Nos regards
La Sophie d’Emile est sans corset, sans rouge et presque sans défaut !

> 09 décembre 2018

La Sophie d’Emile est sans corset, sans rouge et presque sans défaut !

Jean-Jacques Rousseau ne se charge pas uniquement de l’éducation de son Emile,1 il se donne également pour mission de lui trouver la femme idéale.

Les défauts de Sophie plaisent à l’amoureux qu’est Emile et à l’éducateur qu’est Jean-Jacques. Ces défauts « servent à corriger les siens » (ceux d’Emile, pas ceux de Jean-Jacques !). Lorsqu’elle était petite, Sophie (qui ressemble beaucoup à l'héroïne des Malheurs de Sophie) était très gourmande.2 Elle se bourrait de bonbons et de dragées subtilisés dans le cabinet de sa mère.

Sophie est désormais une jeune fille charmante qui ne connaît pas le fard rouge. Sa taille est bien prise, son teint est beau, sa main blanche, son pied mignon, son regard doux, sa physionomie touchante. Elle n’a pas besoin de conseiller en image pour reconnaître la couleur qui lui sied le mieux. Elle ne suit pas la mode, mais SA mode ! La propreté est sa vertu première ; son haleine est exquise.

Sophie est une femme « modeste », qui s’occupe bien de la maison, n’est pas sujette à l’ennui, cet état qui porte le nom de « vapeurs » chez les femmes superficielles qui ne savent « ni s’occuper ni s’amuser. » Elle ne passe pas la moitié de sa vie à effectuer sa toilette car elle sait très bien qu’une « femme qui passe 6 heures à sa toilette » « n’en sort pas mieux mise que celle qui n’y passe qu’une demi-heure ».

Sophie aime la simplicité, les vêtements amples, sans corset. Son goût pour une beauté à l’Antique séduit le maître et l’élève : « De toutes les entraves gothiques, de ces multitudes de ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres en presse, ils n’en avaient une seule. Leurs femmes ignoraient l’usage de ces corps de baleine pour lesquels les nôtres contrefont leur taille plutôt qu’ils ne la marquent ? Je ne puis concevoir que cet abus, poussé en Angleterre à un point inconcevable, n’y fasse pas à la fin dégénérer l’espèce, et je soutiens même que l’objet d’agrément qu’on se propose en cela est de mauvais goût. Il n’est pas agréable de voir une femme coupée en deux comme une guêpe ; cela choque la vue et fait souffrir l’imagination. La finesse de la taille a, comme tout le reste, ses proportions, sa mesure, passé laquelle elle est certainement un défaut : ce défaut serait même frappant à l’œil sur le nu : pourquoi serait-il beauté sous le vêtement ! » Sophie n’a pas besoin de « s’encuirasser » car elle n’a ni le « sein qui tombe », ni le « ventre qui grossit ».

Sophie et Emile ne manqueront pas d’avoir des enfants et pourront reprendre la lecture de l’Emile au commencement. Et ainsi de suite !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui, dans l'illustration qu'il nous offre, associe "en même temps" Sophie (de Réan) et Emile (de Jean-Jacques) !

Bibliographie

1 Rousseau J-J., Emile ou de l’éducation, GF Flammarion, 2009, Paris 841 pages

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/deboires-cosmetiques-d-une-petite-coquette-au-pays-de-la-comtesse-de-segur-540/






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