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Le crime de l’Orient-Express ou une lotion capillaire qui fleure bon la liqueur !

> 16 décembre 2017

Le crime de l’Orient-Express ou une lotion capillaire qui fleure bon la liqueur ! « Le crime de l’Orient-Express », le célèbre roman d’Agatha Christie paru en 1934 est un roman dont l’intrigue se situe, comme son nom l’indique, dans le célèbre train de luxe qui reliait, entre autres, Paris à Constantinople.

Mr Ratchett, un homme richissime, est tué de douze coups de couteau dans l’Orient-Express. Hercule Poirot se trouve, comme par hasard, dans le compartiment contigu au sien ; il se charge, bien évidemment, de mener une enquête sur une situation qui ne manque pas de l’intriguer. L’assassin, qui paraît ambidextre, s’est acharné sur sa victime… Les passagers du compartiment ont, comme de bien entendu, tous un solide alibi et chacun semble cacher un secret…

Hercule Poirot est l’un des personnages fétiches de la célèbre romancière. Il apparaît dès son premier roman en 1920 et tire sa révérence en 1975. D’aventure en aventure, le lecteur se glisse dans l’intimité cosmétique du détective et connaît bientôt le moindre de ses petits secrets de beauté.

Rappelons qu’il s’agit d’un « homme au physique extraordinaire ». Il est de petite taille (1m62) ce qui ne l’empêche pas de porter beau ! Il est « l’image même de la dignité ». Son crâne ovoïde et « sa moustache cirée », « très cirée », « artistement cosmétiquée », « d’une rigidité impressionnante », lui confèrent « un air martial » qui ne manque pas d’impressionner les suspects. Hercule Poirot y applique une « pommade odorante », avant de tordre chaque pointe de manière aiguë. Ses yeux verts cherchent la vérité dans les yeux de ses interlocuteurs (La mystérieuse affaire de Styles, 1920 ; Le crime du golf, 1923 ; Black coffee, 1930 ; Poirot joue le jeu, 1956). En parfait dandy, Hercule Poirot soigne les moindres détails de sa tenue et use d’un grand nombre de cosmétiques, afin de toujours pouvoir arborer une moustache impeccable qui, si elle ne laisse pas prise au vent, donne, bien souvent, prise aux critiques et aux moqueries. Ses cheveux sont d’un noir corbeau qui le font prendre par certains pour « un coiffeur retiré des affaires », à cause d’« une tête en forme de poire, recouverte en partie de cheveux d’un noir excessif » (Le meurtre de Roger Ackroyd, 1926). « ABC contre Poirot » (1935) nous livre la clé de cette énigme. Le secret de ce capillaire toujours plus foncé est un produit cosmétique miracle du nom de Revivit qui se défend d’être une teinture mais qui en est pourtant bien une : « Revivit n’est pas une teinture capillaire. Se fait en cinq couleurs : cendre, marron, blond vénitien, châtain et noir. » En vieillissant, Hercule Poirot délaissera cette solution et fera confiance à son coiffeur qui lui permettra, contre vents et marées, de conserver un air jeune (« Mon coiffeur veille à me les teindre régulièrement. », La fête du potiron, 1969). Lorsqu’il sera très âgé et devenu impotent, il les perdra totalement au point d’avoir recours à une perruque (« M. Poirot avait perdu une bonne partie de ses cheveux au cours de ces dernières années ; aussi avait-il adopté la perruque. », Poirot quitte la scène, 1975). Si la moustache est extraordinaire, la barbe, en revanche, est toujours soigneusement rasée à l’aide d’un savon à barbe (Mort sur le Nil, 1937). N’imaginez pas le trouver sur une plage en train de bronzer… Hercule Poirot ne se déplace qu’en costume impeccable et même lorsque tout le monde se tartine d’huile bronzante, il reste le seul à se protéger du soleil en restant à l’ombre (Les vacances d’Hercule Poirot, 1941). Oui, vraiment, Hercule Poirot est un personnage attachant, même si certains peuvent le prendre pour un fat…

Si les bagages du célèbre détective regorgent de cosmétiques, ceux des voyageurs de l’Orient-Express sont beaucoup plus légers. Seule la comtesse Andrenyi partage ce goût des produits de beauté avec Hercule Poirot. Sa main est « soignée », ses « ongles rouges ». La comtesse ne voyage jamais sans « une éponge, un pot de crème, de la poudre et un flacon dont l’étiquette annonçait : trional. » Cet hypnotique nous renseigne sur l’état d’anxiété de la jeune femme… La comtesse est, en effet, une femme mystérieuse qui ne fait pas que maquiller son visage… elle a également maquillé son passeport !

Quant à Mr Hardman, le détective privé chargé d’assurer la protection de son patron, celui-ci préfère les liqueurs aux cosmétiques. Pour passer la douane, il possède une technique infaillible : « Avant d’arriver en France, je verserai ce qui restera de ces bouteilles dans un flacon étiqueté : Lotion capillaire. »

Si vous allez au cinéma voir la nouvelle adaptation de cette célèbre enquête d’Hercule Poirot ne manquez pas de vérifier que les moustaches et le capillaire de Kenneth Branagh sont cosmétiqués comme il faut et que les ongles de la comtesse sont effectivement soignés et d’un beau rouge opaque. Pour le reste… faites fonctionner vos « petites cellules grises »… la solution est à portée de neurones !






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