Le démaquillage du bel Arsène, une routine bien huilée !
Le triangle d’or d’Arsène Lupin est un roman de Maurice Leblanc,1 qui place un trésor de guerre dans un tas de sable. La meilleure cachette du monde, puisque tout un chacun frôle cet innocent tas de sable sans imaginer son contenu.
Il est également question d’un plat de vengeance, qui se mange surgelé. Le banquier Essarès Bey s’attaque ainsi à Coralie et à Patrice (deux amants ayant chacun un enfant d’une union légitime), mais aussi à leurs enfants prénommés pareillement et ce à 20 ans d’intervalle. Econduit par la première Coralie, époux insatisfait de la deuxième qui se refuse à lui, Essarès va mettre au point un stratagème ignoble avec pour but de mener les deux couples au tombeau.
Sur les deux couples, seule la première Coralie périra. Patrice (premier du nom) survivra à sa bien-aimée et prendra le nom de Siméon Diodokis. En devenant le serviteur de l’assassin de son amour de jeunesse, Patrice nourrit sa vengeance d’année en année. Il ne sera, toutefois, pas le plus fort.
Il faudra attendre qu’Arsène Lupin entre dans l’orchestre pour que les fausses notes cessent de vibrer aux oreilles du lecteur.
Avec sa mallette bourrée de cosmétiques, Arsène est tout simplement invincible !
Coralie, une belle brune bonne et parfumée
Coralie est une héroïne atypique pour son époque, puisqu’elle possède un « teint mat ». Ses yeux et ses cheveux présentent un « sombre éclat ». Sa peau exhale un parfum d’amour et de sérénité. « Elle l’enchantait de son regard et de son parfum. »
Et bonne avec cela, puisqu’en tant qu’infirmière, elle se dévoue à la cause des Gueules cassées,2 choyant les soldats qui arrivent blessés dans son ambulance.
Patrice, un beau soldat à la peau tannée
Patrice est un héros à la figure sympathique, « assez forte en couleur, brûlée par le soleil et durcie par les intempéries » !
Ya-Bon, un tirailleur sénégalais totalement dévoué
Ya-Bon est un tirailleur sénégalais, qui a eu la moitié du visage emportée par un éclat d’obus et rafistolée au mieux grâce à une greffe de peau. L’autre moitié, pleine de vie, est ornée d’un sourire perpétuel tant l’homme possède un caractère enjoué. Dévoué à Patrice (le second) et à Arsène (le seul, l’unique), le brave soldat paiera de sa vie cette fidélité à toute épreuve.
L’homme de main d’Essarès Bey, pommadé un point c’est tout !
Cet homme a tenté d’enlever Coralie. Bien mal lui en a pris. Capturé par les soldats qui veillent sur elle, cet homme (Mustapha Rovalaïoff) est retrouvé étranglé par une cordelette rouge. Son patron l’a fait exécuter pour s’assurer de son silence.
Le signalement de ce triste sire : « une tête trop grosse, à cheveux noirs et pommadés » !
Essarès Bey, l’hygiène de l’assassin, un bain bouillant !
On le croit mort alors qu’il se cache sous l’identité de son serviteur (celui-ci a été tué par le méchant Essarès qui a ensuite « maquillé, défiguré, transformé », le visage de sa victime) Siméon Diodokis. Derrière un « cache-nez et de grosses lunettes jaunes », Essarès réussit à donner le change à Coralie.
Essarès est fort… certes, mais pas au point, tout de même, de damer le pion à l’illustre Arsène, qui vient à bout de l’affreux bonhomme et lui promet les affres de l’enfer (« Un véritable bain de feu. » ; « Le bain de monsieur est prêt. »).
Essarès versus Siméon, une perruque comme trait d’union
Siméon est chauve (il porte une perruque) et imberbe ; Essarès est chauve aussi, mais porte une barbe. Une perruque, un coup de rasoir, un cache-nez et des grosses lunettes… Voilà Essarès transformé en Siméon !
Et forcément Arsène Lupin…
Un homme aux multiples apparences, qui nous est présenté, ici, comme un gentleman d’une grande élégance, d’une cinquantaine d’années. « Le teint mat, une fine moustache aux lèvres, quelques cheveux gris aux tempes » ! Un certain « don Luis Perenna » qui, prend, l’espace d’un instant, les traits du Dr Géradec (un homme d’une soixantaine d’années « à la figure rasée »). Pour passer de l’un à l’autre, Arsène use de cosmétiques et se plait à se démaquiller à l’aide d’une crème grasse, jusque devant les personnes qu’il vient de berner. « Il laissa tomber son monocle. Il sortit de sa poche une petite boîte qui contenait de la pommade, se barbouilla le visage avec cette pommade, se lava dans une cuvette d’eau que renfermait un placard, et reparut, le teint clair, la face souriante et narquoise, l’allure désinvolte. »
Le triangle d’or, en bref
Forcément, notre brave Arsène trouve le magot d’Essarès caché sous le tas de sable. Comme on est en guerre, Arsène ne touche pas à cet argent livrant le tout, empaqueté dans un beau paquet cadeau, aux autorités françaises.
C’est qu’il fait tout dans le bon ordre ce brave gentleman cambrioleur, qui sait bien que lorsqu’on se maquille… on se démaquille ! Elémentaire, mon cher Arsène !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Leblanc M., Le triangle d’or, Le livre de Poche, 1968, 382 pages

