L’alcoolisme cosmétique, bonjour les dégâts !
On sait que certaines personnes, pour des raisons économiques ou autres (en cas d’incarcération, d’hospitalisation) remplacent l’alcool « légal » par un alcool de substitution (alcool non déclaré, alcool rendu impropre à la consommation), voire en consomment par le biais de médicaments ou de cosmétiques alcoolisés. Il existe des publications sur le sujet, mais globalement le thème reste encore assez tabou.
Un phénomène qui existe donc qui mérite d’être signalé, pris en compte.
Tout simplement du mésusage
Le fait de consommer un cosmétique correspond à du mésusage, car celui-ci n’est pas fait pour être avalé.1 Il faut tenir compte du fait que la formule considérée est choisie pour sa teneur en éthanol, sans prendre en considération les autres ingrédients présents dans la formule comme les dénaturants, les parfums, les conservateurs… ce qui n’est pas sans conséquence pour la santé.2,3
Un mésusage doublé d’une contrefaçon
C’est ainsi que l’on peut résumer l’affaire qui est à l’origine d’une centaine d’intoxications survenues à Irkoutsk, en Sibérie, durant la période allant de décembre 2016 à janvier 2017. Des personnes détournaient leur lotion alcoolisée pour le bain, pour un usage en tant que boisson. Elles se fiaient à la liste des ingrédients figurant sur l’emballage… sauf que le produit de piètre qualité ne renfermait pas d’éthanol, mais… du méthanol, ce qui, bien évidemment, a engendré toute une série d’accidents.4 On cumule ici les risques avec un mésusage doublé d’une contrefaçon.
L’eau de Cologne
L’alcoolisme lié à la consommation d’eau de Cologne est une chose connue. Ceci n’est pas sans conséquence sur la santé, comme en témoigne le cas de cet homme hospitalisé suite à la consommation d’une demi bouteille de ce cosmétique.5 Les intoxications qui surviennent sont souvent rattachées à la présence de méthanol, utilisé comme agent dénaturant dans ce type de produit.6,7
Les lotions après-rasage
Celles-ci contiennent au minimum 60 % d’éthanol.8
Les laques capillaires
Celles-ci renferment entre 10 et 30 % d’éthanol, voire même 50 %.9 C’est une laque dosée à 50 % en éthanol dont il est question dans cette publication de 2005, qui fait état de l’hospitalisation d’une femme, qui tentait de dissimuler son alcoolisme à sa famille et qui, pour se faire, était « condamnée » à consommer de l’alcool « non consommable ». Son témoignage est éloquent ; en effet, elle avouait utiliser ce genre de stratagème (technique apprise de certains membres des Alcooliques Anonymes) depuis des années.10
Les bains de bouche
Les bains de bouche alcoolisés sont cités comme étant des alcools de substitution. La Listérine® (21,6 % d’éthanol), en particulier, fait l’objet de publications traitant de mésusage.11 Ce bain de bouche peut être consommé par des personnes qui, suite à une hospitalisation, n’ont plus accès à de l’alcool, mais ont, en revanche, toujours accès à leur trousse de toilette et aux produits d’hygiène qui s’y trouvent.12 Outre l’alcool des substances comme le menthol, l’eucalyptol, le thymol, le salicylate de méthyle… sont également ainsi ingérées.13 Et bien d’autres…
Et aussi
Bien évidemment, les désinfectants pour les mains sont également cités comme alcool de substitution.14
L’alcoolisme cosmétique, en bref
En 1985, le slogan « Un verre ça va, 3 verres bonjour les dégâts » se veut éducatif, tendant à inciter la population à mettre le pied sur le frein en matière de consommation d’alcool. Dans le cas de la consommation de produits cosmétiques alcoolisés, dès le premier verre… bonjour les dégâts ! A savoir !
Bibliographie
1 Lachenmeier DW, Monakhova YB, Rehm J. Influence of unrecorded alcohol consumption on liver cirrhosis mortality. World J Gastroenterol. 2014 Jun 21;20(23):7217-22
2 Rehm J, Kanteres F, Lachenmeier DW. Unrecorded consumption, quality of alcohol and health consequences. Drug Alcohol Rev. 2010 Jul;29(4):426-36
3 Leitz J, Kuballa T, Rehm J, Lachenmeier DW. Chemical analysis and risk assessment of diethyl phthalate in alcoholic beverages with special regard to unrecorded alcohol. PLoS One. 2009 Dec 2;4(12):e8127
4 Neufeld M, Wittchen HU, Ross LE, Ferreira-Borges C, Rehm J. Perception of alcohol policies by consumers of unrecorded alcohol – an exploratory qualitative interview study with patients of alcohol treatment facilities in Russia. Subst Abuse Treat Prev Policy. 2019 Nov 21;14(1):53
5 Tanrivermis Sayit A, Aslan K, Elmali M, Gungor I. Methanol-induced toxic optic neuropathy with diffusion weighted MRI findings. Cutan Ocul Toxicol. 2016 Dec;35(4):337-40
6 Yayci N, Ağritmiş H, Turla A, Koç S. Fatalities due to methyl alcohol intoxication in Turkey: an 8-year study. Forensic Sci Int. 2003 Jan 9;131(1):36-41
7 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/28301
8 Green A, Neff D, Giuliano G, Lee N, Turchin R, Kunkel EJS. Surrogate Alcohol or Nonbeverage Alcohol Consumption: The Surrogate Alcohol Questionnaire (SAQ). Psychosomatics. 2018 Jul-Aug;59(4):349-357
9 Green A, Neff D, Giuliano G, Lee N, Turchin R, Kunkel EJS. Surrogate Alcohol or Nonbeverage Alcohol Consumption: The Surrogate Alcohol Questionnaire (SAQ). Psychosomatics. 2018 Jul-Aug;59(4):349-357
10 Carnahan RM, Kutscher EC, Obritsch MD, Rasmussen LD. Acute ethanol intoxication after consumption of hairspray. Pharmacotherapy. 2005 Nov;25(11):1646-50
11 Green A, Neff D, Giuliano G, Lee N, Turchin R, Kunkel EJS. Surrogate Alcohol or Nonbeverage Alcohol Consumption: The Surrogate Alcohol Questionnaire (SAQ). Psychosomatics. 2018 Jul-Aug;59(4):349-357
12 Khan F, Alagappan K, Cardell K. Overlooked sources of ethanol. J Emerg Med. 1999 Nov-Dec;17(6):985-8
13 Lachenmeier DW, Monakhova YB, Markova M, Kuballa T, Rehm J. What happens if people start drinking mouthwash as surrogate alcohol? A quantitative risk assessment. Food Chem Toxicol. 2013 Jan;51:173-8
14 Green A, Neff D, Giuliano G, Lee N, Turchin R, Kunkel EJS. Surrogate Alcohol or Nonbeverage Alcohol Consumption: The Surrogate Alcohol Questionnaire (SAQ). Psychosomatics. 2018 Jul-Aug;59(4):349-357

