Le collagène végétal, ça n’existe pas, nom d’un chien !
On connaît désormais le jambon végétal (sans une seule trace de porc !),1 le steak végétal et gourmand, qui ignore ce que les mots bavette, faux-filet, onglet, rumsteck veulent dire,2 le « wouah » (ersatz du foie) gras 100 % végétal, léger comme une plume de canard, mais ne renfermant pas plus de canard que d’oie3… Bref, on connaît cet appétit pour des mets issus des animaux, désormais boudés par une partie de la population, pour des raisons de véganisme. Alors comment faire quand on raffole des pieds de cochon, mais que l’on s’interdit de donner un coup de pied dans la partie charnue de l’animal ? Et bien, on trouve des solutions. On propose des substituts, des copies, qui ne sont ni très naturelles, ni très originales.
Dans le domaine cosmétique, le dégoût pour l’animal et le goût pour le végétal aboutit aux mêmes aberrations que dans le domaine alimentaire. C’est ainsi que le célèbre collagène animal se pare de couleurs végétales. De quoi en discuter un brin !!! ça tombe bien… on a justement un peu de temps devant nous !
Le collagène, de la colle… sans le tube !
« Collagène »… un mot dérivé du grec « kolla » qui signifie « producteur de colle ». Une molécule vieille comme tout, qui joue le rôle de « ciment » extracellulaire et donne du gonflant à la peau (entre autres). Vieille comme tout… oui, par le fait – même qu’il a été possible d’en retrouver dans le squelette des Tyrannosaurus rex,4 ces dinosaures nés il y a environ 68 millions d’années. Qui dit mieux ?
Le collagène ou les collagènes ?
Le collagène d’origine humaine est une protéine oligomérique qui n’est pas unique. Cette molécule, qui est désignée sous le nom de « polypeptide à triple hélice », correspond en réalité à une famille de molécules comportant 28 membres. Une belle famille, une grande famille qui mobilise 44 gènes, ce qui n’est pas rien.5
Molécule de soutien pour un certain nombre de structures (peau, cartilages, os), le collagène de type I est le mieux représenté, puisqu’il est retrouvé aussi bien dans la peau que dans les os, les tendons, les ligaments, les vaisseaux.6
Le collagène d’origine animale, logiquement !
Le collagène I est obtenu à partir des poulets, des porcs, des bovins ou d’organismes marins.7 Du up-cycling, dans la mesure où ce sont les déchets animaux qui sont utilisés pour le produire.8
A ce sujet, la peau de poisson, couramment utilisée pour l’extraction du collagène de type I, est intéressante, car il s’agit d’une ressource abondante, qui ne présente pas de risque de transmission de pathologies comme l’encéphalopathie spongiforme bovine et n’est pas soumise à restriction religieuse.9,10 Les déchets de tilapia du Nil (Oreochromis niloticus), un poisson élevé de manière massive en Chine, constitue ainsi une source importante de matière première.11
Une « ressource bleue », qui ne manquera pas d’attirer l’attention des adeptes de la « Blue Beauty ».12
Il est important de préciser que les conditions d’extraction sont importantes et que l’on peut, selon le cas, obtenir un collagène « acidosoluble » ou « pepsosoluble ». Une fois l’extraction réalisée, on doit s’assurer, à l’aide de méthodes analytiques adaptées, de l’identité chimique des molécules extraites.13 S’agirait pas d’abîmer le collagène en cours de production !
Le collagène de synthèse, pourquoi pas ?
La synthèse du collagène est possible, puisque la structure chimique du collagène (et même des collagènes) est parfaitement connue. Les acides aminés constitutifs de la molécule sont assemblés de manière à donner naissance à un collagène hautement purifié. On obtient ainsi un « peptide mimétique du collagène ».14
Le collagène peut aussi être obtenu par recombinaison génétique (on parle alors de méthode ascendante, se différenciant des méthodes d’extraction descendantes),15 en introduisant des gènes spécifiques dans une bactérie comme E. coli.16 On se heurte, toutefois, à un problème réglementaire… le collagène humain recombinant n’étant pas autorisé dans le domaine cosmétique, puisque tout substrat issu du corps humain fait partie de l’Annexe II (annexe des substances interdites). Donc pas de collagène humain recombinant possible, mais, en revanche, une biosynthèse « verte »,17 en utilisant comme substrat des levures, des insectes, des cellules de mammifères… De la haute couture !
Et le collagène hydrolysé, qu’est-ce ?
Ce collagène coupé menu, hydrolysé, autrement dit et du point de vue chimique des peptides de faibles poids moléculaires (3-6 KDa),18 est plus efficace que le collagène natif (non hydrolysé), du fait de sa capacité à pénétrer dans les différentes couches cutanées. Son effet anti-âge (augmentation de l’élasticité, de l’hydratation cutanée, de la fermeté et de l’éclat du teint) est objectivé.19 On lui reconnaît, entre autres, des propriétés antiradicalaires.20
Le collagène, pour l’inventaire européen
Un ingrédient, résolument « animal », comme en témoigne sa description à l’inventaire européen : « Collagènes. Protéine fibreuse représentant un tiers de la totalité des protéines des organismes mammifères. Il s’agit d’un polypeptide contenant trois chaînes peptidiques et riche en proline et en hydroxyproline. »21
Le collagène « végétal » reste, en revanche, totalement inconnu de la littérature scientifique…
Le collagène végétal pour une partie de l’industrie cosmétique
Pour Aromazone et Krème, le collagène végétal correspond à des glycoprotéines issues de levures.22,23 Pour Endro et Natessance, le collagène végétal provient du blé, du soja… ou de certaines algues.24,25
Pour la marque La Saponaria, le collagène végétal est issu… du bois de Panama (Quillaja Saponaria Bark Extract).26
Pour d’autres marques encore, le collagène végétal s’affiche sur l’emballage, sans pour autant que l’on nous indique ce qui est considéré par le formulateur comme du collagène. C’est le cas par exemple des cosmétiques Yumi qui nous laissent dubitatives. Où est donc le collagène promis ?
Le collagène, en bref
Le collagène est bien représenté chez le concombre de mer4… mais pas chez le concombre « de terre » ! Chez les animaux, OK. Chez les végétaux, en revanche, c’est plutôt KO. On ne sait pas du tout à quoi correspond le mot « collagène ».
Alors, évidemment, on peut toujours auréoler cet ingrédient mythique d’une aura végétale… mais là, on s’éloigne terriblement de la réalité scientifique. Une aura, qui prend alors plutôt l’apparence d’un épais brouillard.
Le collagène, c’est d’origine animale… Il serait bien de prendre le taureau par les cornes, pour venir à bout de cette expression qui n’a rien de très licite.
Bibliographie
1 https://www.laviefoods.com/produits/jambons-vegetaux/
4 Senadheera TRL, Dave D, Shahidi F. Sea Cucumber Derived Type I Collagen: A Comprehensive Review. Mar Drugs. 2020 Sep 18;18(9):471
5 Revert-Ros F, Ventura I, Prieto-Ruiz JA, Hernández-Andreu JM, Revert F. The Versatility of Collagen in Pharmacology: Targeting Collagen, Targeting with Collagen. Int J Mol Sci. 2024 Jun 13;25(12):6523
6 Rahman A, Rehmani R, Pirvu DG, Huang SM, Puri S, Arcos M. Unlocking the Therapeutic Potential of Marine Collagen: A Scientific Exploration for Delaying Skin Aging. Mar Drugs. 2024 Mar 30;22(4):159
7 Jayaprakash S, Mohamad Abdul Razeen Z, Naveen Kumar R, He J, Milky MG, Renuka R, Sanskrithi MV. Enriched characteristics of poultry collagen over other sources of collagen and its extraction methods: A review. Int J Biol Macromol. 2024 Jul;273(Pt 1):133004
8 Salim NV, Madhan B, Glattauer V, Ramshaw JAM. Comprehensive review on collagen extraction from food by-products and waste as a value-added material. Int J Biol Macromol. 2024 Oct;278(Pt 1):134374
9 Geahchan S, Baharlouei P, Rahman A. Marine Collagen: A Promising Biomaterial for Wound Healing, Skin Anti-Aging, and Bone Regeneration. Mar Drugs. 2022 Jan 10;20(1):61
10 Liu S, Lau CS, Liang K, Wen F, Teoh SH. Marine collagen scaffolds in tissue engineering. Curr Opin Biotechnol. 2022 Apr;74:92-103
11 Ge B, Wang H, Li J, Liu H, Yin Y, Zhang N, Qin S. Comprehensive Assessment of Nile Tilapia Skin (Oreochromis niloticus) Collagen Hydrogels for Wound Dressings. Mar Drugs. 2020 Mar 25;18(4):178
13 Song WK, Liu D, Sun LL, Li BF, Hou H. Physicochemical and Biocompatibility Properties of Type I Collagen from the Skin of Nile Tilapia (Oreochromis niloticus) for Biomedical Applications. Mar Drugs. 2019 Feb 26;17(3):137
14 Jayaprakash S, Mohamad Abdul Razeen Z, Naveen Kumar R, He J, Milky MG, Renuka R, Sanskrithi MV. Enriched characteristics of poultry collagen over other sources of collagen and its extraction methods: A review. Int J Biol Macromol. 2024 Jul;273(Pt 1):133004
15 Zhao C, Xiao Y, Ling S, Pei Y, Ren J. Synthesis and Assembly of Recombinant Collagen. Methods Mol Biol. 2021;2347:83-96
16 Brodsky B, Ramshaw JA. Bioengineered Collagens. Subcell Biochem. 2017;82:601-629
17 Zhao Z, Deng J, Fan D. Green biomanufacturing in recombinant collagen biosynthesis: trends and selection in various expression systems. Biomater Sci. 2023 Aug 8;11(16):5439-5461
18 León-López A, Morales-Peñaloza A, Martínez-Juárez VM, Vargas-Torres A, Zeugolis DI, Aguirre-Álvarez G. Hydrolyzed Collagen-Sources and Applications. Molecules. 2019 Nov 7;24(22):4031
19 Evans M, Lewis ED, Zakaria N, Pelipyagina T, Guthrie N. A randomized, triple-blind, placebo-controlled, parallel study to evaluate the efficacy of a freshwater marine collagen on skin wrinkles and elasticity. J Cosmet Dermatol. 2021 Mar;20(3):825-834
20 Blanco M, Vázquez JA, Pérez-Martín RI, Sotelo CG. Hydrolysates of Fish Skin Collagen: An Opportunity for Valorizing Fish Industry Byproducts. Mar Drugs. 2017 May 5;15(5):131
21 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/75462
22 https://www.aroma-zone.com/info/fiche-technique/actif-cosmetique-collagene-vegetal-aroma-zone
23 https://kreme-paris.com/blogs/article/collagene-vegetal-ou-collagene-animal
25 https://natessance.com/produit/concentre-de-collagene-vegetal/
26 https://www.ecco-verde.fr/lasaponaria/collagene-vegetal
Composition
Sérum végétal au collagène végétal Yumi : AQUA, PROPANEDIOL, BUTYLENE GLYCOL, TAPIOCA STARCH, GLYCERIN, GLYCERYL CAPRYLATE, TRIPEPTIDE-1, PULLULAN, ACACIA SENEGAL GUM EXTRACT, GLYCERYL UNDECYLENATE, CITRIC ACID, SILICA, POTASSIUM SORBATE, DEXTRAN, TOCOPHEROL, LYSOLECITHIN, SCLEROTIUM GUM, SODIUM BENZOATE, PARFUM, HELIANTHUS ANNUUS SEED OIL, XANTHAN GUM, PHENYLPROPANOL, SODIUM GLUCONATE.

