La totomobile d’Arsène, une vraie loge d’artiste bourrée de cosmétiques !

Dans l’opus intitulé Le bouchon de cristal,1 Arsène Lupin part à la recherche, comme on peut le supposer aisément, d’un bouchon de cristal particulier. Evidé, il contient une liste de 27 noms, des personnalités politiques ayant touché des pots de vin lors de marchés publics. Ce bouchon est en la possession du député Daubrecq, qui s’en sert pour faire chanter ses collègues parlementaires.

L’affaire est complexe… mais, comme on s’en doute, Arsène Lupin sortira victorieux d’un combat acharné.

L’art de l’intrigue

Il y a un voleur, Arsène. Un volé, Daubrecq. Un gentil, Arsène ! Un méchant, Daubrec ! Ce dernier veut, en effet, à tout prix à contraindre Clarisse Darcel, veuve de son meilleur ami, à l’épouser. Et pour ce faire, Daubrecq est prêt à tout !

L’art du camouflage

Comme d’habitude, Arsène Lupin se travestit pour passer inaperçu. « Camouflé », du fait se son aspect de vieux rentier, Arsène va et vient, au nez et à la barbe de la police, sans être, le moins du monde, inquiété. Vieux rentier, un jour, prince russe, le lendemain… Arsène se fait « sa tête de prince russe, à cheveux blonds et à favoris coupés ras. » Timide secrétaire, aussi… un homme, dont ni l’aspect, ni le teint, ne correspondent à celui du célèbre cambrioleur !

Sous l’identité de Michel Beaumont, il vit paisiblement rue Chateaubriand. Là, il use de produits de maquillage et de « déguisements » pour changer de personnalité à volonté et s’adonner à l’art de la « transformation » !

L’art du déplacement

Arsène possède une automobile spéciale. Celle-ci lui sert, en effet, à la fois de véhicule, de « cabinet de travail » et de « loge d’acteur avec une boîte complète de maquillage, un coffre rempli de vêtements les plus divers »… Bref, tout ce qu’il faut pour changer de visage, d’allure… à sa guise !

L’art de la torture

Ce n’est bien évidemment pas Arsène qui torturerait qui que soit ici. C’est un certain Sebastiani qui tente, par la manière forte, de faire cracher le morceau à Daubrecq. Où est le fameux bouchon ? Un peu de torture, un peu de réconfort… en alternance. Les poignets en sang de Daubrecq sont soignés avec des « bandes de toile enduites d’un onguent »… Une lingette en somme !

Et une odeur de mystère

Très vite, Arsène Lupin se passionne pour cette histoire de liste des 27… « L’odeur des vingt-sept l’attirait ».

Et une mention aux pastilles Géraudel

Avec Daubrecq, Arsène entretient des rapports houleux. Quand l’un (Daubrecq) sort un révolver de sa poche, l’autre (Arsène), flegmatique, sort une bonbonnière de son gousset. Des « pastilles Géraudel »… destinées à traiter « le rhume que » Daubrecq va prendre en restant au contact de son ennemi glacial ! Et une petite publicité au passage pour des pastilles contre la toux, à base de goudron de Norvège, très à la mode de l’époque.2,3

Le bouchon de cristal, en bref

Un bouchon est caché dans le paquet de tabac maryland de Daubrecq… C’est une feinte, car la liste qu’il contient n’est pas la bonne ! Le vrai bouchon, avec la vraie liste cachée, dedans… c’est dans l’œil de verre de Daubrecq qu’il faut la chercher et la trouver. Et hop, la liste est récupérée… Le maître-chanteur a perdu la clé de son pouvoir.

Clarisse va, elle aussi, échapper à ce triste individu… Il paraît même qu’Arsène a demandé sa main et qu’il a essuyé un refus. Une « douche » froide pour le gentleman séducteur !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Leblanc M., Le bouchon de cristal, le livre de poche, 1965, 382 pages

2 https://artetpatrimoinepharmaceutique.fr/ws/web/app/collection/expo/204

3 Stupp F. Auguste Arthur Géraudel. Rev Hist. Pharm., 1996, 309, 151-157