Là tout n’est que luxe et volupté, poudrier et briquet en or !
C’est l’histoire d’un pilier de bar… au bar de Popaul, qui avale du marc, d’un trait, parce que son titre est élevé et qu’il est peu coûteux.1 L’histoire d’un homme, qui vit sous le regard hostile de sa femme et qui ne commence à vivre qu’après le décès de cette épouse. Un type qui n’a jamais eu de chance, qui vit d’expédients et va, du jour au lendemain, exercer le chantage à grande échelle. Patron de presse à scandale, François Lecoin accepte de stopper la parution d’articles compromettants contre rétribution ! Du coup, le petit individu miteux qu’il était autrefois se mue en un grand patron de belle allure ! Comme d’un coup de baguette magique ! Et cela pour voir briller, dans le regard de son fils Bob, la petite lueur d’admiration qui change tout ! Sauf que Bob n’en demande pas tant !
Une petite bonne chez Popaul
Elle fait le trottoir comme ses deux compagnes. Elle « est à peine émancipée » et se maquille « de travers ».
Une petite belle-sœur de toute beauté
Renée est la fille d’un homme riche ; elle a épousé Marcel, le frère de François. C’est Renée que François va aller retaper au moment du décès de sa femme. Il est, en effet, au fond du trou et n’a pas un centime pour régler ne serait-ce que les Pompes Funèbres. Une femme sculpturale qui aime les vêtements de « grands couturiers », utilise un « parfum lourd et entêtant », qui magnétise les hommes qui croisent son chemin et enduit ses lèvres d’un « rouge gras et luisant », jugé indécent par Georges Simenon lui-même ! Une bombe, qui excite le désir de François, entre autres !
Une femme bien ordinaire
Germaine, la fille d’un simple brocanteur. De tempérament peu avenant ! Germaine est la femme de François, celle qui, par son regard, le maintient dans un état de médiocrité crasse !
Un fils bien sympathique
Bob est un gentil garçon, qui aide son père pendant l’hospitalisation de sa mère. Il fait la vaisselle, dresse la table… et se lave les mains avant de manger ! Le bain… il n’en prend pas tous les jours, même si l’appartement est doté d’une « baignoire en émail, d’un vieux modèle, haute sur pieds ». Il en prend, toutefois, un, lorsque l’argent commence à rentrer et que son père décide de renouveler sa garde-robe. « Tu ferais mieux de prendre un bain, Bob, avant d’aller essayer des costumes. » Un argent sale, qui mériterait lui aussi un bon bain ! L’argent du chantage !
Un ennemi plutôt sympathique
Gianini est dans le collimateur du journal « La cravache », le journal de François. Cet homme puissant, un tantinet mafieux, qui souhaite se lancer en politique (il sera alors le rival de Marcel Lecoin, le frère de François) est le premier à avoir eu l’idée de mettre en place des magasins disposant d’un minimum de personnel. Le principe est basé sur la confiance. Les ménagères passent d’un étal à un autre, pesant viandes, fruits et légumes elles-mêmes. Le tout dans une ambiance propice à la consommation, avec des haut-parleurs qui clament les bonnes affaires du moment : « N’oubliez pas, mesdames, que l’article sacrifié aujourd’hui est le savon. » Un homme qui va tomber dans les griffes de François, mais va se rebiffer !
Une maîtresse qui connaît son affaire
Viviane est une ancienne prostituée, rencontrée sur le trottoir, devant chez Popaul. Une femme attirante, connue dans une chambre d’hôtel, dans une « odeur de savonnette et de désinfectant »… Rien de très romantique en somme !
Lorsque François aura fait fortune, il pourra installer Viviane dans un appartement luxueux, avec une salle de bains où tout est d’un « jaune doré », depuis la « baignoire » jusqu’aux « sanitaires ». Une salle de bains pleine de faste, dans laquelle François aimera à se « raser ». Désormais, Viviane dispose d’une bonne qui lui prépare son bain. Et lorsque François appelle Viviane, pour lui donner rendez-vous dans une brasserie chic, c’est bien souvent à l’heure où elle est à sa toilette : « L’eau du bain est en train de refroidir et il est temps que j’en sorte. »
Viviane vit désormais dans l’oisiveté, passant de longs moments avec sa voisine, Mimi. Une jeune femme qui descend la voir chaque matin, « après son bain », vêtue d’un simple peignoir sur le dos !
Et une brocante qui devient un salon de coiffure
La brocante tenue par le père de Germaine n’existe plus. A sa place, un coiffeur, qui pratique des prix cassés à certaines périodes de l’année, avec, par exemple, des « permanentes au rabais pendant les mois d’été. »
Et un monde de luxe et de richesse
Dans les restaurants que fréquentent François, une fois l’heure de la réussite sonnée, les femmes font étalage de richesse. « Les moindres objets qu’elles sortaient de leur sac, briquet ou poudrier, étaient en or, souvent ornés de pierreries. »
Les quatre jours du pauvre homme, en bref
François court à la catastrophe avec ses histoires de chantage à répétition. Et Bob dans tout cela ? De bon élève au lycée Stanislas, il est devenu le dernier… Un virage effectué au moment où l’argent (sale) commence à entrer à flots dans sa vie ! La catastrophe n’est pas loin !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Simenon G., Les quatre jours du pauvre homme, Le Monde, 2026, 221 pages

