin-Fo apprend qu’il n’est plus ruiné, il ne lui reste plus qu’à rechercher Wang, afin de le délier de son serment. A force de côtoyer la mort, Kin-Fo a pris goût à la vie !

N’oublions pas de mentionner la présence d’une curieuse paire d’assureurs, « Craig et Fry », qui ressemblent, comme deux gouttes d’eau, aux célèbres Dupondt (« Bonsoir, Monsieur Kin-Fo !... dit Craig. Monsieur Kin-Fo, bonsoir ! dit Fry. ») Ces deux hommes, très dévoués, ont juré à leur patron, M. William J. Bidulph de veiller sur Kin-Fo, jour et nuit.

N’omettons pas de signaler que notre fine équipe se déplace parfois en jonque chargée de cercueils (petit clin d’œil aux « Cigares du pharaon »).

Pour les inquiets, rassurons-les immédiatement… tout sera bien qui finira bien.

Merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui nous entraîne, à la suite de Kin-Fo et Jules Verne, dans un univers bien chinois !

Bibliographie

1 Verne J. Les tribulations d’un Chinois en Chine, Eds Famot, Genève, 1979, 249 Pages

Ces sujets peuvent vous intéresser :

Retour aux regards