Le mystérieux et prégnant parfum de dame Bérurier !
Bérurier s’est déguisé en fakir-magicien, pour le départ en retraite de Pinaud, simple flic.1 Dans la doublure de son costume de location, un message étrange où il est question de surveiller une mystérieuse « dame en violet » a été oublié ! Un costume, qui permet de remonter à Hans Sufler, un citoyen autrichien, naturalisé Français, ayant une activité commerciale (il fait dans la conserve de cœurs de palmier), à Elisabethville, au Congo. Un type, qui est retrouvé mort de chez mort, au domicile parisien, d’un certain Jean Brasseton.
Ni une, ni deux, notre brave San Antonio décide de s’embarquer pour le Congo, après une nuit bien arrosée. Une nuit tellement arrosée, que le retraité de service – Pinaud ! – se trouve emporté dans la carlingue, contre son gré. Une dernière aventure donc pour le collègue chéri de San Antonio !
Une aventure délirante, avec une capture de nos héros, par la tribu des « Ossoboukos ».
Pinaud, plus sale que lui… tu meurs
Le collègue de San Antonio, appelé parfois Pinuchet, ne brille pas par son hygiène. Il se lave exceptionnellement… au bureau, par morceau, dans un lavabo. Des « ablutions inhabituelles », qui feraient presque changer le temps ! Des ablutions qui s’expliquent, ici, par le fait que le brave Pinaud, qui vient d’hériter d’un petit pactole, a décidé de donner sa démission, de quitter la police, d’acheter le café de ses rêves ! Pour être le plus présentable possible, lors de l’entrevue avec le chef… une toilette s’impose donc !
San Antonio, plus propre… tu fais pas
A peine débarqué à Elisabethville, San Antonio file à son hôtel et court à la salle de bain, « afin de prendre un bain » ! Il « marine alors dans l’onde tiède », afin de retrouver des forces, après une nuit fort agitée. Parti sans trousse de toilette, il se rend ensuite en ville, afin d’acheter le minimum vital : « du linge et des rasoirs » !
Et puis, avant de retrouver une de ses conquêtes, le séduisant commissaire passe un peu de temps dans sa « carrée », afin de faire une « super-beauté » ! « Je me fais une pulvérisation, je me bichonne, me pomponne, me parfume, m’astique, me polis, me décape, me recape, me manucure, me pédicure, m’acuponcture, me chlorophyllise, me masse, me relaxe, me lave les dents. » (sic)
San Antonio, plus gourmand de cosmétiques, tu fais une indigestion
San Antonio voit la vie en rose, avec la dame en violet. Jugée « comestible », la brave quadra est dégustée en voiture. « Dans la voiture, j’ai consommé son rouge à lèvres, son rose à joues, son noir à cils, son vert à yeux » ! Quel appétit !
San Antonio, plus souriant… on connaît pas
Dans cet opus, San Antonio court d’un indice à un autre indice, un sourire étincelant aux lèvres. Il se déplace la banane aux lèvres, une banane qui conviendrait parfaitement pour une « publicité Gibbs », mettant en avant les « 32 dents soigneusement répertoriées » de son râtelier.
Bérurier, plus artiste… tu meurs
Afin d’honorer son collègue Pinaud, lors de son départ en retraite, Bérurier a fait les choses en grand. Il s’est déguisé en fakir, le fakir Bay-Rhû-Rié et a concocté un spectacle sur-mesure avec l’aide de sa douce moitié. C’est grâce à son costume de location que San Antonio va pouvoir jouer les fins limiers !
La dame en violet, plus maquillée… tu trépasses
Il s’agit, après recherches, d’une certaine Mme Maria Vachanski, « femme de l’attaché culturel de Pologne à Paris » ! Une femme d’environ 45 ans, avec de beaux restes, malgré quelques « pattes-d’oie » et de « légères valoches » sous les yeux. Une femme blonde, dont la « blondeur est renforcée par des rinçages savants », aux yeux clairs.
Une femme, qualifiée de « comestible », par un San Antonio loin d’être au régime en matière de conquêtes féminines.
Une femme qui, dès que San Antonio commence à lui décocher des œillades, répond favorablement, en réalisant des retouches-maquillage diverses et variées. « Au premier coup d’œil, je pige que c’est gagné : en effet, elle s’est remis du rose aux joues et de la crème verte, façon potager, sur les paupières. C’est le genre de détails qui ne trompent pas. Lorsqu’une dame fait du ravalement avant de rejoindre un monsieur, c’est que ledit monsieur ne la laisse pas indifférente. »
Une femme, qui après la première œillade, file se préparer dans sa chambre, en se mettant en « frais de toilette » !
Hans Sufler, plus mort que vif
Hans Sufler, retrouvé mort dans la maison de Jean Brasseton, est en réalité Jean Brasseton lui-même !
Le garde du corps de la dame en violet, plus chauve c’est pas possible !
Il est chauve au point que l’on dirait qu’il s’est passé « la rotonde au papier de verre » ! « Chevelu comme un siphon » ! Son nom : James Hadley ! Sa fonction : fonctionnaire à l’ambassade américaine !
Il finira le crâne explosé dans la cave à vin de la maison de Jean Brasseton, au Congo.
Cet homme, qui nous est présenté en début de roman comme un garde du corps, se révèle en toute fin d’histoire, être le pivot de l’affaire. Amant de la dame ! Voleur de diamant !
Berthe Bérurier, plus parfumée… tu meurs
Berthe est, bien sûr, présente pour les adieux de Pinaud à la profession. Elle y arrive aux bras de son amant, « Alfred le pommadin » ; elle y arrive, parfumée avec goût et légèreté. « Elle a sur les épaules une étole en vison de clapier authentique et avec ce qu’elle s’est collé comme parfum, on pourrait passer tout un hiver dans les arènes de Nîmes sans déplorer les courants d’air. » Elle y arrive en tenue affriolante, un bustier généreux, offert au regard de tous. Un bustier qui renferme, outre ses habitants classiques, toutes sortes de babioles dont un « berlingot Biodop » !
Une soirée à l’ambassade du Congo à Paris, plus rasoir… tu te rases
Cette soirée a été l’occasion pour Hans d’enfiler son beau costume de location. Une soirée ennuyeuse, placée « sous le patronage de Gillette », c’est-à-dire parfaitement « rasoir » !
Et un lecteur malmené
C’est reparti pour un tour… Le pôvre lecteur de Frédéric Dard s’en prend plein la poire. « […] vous avez autant d’esprit d’observation qu’une boîte de thon à l’huile » ! Se fait invectiver à tour de bras : « Croyez-moi ou allez vous faire bronzer le dossard chez Plumeau […] ». Se fait laminer à chaque page : « Croyez-moi ou allez vous faire décolorer le cervelet à l’eau de Javel » ! Se fait traiter de « bande d’amoindris » ou de « bande de dégarnis-du-futal », dès que l’affaire se corse un peu et qu’il faut donner des explications détaillées, afin de ne pas perdre le fil d’Ariane ! Et enfin, se fait conseiller de sucer des allumettes, afin d’avoir une dose de phosphore suffisante pour éclairer des neurones défaillants, avant de se voir comparé, en dernier lieu, à des « citrons pressés » et à des « navets creux » !
Et un chauffeur de taxi noir aux dents blanches
Celui-ci use visiblement de cosmétiques, puisque « son sourire vaudrait une fortune chez Colgate, sa chevelure en vaudrait une autre chez Cadoricin […] ».
Et une histoire de diamants
Le consul de Pologne au Congo, un certain Van Danléwal est le sous-directeur de mines diamantifères. Celui-ci a soustrait un superbe diamant de son stock, l’a vendu à Jean Brasseton, qui se l’est fait voler par James Hadley, l’amant de Maria Vachanski. Maria a, en effet, eu vent de l’existence du diamant merveilleux par Estella, la femme de Van Danléwal, une amie d’enfance.
Y’a bon, San Antonio, en bref
Un surhomme ce San Antonio, qui réussit, tout seul, à résoudre un mystère épais comme un brouillard londonien. Ses deux acolytes, faits prisonniers par les Ossoboukos (c’est San Antonio qui s’en est libéré, qui les libère, en fin d’opus), ne verront du Congo qu’une prison fort inconfortable.
Vous dire qui a tué qui… est au-dessus de nos forces. Une vengeance sur fond de convoitise ! Et pour finir, un diamant retrouvé dans l’œil de verre de James Hadley. Diamant, remis en main propre au Vieux (le chef de San Antonio) ! Propre dans tous les sens du terme, ce San Antonio, qui n’hésite pas un instant à remettre le fruit de son travail à l’Etat !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Dard F., Y’a bon, San Antonio, in San-Antonio tome 5, Bouquins La collection, 2022, 1252 pages

