Nos regards
La Dream Cream de Lush, il n'y a pas de quoi rêver... bien au contraire !

> 17 avril 2018

La Dream Cream de Lush, il n'y a pas de quoi rêver... bien au contraire ! L’industrie cosmétique vend du rêve, nous dit-on souvent… C’est vrai, parfois… et c’est tant mieux ! Dans la grisaille du quotidien, un peu de rêve ne fait de mal à personne… bien au contraire ! Rêver de redevenir jeune grâce à un anti-âge vraiment performant, rêver de (re)devenir mince et svelte à l’aide d’un amincissant révolutionnaire, rêver de voler la vedette aux plus belles actrices grâce à un maquillage fabuleux… tout cela est bien tentant et, comme « les anciens » qui croient que « tout ce qui est écrit dans le journal est vrai », on a envie, parfois (et même souvent) de se laisser berner !

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes cosmétiques s’il n’y avait quelques trublions qui oubliaient régulièrement qu’un cosmétique est un cosmétique et un médicament, un médicament… Les uns se drapent d’ésotérisme et font intervenir des forces supérieures pour mettre au point une crème-miracle qui vient à bout de tous les problèmes de peau des stars les plus en vue (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/egyptian-magic-la-creme-qui-fait-l-unanimite-mais-pas-chez-nous-555/), il y en a d’autres qui surfent sur des avis de mamans dont l’enfant eczémateux n’attendait qu’eux pour pouvoir dormir paisiblement.

Parmi ces derniers, on trouve la société Lush, une société dont nous avons déjà eu l’occasion de parler à plusieurs reprises. Du produit solaire sous forme de savon à utiliser sous la douche (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/the-sunblock-spf-30-lush-a-interdire-carrement-259/) au masque capillaire qui trahit nos sens (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/masque-capillaire-lush-un-cosmetique-qui-trahit-nos-sens-381/) en passant par le shampooing tout spécialement irritant (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/lush-s-il-n-en-reste-qu-un-a-utiliser-le-lauryl-sulfate-de-sodium-36/), la société en question n’est vraiment pas celle dont on recommanderait les produits à une maman soucieuse de la santé de son enfant.

En ce moment la blogosphère bruisse d’un produit miracle qui déclenche les « like » plus vite que son ombre (https://www.public.fr/Toutes-les-photos/Si-vous-avez-de-l-eczema-ce-produit-Lush-pourrait-vous-changer-la-vie-1467489). Le produit en question permet de traiter l’eczéma… en fait l’« ezema » (si l’on en croit le site de la marque) (https://fr.lush.com/products/cremes-corps/dream-cream). C’est curieux, nous pensions qu’un cosmétique ne pouvait se prévaloir de traiter une maladie ? (rires des rédactrices du Regard)

Rappelons que la dermatite atopique est une dermatose chronique, inflammatoire, qui met en jeu des facteurs génétiques, immunologiques et environnementaux. La fonction barrière de la peau n’est plus assurée aussi bien que chez le sujet ne souffrant pas de cette affection (Aleksi J. Hendricks, Alexandra R. Vaughn, Ashley K. Clark, Gil Yosipovitch, Vivian Y. Shi, Sweat mechanisms and dysfunctions in atopic dermatitis, Journal of Dermatological Science, 89, 2, 2018, ,105-111). Lorsque l’on sait que 30 % des enfants et 10 % des adultes des pays industrialisés souffrent de cette pathologie, parfois très invalidante, on comprend que cela aiguise l’appétit de certaines sociétés (Martin Glatz, Philipp Bosshard, Peter Schmid-Grendelmeier, The Role of Fungi in Atopic Dermatitis, Immunology and Allergy Clinics of North America, 37, 1, 2017, 63-74).

Penchons-nous (comme d’habitude !) sur la liste des ingrédients (qui n’est pas présentée comme la réglementation l’exige) de cette Dream Cream qui « apaise, calme et hydrate ». L’émulsion est stabilisée par un savon, celui-ci se formant par réaction de la triéthanolamine sur les corps gras présents dans la formule. Le tensioactif choisi n’est donc pas le plus doux que l’on puisse trouver. Teinture de benjoin et allergènes ne sont pas des plus indiqués dans un produit destiné (c’est ce que l’on nous fait remarquer) à des enfants atopiques.

Non, cette Dream Cream ne fait pas rêver la Dream Team de Regard sur les cosmétiques…

Soyons raisonnable, l’eczéma est une pathologie multifactorielle. Si les cosmétiques peuvent apporter un confort cutané certain et favoriser une économie cortisonique (Coiffard L., Couteau C. Des cosmétiques en complément de traitements médicamenteux ? Le Figaro, 19 mars 2018), sachons choisir les bons (ceux qui sont zéro défaut) et laissons les autres de côté !

Un très grand merci à Jean-Claude Le Joliff qui, du haut de son observatoire de la Cosmétothèque, ne fait pas qu’œuvre de mémoire, mais scrute également l’horizon avec une grande acuité visuelle et nous a signalé cet engouement subit des médias pour un produit… peu recommandable !

Dream Cream (Lush) : Lait d'avoine (Avena sativa), Eau de rose (Rosa damascena), Huile d’olive bio extra vierge (Olea europaea), Beurre de cacao bio issu du commerce équitable (Theobroma cacao), Glycérine, Acide stéarique (Stearic Acid), Triéthanolamine, Teinture de benjoin (Styrax benzoin), Absolue de rose (Rosa damascena), Huile essentielle de camomille bleue (Matricaria chamomilla), Huile essentielle d’arbre à thé (Melaleuca alternifolia), Huile essentielle de lavande (Lavandula angustifolia), Alcool cétéarylique (cetearyl alcohol), Alcool benzylique (Benzyl alcohol), Benzoate de benzyle (Benzyl benzoate), Citronellol, Géraniol, Limonene, Linalool, Parfum (Perfume), Parahydroxybenzoate de méthyle (Methylparaben), Parahydroxybenzoate de propyle (Propylparaben).






Retour aux regards