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La dermatite atopique, ça fait suer !

> 19 novembre 2018

La dermatite atopique, ça fait suer !

« Suer ou ne pas suer », telle est la question qui se pose pour le sujet atopique. En 2018, des chercheurs américains ont fait le point en ce qui concerne la fonction de sudation et son impact dans le cas de la dermatite atopique.1

La dermatite atopique est une dermatose inflammatoire chronique, qui fait intervenir des facteurs génétiques, immunologiques et environnementaux. On note, en particulier, une réduction de l’effet barrière exercé par la peau. Des mutations intervenant au niveau du gène responsable de la synthèse de la filaggrine sont observées, ce qui se traduit par une augmentation de la perméabilité cutanée, par une diminution du niveau d’hydratation de la couche cornée et par une augmentation du pH cutané. Celui-ci est normalement acide, ce qui permet le développement de la flore cutanée résidente et le fonctionnement des systèmes enzymatiques bactériens.2 Certains cosmétiques (et en particulier le savon) et certaines pathologies (dont la dermatite atopique) sont capables de modifier le pH physiologique.

La sueur produite par les glandes eccrines réparties sur l’ensemble du corps joue un rôle dans les processus de thermorégulation (maintien de la température corporelle à 37°C), d’hydratation cutanée et de défense de l’organisme. Le mélange de la sueur et du sébum forme un film protecteur, le Film Hydrolipidique (FHL) ou Film Cutané de Surface (FCS). Celui-ci permet de limiter l’évaporation de l’eau contenue dans la couche cornée et de créer un environnement favorable au microbiote cutané. La sueur est composée de substances hydratantes (lactates, urée, acide pyrrlidone carboxylique, électrolytes) regroupées sous le nom de « Natural Moisturizing Factor » (NMF). La filaggrine constitutive de l’enveloppe des cornéocytes est susceptible d’être dégradée au cours du processus de maturation des cornéocytes. Son hydrolyse aboutit à la libération d’acides aminés tels que la sérine, la glycine, l’alanine. Peptides antimicrobiens (la dermicidine, par exemple) et immunoglobulines constituent des éléments de défense vis-à-vis des micro-organismes pathogènes. Certains médiateurs de l’inflammation (IL-1 et IL-31) sont contenus dans la sueur et déclenchent une réaction inflammatoire au niveau des kératinocytes, réponse d’autant plus importante que la barrière cutanée est altérée.

A la fin des années 1990, une étude réalisée sur 120 enfants a mis en évidence des différences de composition en ce qui concerne la sueur eccrine produite. La sueur d’enfants atopiques apparaît deux fois plus salée que la sueur d’enfants ne souffrant pas de cette pathologie.

En 2012, cette assertion est mise à mal. Sugawara montre, au contraire, que chez les patients atteints d’atopie modérée les taux de sodium, de potassium, d’urée, de lactates et d’acide pyrrolidone-carboxylique sont plus faibles que chez les sujets témoins. Sachant que ces molécules présentes dans la sueur sont également celles qui jouent un rôle dans le phénomène d’hydratation cutanée, il paraît logique que leur teneur soit diminuée… la sécheresse cutanée caractéristique de l’atopie s’explique ainsi.

Si l’on constate depuis longtemps que les sujets atteints de dermatite atopique ont tendance à développer des infections cutanées, l’on sait de manière récente que cette propension est à mettre en lien avec une réduction de la teneur en dermicidine et en IgA dans la sueur eccrine. Ceci est démontré lorsque l’on fait pratiquer un exercice physique à des sujets atopiques ou non. Chez le sujet exempt de terrain atopique, on observe une réduction du nombre de bactéries cutanées de l’ordre de 46 % ; chez le sujet atopique, la réduction n’est que de 3 %.

La sueur apparaît donc comme un élément de défense important… Oui, encore faut-il ne pas y être allergique. Cette allergie observée chez le sujet atopique se produit en réalité vis-à-vis de certains antigènes présents dans la sueur comme par exemple la protéine MGL_1304, caractéristique de la souche fongique Malassezia globosa. Irritation et prurit sont observés. De nombreux patients font le lien entre sudation et exacerbation de leur état. L’élévation du pH cutané est également mise en lien avec le phénomène de prurit et de grattage. Des études réalisées en provoquant respectivement les phénomènes de sudation et de prurit à l’aide de pilocarpine et d’une plante urticante ont montré que lorsque les deux phénomènes sont déclenchés en même temps la sensation de prurit est moins intense ! Cet état de fait est observé même chez les patients qui considèrent la sueur comme un facteur aggravant le prurit.

Tout cela c’est sans parler des batailles d’experts qui, chiffres à l’appui, montrent un défaut concernant le processus de sudation, les uns établissant un lien entre une production accrue de sueur, les autres pointant du doigt un déficit de production.

Que peut-on retenir de tout cela ? Rien de bien concret tant les avis sont partagés. Du point de vue de la formulation des cosmétiques adaptés aux sujets atopiques, on retiendra, toutefois, qu’il est primordial d’abaisser le pH cutané et non de l’élever. Les savons seront donc bannis de la salle de bains. Les formules les plus simples et les plus « douces » seront privilégiées. Antiseptiques et allergènes seront considérés comme des ingrédients indésirables.

Bibliographie

1 Aleksi J. Hendricks, Alexandra R. Vaughn, Ashley K. Clark, Gil Yosipovitch, Vivian Y. Shi, Sweat mechanisms and dysfunctions in atopic dermatitis, Journal of Dermatological Science, 89, 2, 2018, Pages 105-111
2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-microbiote-cutane-un-univers-qui-commence-a-etre-courtise-par-les-cosmetologues-278/






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