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La matricaire, on l’aime déconstrastée !

> 07 juillet 2018

La matricaire, on l’aime déconstrastée ! Différentes espèces de camomille sont répertoriées. La camomille romaine (Anthemis nobilis), la camomille commune (Matricaria chamomilla ou matricaria chamomilla ou chamomilla recutita) ou allemande, la camomille puante (Anthemis cotula), la camomille des champs (Anthemis arvensis) et la camomille des teinturiers (Anthemis tinctoria) sont connues, depuis fort longtemps, pour leurs propriétés diverses. Camomille allemande pour les soins de la chevelure, camomille puante pour tuer les punaises, camomille des teinturiers pour qui souhaite falsifier le safran… chaque espèce de camomille présente son indication (Dorvault F. L’Officine, 23e édition, 1995, 2089 pages). En tisane réconfortante, en lotion pour les yeux (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/gigi-et-les-lecons-de-seduction-cosmetique-pour-adolescentes-avides-de-conseils-499/), en préparations à usage gynécologique ou en cataplasmes pour lutter contre les brûlures, la camomille possède décidément tous les talents (Marilena Gilca, George Sorin Tiplica, Carmen Maria Salavastru, Traditional and ethnobotanical dermatology practices in Romania and other Eastern European countries, Clinics in Dermatology, 36, 3, 2018, 338-352).

Nous nous intéresserons tout spécialement, aujourd’hui, à la camomille allemande, une plante qui se plaît tout particulièrement dans les cosmétiques pour bébés et dans les produits capillaires destinés aux têtes blondes de tous âges.

L’huile essentielle de camomille est présente dans toutes les parties de la plante, mais elle est obtenue traditionnellement à partir des capitules floraux. Elle renferme des molécules telles que le chamazulène (1 – 35%), le bisabolol (5 – 70%), les oxydes de bisabolol A (5 – 60) et B (5 – 60). La matricine, une lactone sesquiterpénique incolore et non volatile, est dégradée en chamazulène, de couleur bleue et volatile, sous l’action de la chaleur, lors de la distillation à la vapeur d’eau. Selon leur composition, on distingue des huiles essentielles riches en oxydes de bisabolol (19 – 81%) ou en alpha-bisabolol (10 – 65%). Le rendement est faible ; il est compris entre 0,3 et 1,5 %, selon la qualité de la matière première (Petra Kotnik, Mojca Škerget, Željko Knez, Supercritical fluid extraction of chamomile flower heads: Comparison with conventional extraction, kinetics and scale-up, The Journal of Supercritical Fluids, 43, 2, 2007, 192-198 ; Mehdi Sharifi-Rad, Jolanta Nazaruk, Letizia Polito, Maria Flaviana Bezerra Morais-Braga, Javad Sharifi-Rad, Matricariagenus as a source of antimicrobial agents: From farm to pharmacy and food applications, Microbiological Research, 215, 2018, 76-88).

Différents extraits de camomille peuvent être réalisés. On y retrouve les molécules citées précédemment en proportions variées. Selon les conditions expérimentales (solvant de macération, utilisation d’ultra-sons, de micro-ondes…) la teneur en polyphénols totaux varie considérablement (variation de 13 mg/g à 150 mg/g). Les flavonoïdes contenus dans les échantillons sont à la teneur de 40 mg/g de plante sèche, dans les conditions optimales d’extraction. Parmi ces flavonoïdes on citera l’apigénine et son glucoside. L’apigénine est un colorant jaune qui donne à la camomille sa réputation de colorant pour cheveux blonds (Simone Vieira Pereira, Rayssa A. S. P. Reis, Danielle Cristina Garbuio, Luis Alexandre Pedro de Freitas, Dynamic maceration of Matricaria chamomilla inflorescences: optimal conditions for flavonoids and antioxidant activity, Revista Brasileira de Farmacognosia, 28, 1, 2018, 111-117).

Un certain nombre de publications font état de l’intérêt d’utiliser des produits formulés à partir d’extraits de camomille en soutien de certaines pathologies telle que la dermatite atopique, en soin de support dans le cadre de la radiothérapie ou afin d’apaiser des érythèmes de diverses origines. Viennent à l’appui des tests réalisés sur volontaires qui démontreraient une efficacité d'une crème à base de camomille (type d’extrait, % en molécules actives, nature de l’excipient non précisés) similaire à celle d'une préparation contenant 0,25 % d’hydrocortisone. Ces résultats sont à prendre avec des pincettes du fait du peu d’informations fournies. D’autres tests réalisés sur animaux sont tout à fait en faveur de cette plante. On a ainsi pu démontrer que l’application d’une préparation à base de 0,75 mg d’extrait sec de camomille (équivalent à 518 mg/Kg de bisabolol, 296 mg/Kg de matricine et 53 mg/Kg d’apigénine) permet de contrer l’inflammation provoquée par de l’huile de croton chez le rat. Cet effet est similaire à celui obtenu en utilisant une préparation renfermant 0,60 mg de benzydamine (Sílvia Petronilho, Marcelo Maraschin, Manuel A. Coimbra, Sílvia M. Rocha, In vitro and in vivo studies of natural products: A challenge for their valuation. The case study of chamomile (Matricaria recutita L.), Industrial Crops and Products, 40, 2012, 1-12).

On reconnaît également à l’extrait de camomille (extrait méthanolique à 10 % m/m) des propriétés antiseptiques vis-à-vis de Propionibacterium acnes. Les diamètres d’inhibition observés permettent de classer l’extrait de matricaire en bonne position, par rapport à d’autres extraits végétaux. Venant juste après le romarin (Rosmarinus officinalis), la matricaire double les extraits d’Acacia nilotica, d’Azadirachta indica, de Calendula officinalis, d’Ocimum tenuiflorum et de Perlagonium asperum (Antibacterial and antioxidant strategies for acne treatment through plant extracts (Jaykant Vora, Anshu Srivastava, Hashmukh Modi, Antibacterial and antioxidant strategies for acne treatment through plant extracts, Informatics in Medicine Unlocked, 2017). Cet effet antiseptique associé à un effet anti-inflammatoire peut donc être mis à profit dans les cosmétiques destinés aux sujets à peau jeune.

Attention, toutefois, à n’utiliser que des camomilles « relax », c’est-à-dire vivant dans des conditions environnementales favorables. On a, en effet, montré qu’en cas de stress abiotique, la camomille est capable de produire un métabolite de la famille des coumarines. Douze heures après le déclenchement du stress, on note la présence d’ombelliférone dans les feuilles de camomille (Umbelliferone, a stress metabolite of Chamomilla recutita (L.) Rauschert (Miroslav Repčák, Ján Imrich, Mária Franeková, Journal of Plant Physiology, 158, 8, 2001, 1085-1087), un ingrédient phytotoxique qui provoque le dépérissement de la plante par accumulation d’espèces réactives de l’oxygène au niveau de la racine et inhibition de la photosynthèse (Pan L, Li XZ, Yan ZQ, Guo HR, Qin B, Phytotoxicity of umbelliferone and its analogs : Structure-activity relationships and action mechanisms, Plant Physiol Biochem., 97, 2015, 272-277). L’ombelliférone est un azurant optique qui est utilisé dans le domaine textile afin de rendre la couleur blanche, éclatante. Des chercheurs américains ont d’ailleurs démontré, soit dit en passant, que cette molécule, présente au niveau des fibres vestimentaires, est capable de traverser la peau à raison de 20 pg/cm2/h, dans le cas d’une fibre renfermant 0,8 ppm d’ombelliférone (Marks JL, Kissel JC, Shirai JH, Fenske R, Bondi CAM, An in vitro model for quantifying chemical transfer from fabric to and through skin, J Expo Sci Environ Epidemiol., 2018). Il s’agit également d’une molécule parfumante au caractère allergisant (Adi Pinkas, Cinara Ludvig Gonçalves, Michael Aschner, Neurotoxicity of fragrance compounds: A review, Environmental Research, 158, 2017, 342-349).

La camomille, tout comme l’extrait de thé ou de calendula, reste un ingrédient très courtisé par l’industrie cosmétique. De nombreuses publications font échos à cet intérêt. Certaines apportent des éléments nouveaux, d’autres ne font que corroborer ce que l’on savait déjà (Wanessa Almeida Ciancaglio Garbossa, Patrícia Maria Berardo Gonçalves Maia Campos, Euterpe oleracea, Matricaria chamomilla, and Camellia sinensis as promising ingredients for development of skin care formulations, Industrial Crops and Products, 83, 2016, 1-10).

Quoi qu’il en soit, troubles légers du sommeil, troubles digestifs légers ou problèmes de peau seront pris en charge, de manière sympathique, par une camomille non stressée… Le magicien Garcimore ne cessait de le dire. La vie, c’est mieux, quand on est « décontrasté » !






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