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La vie en rose de Wendy ou une vocation de socio-esthéticienne accomplie

> 22 juin 2018

La vie en rose de Wendy ou une vocation de socio-esthéticienne accomplie Les rêves de Wendy Rose sont aussi bleus que ses yeux... Wendy ne vit pas pour autant dans les nuages. Ses pieds sont bien ancrés au sol dans une réalité qui est, bien souvent, grise. Ce gris, elle le passe, à la machine, afin de faire ressortir « les couleurs d’origine ». Grâce aux soins esthétiques qu’elle prodigue, Wendy apporte douceur et réconfort. Les témoignages de gratitude abondent ; ce salaire-là n’a pas de prix !

Agée de 29 ans et habitant la charmante commune de Valbonne dans les Alpes Maritimes, tout sourit à celle qui a commencé ses études d'esthétique à 14 ans ; l’obtention d’un CAP, puis d’un bac pro. va constituer le sésame pour ses débuts dans la vie professionnelle. C’est également l’occasion d’effectuer un stage en EHPAD, stage qui s’avérera décisif pour la suite de sa carrière. Si sa vision du monde de l'esthétique s’en trouve modifiée, Wendy ne s’engage pourtant pas immédiatement dans la voie qui l’attire pourtant fortement. Wendy est encore bien jeune ; elle va devoir se frotter à la réalité professionnelle avant de s’engager délibérément dans le domaine de la socio-esthétique. L’idée reste cependant dans un coin de sa tête. Wendy multiplie les expériences : esthéticienne, démonstratrice pour Lancôme, responsable de rayon chez Nocibé, responsable des ventes pour Caudalie... Pourtant, Wendy n’est pas pleinement satisfaite sur un plan professionnel. « La pression des objectifs à réaliser me faisait oublier le côté "humain" de mon métier » nous confie-t-elle. C’est le temps des doutes, du questionnement... le souvenir du stage en EHPAD lui revient alors.

En 2014, Wendy entend parler de la formation de socio-esthétique qui vient de se monter à la faculté de pharmacie de Nantes... Elle saute le pas et s’y inscrit. Tant pis si la distance est grande entre son lieu de vie et son lieu d’apprentissage !

A la fin de l’année universitaire, Wendy peut arborer son diplôme tout neuf. Depuis cette date, elle n’a jamais regretté de s’être engagée dans ce processus de formation continue qui avait nécessité bien du courage.

A l’heure actuelle, Wendy intervient tous les jours dans un lieu différent : services hospitaliers de cancérologie/pneumologie/douleurs chroniques, EHPAD, centre d’hébergement d'urgence pour sans domicile, ESAT, Ligue contre le cancer. Pas de risque de s’ennuyer dans de telles conditions. Sa principale activité consiste à prodiguer des soins esthétiques à des patients en cancérologie, que ce soit à l'hôpital ou dans le cadre de La Ligue contre le cancer. L’accompagnement des malades commence dès l'annonce du diagnostic et se poursuit jusqu'à la phase de rémission ou parfois la phase terminale. Wendy joue un rôle essentiel dans la vie de ces femmes ou de ces hommes dont la vie est subitement bouleversée. « Ce que j'aime le plus avec ce public c'est le sourire et les yeux qui brillent des femmes quand je redessine leurs sourcils, quand elles ou ils me disent que le soin leur a fait oublier la chimiothérapie ou que celle-ci est passée plus rapidement. J'ai le sentiment d'avoir bien accompli mon travail lorsque j'entends qu'ils (les patients en général) sont rassurés au sujet des effets secondaires cutanés, qu'ils ont apprécié que je prenne le temps de leur expliquer en détail. Quand les oncologues ou les soignants m'indiquent des patients à suivre, je me sens encore plus légitime car ma spécialité est reconnue par le corps médical. En milieu hospitalier j'interviens aussi auprès des patients souffrant de douleurs chroniques et j'ai énormément de bons retours. Ils me disent souvent que le temps du soin a été une parenthèse où leur corps et leurs douleurs se sont fait oublier, parfois même pendant plusieurs jours où ils ont pu reprendre une vie "normale" et selon eux c'est inestimable. Je vais également dans un centre d'hébergement d'urgence via un CCAS, j'accompagne les hommes aussi bien que les femmes bien qu'elles soient moins nombreuses. Ils demandent surtout des soins de relaxation (soin du visage ou du dos à cause des sacs à dos). Le plus gratifiant est de les voir m'accorder leur confiance et s'accrocher à une activité, j'ai certains bénéficiaires qui viennent juste pour le soin. Ils sont toujours respectueux, ont pris une douche et se sont rasés, l'objectif fixé par le CCAS était de redonner l'envie de prendre soin de soi et de son image, il nous semble être atteint. J'accompagne des personnes âgées dans un EHPAD en atelier et en séance individuelle, ce que j'aime le plus ce sont les personnalités qui se révèlent lors des ateliers ; les femmes se mettent à discuter entre elles et rompent ainsi leur isolement. Leurs sourires et leurs nombreux remerciements traduisent leur satisfaction. Pour moi, leur solitude est ce qui me touche le plus, surtout quand elles se renferment et que je constate la dégradation de leur autonomie. Enfin, je vais dans des ESAT pour animer des ateliers auprès d'adultes handicapés (déficience intellectuelle). Ils viennent toujours avec entrain et lorsqu'ils remercient, il n'y a pas de filtres de politesse, ce sont de vrais remerciements. De manière générale et auprès de tous les publics, les phrases entendues sont "je me suis totalement détendue, j'ai oublié mon quotidien", "le cancer et les chimiothérapies c'est dur à vivre mais vous êtes le côté positif des traitements", "un peu de douceur pour mon corps malmené et mutilé", "après votre soin je me suis senti reboosté", "merci de votre bienveillance".

Le quotidien d’une socio-esthéticienne est, comme on peut le constater, riche en émotions. Afin de se préserver, Wendy assume à 100 % sa vie professionnelle et à 100 % sa vie privée. Pas de mélange des genres ! Si les patients ou bénéficiaires de soin peuvent la joindre à certaines heures sur son téléphone professionnel, la page est tournée le soir, le week-end ou durant les vacances. Etanchéité est le mot d’ordre pour qui veut durer dans cette profession pas comme les autres. Si Wendy discute des cas rencontrés avec ses consœurs ou l’équipe médicale, elle se garde bien d’en discuter avec ses proches. Afin d’apprendre à se préserver, Wendy a suivi la formation "Écoute active" proposée par la Ligue contre le cancer. Cette formation est à son sens « indispensable au quotidien et évite toutes projections sur le vécu des patients ». La « bonne distance et la juste dose d’empathie », voici l’alchimie qui permet de rendre heureux tout en restant soi-même parfaitement épanoui. « Des promenades dans la nature, du yoga (Wendy pratique cette discipline depuis 6 ans) et les voyages » permettent à Wendy de « vider totalement son esprit et de recharger ses batteries. »

Wendy est épanouie dans son métier. Elle se sent utile et en accord avec ses valeurs. Elle nous a livré, aujourd’hui, son expérience et montré que son métier est un métier qui ne laisse pas de place à la monotonie. Un métier de rencontres, un métier de contact, un métier qui met l’autre à la première place, c’est le métier dont Wendy rêvait.

Merci Wendy de nous avoir livré les multiples facettes d’un métier encore trop peu connu. Merci de faire «entrer dans le cœur » des personnes que vous rencontrez « une part de bonheur » dont nous connaissons la cause…






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