La Parisienne de Max Jacob, une femme qui prend soin de sa peau !
Au début du XXe siècle, le poète Max Jacob se pose la question de savoir ce qu’est un ménage très parisien, une femme très parisienne .1
Il en connaît des Parisiens, Max et il tente de nous donner quelques éléments de réponse.
Le Parisien aime être vu aux vernissages, aux expositions, aux enterrements…
Le Parisien est bavard ; il est au courant de tout et prêt à révéler des secrets bien cachés. Ceux des autres, évidemment !
Le Parisien est sceptique ; il doute de tout et même de ce qu’il affirme avec le plus de force.
La Parisienne, quant à elle, se reconnaît par le soin qu’elle accorde à sa peau. Les magazines beauté n’en font pas mystère. La princesse X a la peau grasse. Et elle livre aux journalistes tout le déroulé de sa routine–beauté !
Elle utilise pour resserrer ses pores la lotion « astringente de chez Albert » et une crème « fine », censée retenir la « poudre » sur le visage.
En matière de maquillage, elle utilise pour ses yeux un khôl qu’elle fait venir d’Algérie. Mais avant, elle n’oublie jamais de poser, à la racine de ses cils, « un peu d’huile de ricin » qu’elle laisse en place toute une nuit. Lorsqu’elle sort, elle soigne son regard avec l’usage d’un khôl, posé au bord de la paupière, d’un « rimmel » censé allonger artificiellement ses cils et d’un fard à paupières « vert pâle ».
Elle réalise bain et douche « d’eau froide » successivement, pour tonifier ses chairs et lutter contre le vieillissement. Après cela, chaque centimètre de peau est frictionné à « l’eau de Cologne » et poudré avec soin.
Pour le maquillage des ongles, la princesse dispose de vernis à ongles de différentes teintes. Il ne lui viendrait pas à l’idée de vernir les ongles de ses doigts dans la même tonalité que les ongles de ses orteils.
Et pour conserver un teint de jeune fille malgré le temps qui passe, la princesse a fait de la méridienne son meilleur allié. Elle y passe 6 heures, couchée !
Bref, bien que née à Tiflis, bien que peu bavarde, bien que fort peu septique en matière d’efficacité cosmétique, la princesse X est éminemment parisienne !
Allez y comprendre quelque chose !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Max Jacob, François Cheng, Europe revue littéraire mensuelle, mars 2014, 395 pages

