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La prêle, une sorte de dinosaure préconisé pour traiter les signes du vieillissement

> 23 décembre 2017

La prêle, une sorte de dinosaure préconisé pour traiter les signes du vieillissement Le silicium est un élément ubiquitaire dans la nature. Il s’agit, par exemple, du deuxième élément le mieux représenté au niveau du Soleil, après l’oxygène. Le silicium est absorbé par les plantes sous une forme hydrosoluble, l’acide silicique.

L’accumulation du silicium au niveau du végétal joue en sa faveur. Il lui permet, en effet, de lutter contre les causes de stress biotiques (champignons, insectes…) et abiotiques (sécheresse, salinité, déséquilibre nutritionnel…). Le pourcentage de silicium, rapporté à la matière sèche, dans les végétaux varie de 0,1 à 10,0% et est particulièrement élevé chez les membres de l’ordre des Poales et des Equisétales. La diffusion de l’acide silicique au niveau racinaire se fait par un transport passif grâce aux aquaporines (Julien Vivancos, Rupesh Deshmukh, Caroline Grégoire, Wilfried Rémus-Borel, Richard R. Bélanger, Identification and characterization of silicon efflux transporters in horsetail (Equisetum arvense), Journal of Plant Physiology, 2016,200, 82-89).

La prêle, également dénommée « queue de cheval » en nom vernaculaire, est le seul genre « survivant » de la classe des Sphénopsidées, de l’ordre des Equisétales, de la famille des Equisétacées. Bien isolée dans la classification botanique, la prêle fait figure de véritable dinosaure par rapport à des classes, des ordres ou des familles beaucoup mieux lotis en ce qui concernent le nombre de leurs représentants. Commune dans l’hémisphère nord, cette plante vivace se rencontre sur terrain broussailleux au Canada, aux Etats-Unis (excepté dans les régions du sud-est), en Europe, en Asie et même en Chine (sauf dans la partie sud-est), en Corée et au Japon. Elle affectionne les marais et les zones marécageuses, les fossés, les berges des rivières, les champs, les bois, ainsi que les remblais de chemin de fer (Jasbir Kour, Md Niamat Ali, Hilal Ahmad Ganaie, Nahida Tabassum, Amelioration of the cyclophosphamide induced genotoxic damage in mice by the ethanolic extract of Equisetum arvense, Toxicology Reports, 4, 2017, 226-233).

La prêle a été utilisée traditionnellement en médecine vétérinaire afin de traiter les problèmes de pression artérielle, les maladies de la vessie et du rein chez les chiens. D’un point de vue ethnographique, des recherches montrent que les indiens Menominis réalisaient traditionnellement un thé à partir de la plante pour traiter ce type de pathologie (Cheryl Lans, Possible similarities between the folk medicine historically used by First Nations and American Indians in North America and the ethnoveterinary knowledge currently used in British Columbia, Canada, Journal of Ethnopharmacology, 192, 2016, 53-66). En ce qui concerne la médecine humaine, la prêle a été utilisée dans de nombreuses régions du monde sous forme d’infusion ou sous forme de préparations destinées à être appliquées localement en bains ou en compresses. Infections urinaires et affections touchant la vessie, rhumatismes et pathologies affectant le système locomoteur, goutte et problèmes cutanés sont autant d’indications pour une plante qui passe bien souvent inaperçue sur le bord des routes (Sylvia Vogl, Paolo Picker, Judit Mihaly-Bison, Nanang Fakhrudin, Brigitte Kopp, Ethnopharmacological in vitro studies on Austria's folk medicine—An unexplored lore in vitro anti-inflammatory activities of 71 Austrian traditional herbal drugs, Journal of Ethnopharmacology, 2013, 149, 3, 750-771).

Les vertus supposées de la prêle auraient de quoi faire rêver l’industrie cosmétique qui pourrait voir en ce végétal-dinosaure une source de jouvence à exploiter.

Le silicium organique peut être administré au niveau cutané sous la forme de silanols (R3- Si – OH) ou bien sous la forme de siloxanes (R3-Si-O). Si les publications traitant des méthodes chirurgicales de rajeunissement via des dérivés du silicium sont nombreuses et témoignent d’un effet repulpant indéniable lié à une augmentation de la synthèse des fibres de collagène (avec les risques que l’on connaît en matière de granulomes…) (Lorizzo M, De Padova MP, Tosti A, Biorejuvenation: theory and practice Clin Dermatol, 2008, 26, 2, 177-181) (Arnold William Klein, Skin fillings : Collagen and Other Injectables of the Skin, Dermatologic Clinics, 19, 3, 2001, 491-508 ), les publications faisant état d’un effet anti-âge par application topique (dans le cadre cosmétique) ne sont pas légion.

L’idée de fonctionnaliser un pansement à base silicone (Coline Pinese, Said Jebors, Pierre Emmanuel Stoebner, Vincent Humblot, Gilles Subra, Bioactive peptides grafted silicone dressings: A simple and specific method, Materials Today Chemistry, 4, 2017,73-83) ouvre des voies pour la réalisation de dispositifs médicaux possédant un effet protecteur couplé à un effet cicatrisant, par exemple. Les dérivés de silicium constituent dans ce domaine d’excellents candidats.

La prêle, ce végétal aux tiges ramifiées qui n’est pas sans évoquer le bambou, n’est pas incorporée, à l’heure actuelle, dans un grand nombre de cosmétiques.

Au moment où les cosmétiques anti-stress commencent à fleurir sur le marché, il serait peut-être temps de redécouvrir ce végétal qui, mine de rien et sans s’en faire, continue son petit bonhomme de chemin fort modestement dans les ornières et les chemins creux !









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