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La Baule-les-Pins, version Jane Austen

> 21 avril 2018

La Baule-les-Pins, version Jane Austen Des bains de mer, souverains pour le teint, des algues comme trait d’union entre deux amoureux, un cosmétique toxique, le savon... les ingrédients sont là pour concocter un roman charmant qui nous transporte illico dans une bourgade de bord de mer, au début du XIXe siècle.

Jane Austen dans son dernier roman intitulé « Sanditon » (1817), s’intéresse tout particulièrement à un passionné, Mr Parker. Celui-ci a décidé de transformer une petite commune de bord de mer en une station balnéaire à la mode. Dans les premières pages du roman, Mr Parker réalise un véritable plaidoyer en faveur des bains de mer qui, selon lui, vont de paire avec une santé florissante. « Personne, même maintenu dans une apparence de santé par l’aide fortuite de l’exercice et de la bonne humeur, ne pouvait réellement jouir d’une santé sûre et permanente sans passer au moins six semaines par an au bord de la mer. L’air marin et les bains de mer ensemble étaient presque infaillibles, ils pouvaient venir à bout de tous les dérangements de l’estomac, des poumons et du sang. Ils étaient antispasmodiques, antipulmonaires, antiseptiques, anticholériques et antirhumatismaux. Personne ne pouvait prendre froid au bord de la mer, personne ne manquait d’appétit au bord de la mer, personne ne manquait d’entrain, personne ne manquait de force… L’air marin guérissait, apaisait et détendait, il fortifiait et vivifiait, à la demande, semble-t-il, tantôt l’un, tantôt l’autre. Si la brise marine échouait, les bains de mer étaient le correctif certain ; quand les bains de mer ne convenaient pas, l’air marin seul était évidemment le remède désigné par la nature. » La mer constitue, à ses yeux, une véritable panacée. A défaut de guérir des pathologies bien réelles, l’air marin de Sanditon permettra à Miss Brereton, Miss Heywood et Miss Lambe, selon le schéma habituel cher à la romancière, de trouver l’amour.

Mr et Mrs Parker s’attaquent aux préjugés en vigueur. Il n’y a rien de mieux que les bains de mer. La mode est, bien sûr, au teint pâle. Ombrelles et chapeaux permettent de se cacher des rayons du soleil et d’éviter ainsi tout hâle intempestif. Si l’on respecte certaines heures de baignade (deux heures après le petit-déjeuner, par exemple), on ne court aucun risque de voir son teint se gâter. Un certain nombre de voix s’élève tout de même pour mettre en garde les demoiselles en quête de nouveauté. « Vous, mesdemoiselles, vous allez seulement vous rendre la peau sèche et rêche en l’exposant à l’eau salée. » C’est sans compter l’indécence des tenues de bain qui dévoilent les jambes lorsque l’on s’installe dans sa cabine. Mrs Parker dispose d’un argumentaire bien rôdé qu’elle sert consciencieusement à toute personne qui se montre récalcitrante à l’idée de faire trempette. « Quant au teint, je n’ai jamais entendu dire chose pareille. Le vent et le soleil font peut-être du mal, et c’est l’eau salée qu’on blâme. Je crois vraiment que les bains de mer par eux-mêmes ne peuvent faire que du bien [...] ».

Les Parker sont tous hypocondriaques. Diana, Susan et Arthur rivalisent d’ingéniosité lorsqu’il s’agit d’inventer les pathologies les plus surprenantes. Prendre soin de leur bien-être les occupe à plein temps. A les entendre, même le savon le plus anodin devient un produit véritablement maléfique. Diana suspecte ainsi « sa fille de cuisine de les empoisonner tous à petit feu » en ne rinçant pas les plats qu’elle récure au savon, ce dernier étant un produit « hautement toxique », comme tout le monde le sait…

Hypocondriaques et malchanceux... tels sont les Parker. Susan est, bien évidemment, la seule à se faire piquer par une abeille ou une guêpe – pour l’identification de la coupable, les avis sont partagés. Tout comme pour le Capitaine Haddock (Les bijoux de la Castafiore), c’est le nez qui est la cible de l’insecte piqueur. Le dard extrait, le nez est tamponné de graisse de cerf. Alors que Miss Lambe se charge de « l’accidentée » avec efficacité, Diana court dans tous les sens. Faut-il de l’eau de rose, une décoction de feuilles de mauve, un oignon rôti, des feuilles de sureau, de patience rouge ou de la graisse de rognons de mouton ? Rien de tout cela, la graisse de cerf fera seule l’affaire !

Dans ce roman terminé par « une autre dame », Jane place les algues au centre de l’idylle qui se noue entre Arthur et Miss Lambe. Quand l’un récolte les précieuses algues, l’autre les représente avec exactitude d’un joli coup de pinceau (« il y a tant de nuances de vert, d’olive, tant de rouges et de bruns différents »). Arthur se donne pour mission d’établir un « catalogue scientifique », renfermant « des reproductions aussi réalistes » que possible. Confrontant ses bobos insignifiants à la constitution fragile de sa compagne, notre malade imaginaire, amoureux des entéromorphes et des cladophores commence à devenir adulte. L’amour d’Arthur pour les algues, son désir de réaliser un catalogue exhaustif de leurs représentants, le talent de Miss Lambe qui les immortalise d’un coup de pinceau n’est pas sans rappeler la passion de Mme Yannick de Roeck-Holtzhauer pour ces végétaux marins. Rappelons, qu’elle fut l’auteur d’une base de données regroupant l’ensemble des éléments relatifs à leur composition - Biotekalg - et d’un alguier regroupant des aquarelles saisies sur le vif (http://envlit.ifremer.fr/var/envlit/storage/documents/portfolios/portfolio20030601/portfolio_album.html). Mr Parker et Miss Lambe associés nous font penser à notre directeur de thèse, une femme à la forte personnalité qui a laissé son empreinte dans le domaine cosmétique (http://www.observatoiredescosmetiques.com/pro/actualite/createurs/yannick-de-roeck-holtzhauer-la-mme-100&nbsp000-volts-du-milieu-cosmetique-3319).

Pour une lecture de vacances dans une ambiance un rien surannée, à la mer, à la campagne ou à la montagne, Jane Austen nous comble de bonheur...






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