L’alcool en topique… c’est bien une idée pharmaceutique !
Nous avions refermé l’album Les 7 boules de cristal,1 la boule (pas de cristal) au ventre ne sachant pas ce qui avait bien pu arriver à ce cher vieux Tournesol. Nous nous mettons sur sa piste dans le suivant intitulé Le temple du soleil,2 paru en 1949. Embarqué de force à bord du cargo, le Pachacamac, à destination de Callao, il ne reste plus à Tintin et au capitaine Haddock qu’à se rendre au plus vite dans cette ville, afin de tenter de retrouver leur ami.
L’aventure va les mener chez le « noble Fils du soleil », dans un temple Inca, bien caché aux yeux du public. Condamnés à mort par crémation sur un bûcher allumé sous l’effet du soleil, Tintin, Haddock et Tournesol (oui, celui-ci était bien tombé aux mains des Incas) y échappent de justesse grâce à une providentielle éclipse de Soleil.
Une belle friction d’alcool
Enseveli sous les neiges d’une avalanche, le capitaine Haddock fait grise mine. Tintin trouve dans sa poche une flasque de whisky et tente de faire une « friction à l’alcool », afin de le réchauffer. Drôle d’idée se dit le capitaine tiré de son apathie. L’alcool, pour lui, se consomme par voie interne et non externe !
Cette friction se réalise, au début du XXe siècle, avec de « l’alcool à friction », c’est-à-dire de l’alcool dénaturé par le phtalate de diéthyle, rendu ainsi impropre à la consommation, mais très utile pour un usage topique du fait de son faible coût.3 Elle peut également se faire avec de l’alcool isopropylique ; des cas d’intoxication liées au détournement de ce produit pour un usage interne font, toutefois, l’objet de publications médicales.4,5
Un beau maquillage de cinéma
Alors que ses amis et lui-même sont en fâcheuse posture, pieds et poings liés, attachés sur un bûcher, Tournesol garde le moral, étant donné qu’il se croit sur un tournage de cinéma. Pour lui, pas d’ennemis acharnés à sa perte, mais des acteurs « admirablement grimés » !
La clé du mystère des boules de cristal
Celles-ci contenaient « un liquide sacré tiré de la coca », ayant pour but de plonger les cibles dans un « profond sommeil ». A heure fixe, par ailleurs, le grand prêtre est chargé, à distance, de torturer les effigies de cire représentants chacune des 7 victimes ! Tintin, obtient du « noble Fils du Soleil » que l’envoûtement cesse de suite. De fait, à peine les statuettes de cire fondues, voilà nos 7 victimes remises sur pied !
En consultant la littérature scientifique, on constate que les préparations ne comportant que des extraits de feuilles d’Erythroxylon coca peuvent difficilement entraîner une léthargie telle que présentée dans l’album, dans la mesure où il s’agit, au contraire, de stimulants capables de combattre la somnolence et d’accroître l’activité physique.6 Les personnes qui en mastiquent les feuilles sont capables, nous dit-on, d’escalader des pentes abruptes avec une sensation de légèreté et d’élasticité inégalables, sans être essoufflées et tout en ayant une sensation de faim diminuée.7
Le temple du soleil, en bref
Tout est bien qui finit bien pour notre trio réuni ! Cette fois-ci, le whisky du capitaine aura eu une efficacité remarquable, permettant de le remettre sur pied de toute beauté.
Bibliographie
2 Hergé, Le temple du Soleil, Casterman, 1966, 62 pages
3 Rubbing Alcohol. Can Med Assoc J. 1923 Mar;13(3):195
4 Adelson L. Fatal intoxication with isopropyl alcohol (rubbing alcohol). Am J Clin Pathol. 1962 Aug;38:144-51
5 Slaughter RJ, Mason RW, Beasley DM, Vale JA, Schep LJ. Isopropanol poisoning. Clin Toxicol (Phila). 2014 Jun;52(5):470-8
6 Hart E. Diet in Disease: IV.-Stimulants: The Coca of Peru-Coca Wine. Hospital (Lond 1886). 1892 Oct 22;13(317):51-52
7 Coca. Halls J Health. 1885 Oct;32(10):14-15

