La soupe au grimage… c’est Arsène Lupin qui cuisine, aujourd’hui !

Lorsque le binôme Boileau-Narcejac se prend pour Maurice Leblanc cela fonctionne à merveille. Arsène Lupin, en retraite depuis 10 ans, reprend du service.1 Le cambriolage de la demeure du député Xavier Mendaille est ainsi prévu. Et l’on constate qu’une césure de 10 ans dans la vie d’un cambrioleur, c’est beaucoup… c’est même trop. Arsène Lupin, rouillé, se foule la cheville, en quittant la demeure en toute hâte. Et ensuite, c’est un peu la loose pour cet homme pourtant brillant, qui nous a habitué à mieux. Heureusement, à la fin de l’histoire, Arsène retrouve tout son panache, punit les méchants et récompense les bonnes âmes. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes… tant qu’il y a des tiroirs remplis de cosmétiques !

L’art du grimage

Arsène Lupin possède l’art du grimage, à la perfection. Il sait parfaitement quel artifice utiliser pour se vieillir ou se rajeunir à l’envi ! Postiche, moustache… tout fait feu chez cet homme séduisant, qui n’hésite pas à s’enlaidir pour se métamorphoser.

Tel un « vieux sociétaire de la Comédie-Française », Arsène utilise les produits de maquillage, avec « doigté », afin de modifier son épiderme comme il le souhaite.

Ce maquillage, il le réalise avant chaque entreprise d’importance et ce, même, si le cambriolage est prévu en pleine nuit.

Ce maquillage constitue sa marque de fabrique. « Lupin étalait maintenant sur sa joue une très mince couche de fard. » « Pour le plaisir » !

Après une pause de quelques années, il reprend du service et, pour se remettre dans le bain, il est indispensable de retrouver les gestes oubliés.

Et quand il revient dans l’intimité de son appartement… Arsène reprend possession de sa véritable personnalité. « Vous avez devant vous le vrai visage d’Arsène ! Sans fard. Sans moustache. Tel qu’il est à la ville pour ses intimes. »

Et quand il en sort, sous les traits de maître Bérangeon (il a réussi à « se composer la tête de l’avocat » en consultant des photographies le représentant), il y a de quoi avoir la berlue, tant la ressemblance est parfaite.

La pharmacie, tout un art

Arsène est rouillé… Il est surpris en plein cambriolage et doit s’enfuir en vitesse. Une cheville foulée résulte de cet empressement à quitter les lieux. Heureusement, son valet de chambre, Achille, possède un « onguent miracle » qui vient à bout de n’importe quel « accident musculaire » !

La chimie, tout un art

Chez Xavier Mendaille, Arsène déniche un billet de banque, au fond d’un tiroir secret. Celui-ci est aussitôt soumis à l’expertise du chimiste Gustave Pelletier, qui réalise, pour Arsène, « des expertises délicates » ! Un billet ordinaire, tout ce qu’il y a de plus vrai, de plus authentique !

L’amour, tout un art

Il y a, bien sûr, dans cette affaire une belle femme malheureuse. Béatrice Mendaille ! Une femme, qui va faire fondre le cœur de notre bel Arsène !

Et un savon pour les pauvres enquêteurs qui patinent !

Le pauvre Weber n’arrive à rien dans cette obscure affaire. Il a donc droit à « un savon de première » par son supérieur hiérarchique.

La justice d’Arsène Lupin, en bref

Tous les ingrédients sont bien là. Une belle femme (Béatrice) qui souffre sous la férule d’un mari odieux. Un trafic de billets de banque. Des meurtres à gogo dans le but de détourner un héritage. Il lui faudra un peu de temps, mais Arsène Lupin finira par y voir clair dans cette ténébreuse histoire racontée avec brio par un trio d’auteurs (Boileau-Narcejac-Leblanc) !!!

Pas de soupe à la grimace pour le lecteur convié à partager le quotidien d’Arsène Lupin. Plutôt une soupe au grimage, avec tout ce qu’il faut pour changer de tête en un instant. En bon cuisinier, Arsène sait quels ingrédients fonctionnent bien ensemble. Et effectivement, ça marche plutôt bien !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Boileau-Narcejac, La justice d’Arsène Lupin, Les maîtres du roman policier, Librairie des champs-Elysées, Masque n° 1889, 186 pages