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L’estime de soi : entre Calimero et Superman - comment les cosmétiques peuvent-ils nous aider ?

> 18 janvier 2019

L’estime de soi : entre Calimero et Superman - comment les cosmétiques peuvent-ils nous aider ?

D’abord définir cette notion d'estime de soi. Et là déjà commencent les difficultés… Donc, nous avons décidé de vous livrer plusieurs définitions pour cerner la question…

L’estime de soi est une notion qui se construit dès la petite enfance, d’une manière automatique, non consciente dans la mesure où « Avant de se voir l’enfant se voit dans les yeux de sa mère le regardant » selon le pédiatre Donald Woods Winnicott. Pour autant, le sujet adulte doit reconnaître ses imperfections tout en gardant toujours une estime de lui et un sentiment de valeur.

D’emblée, il est bon de la différencier de la dignité humaine, notion introduite en droit international, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) reconnaissant que tous les êtres humains possèdent une « dignité inhérente » et qu'ils « naissent libres et égaux en droits et en dignité », respectivement dans son préambule et dans son article 1er. La dignité humaine se manifeste dans toute relation interpersonnelle, dès le premier regard, la première parole, la première rencontre comme reconnaissance réciproque de l’un et de l’autre en tant qu’être humain.

Pour le psychologue québécois Jean Monbourquette, l’estime de soi, c’est se reconnaître le droit de vivre, avoir conscience d’être une personne unique et irremplaçable, accepter tous les aspects de sa personne sans les censurer, ni les nier, se considérer aimé et s’aimer soi-même. Pour l’estime de soi, l’auteur identifie aussi quatre signes : croire en sa capacité d’apprendre, accepter son niveau de compétence sans se comparer aux autres, savoir se valoriser à la suite de ses succès, si petits soient-ils et enfin chercher quelle est sa mission et la réaliser.1

C’est en 1943, que le psychologue américain Abraham Maslow expose sa théorie, A Theory of Human Motivation, pour la première fois. Selon lui, les besoins humains – sachant que selon le dictionnaire Larousse, un besoin se définit comme une « exigence née d’un sentiment de manque, de privation de quelque chose qui est nécessaire à la vie organique ». - peuvent être hiérarchisés et une représentation de forme pyramidale peut être proposée et le besoin d’estime de soi se situe au niveau 4. A la base de la pyramide (niveau 1), on va classer les besoins essentiels de l’homme que l’on va qualifier de vitaux : respirer (l’oxygénation doit être correcte), boire (pour maintenir l’équilibre hydrominéral), manger (pour maintenir l’équilibre alimentaire), éliminer les déchets du métabolisme (uriner, déféquer, suer), dormir, se vêtir (maintenir sa température centrale). On va ajouter se laver ce qui permet de démontrer l’implication des cosmétiques (d’hygiène seulement, bien sûr) dans ces besoins fondamentaux. Le niveau 2 correspond au besoin de sécurité tant sur un plan physique (se loger, vivre dans un état en paix) que psychologique (besoin de sérénité). Le niveau 3 fait référence au besoin d'appartenance (à un groupe social) : toute personne a besoin d’être objet d’amour et d’affection. Il s’agit pour elle de se sentir acceptée dans un ou des groupe(s) dans le(s)quel(s) elle vit comme le cercle familial, amical, associatif… Tous les cosmétiques peuvent être concernés par ce niveau. Il en est de même des niveaux 4 et 5 qui correspondent respectivement au besoin d'estime de la part des autres (reconnaissance, bonne réputation) et de la part de soi-même (sentiment d'être utile, valorisé, atteindre ses buts) et au besoin de s’accomplir (épanouissement personnel). Comme ces besoins sont hiérarchisés, un besoin de niveau supérieur ne peut en principe être comblé tant que celui du niveau inférieur ne l’est pas. Pour Olivier Smallwood, « l’image de soi est un élément décisif du bien être psychologique et à ce titre, semble faire partie de la notion de santé telle qu’elle est définie par l’OMS, à savoir « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ».2

L'estime que l'on a de soi dépend de nombreux paramètres aux premiers rangs desquels on peut citer le tempérament, l'éducation, les aléas de la vie... L'estime de soi se construit durant l'enfance et évoluera au cours de la vie dans un sens ou dans l’autre en fonction des situations de réussite et d'échec qui seront vécues. Ce qui va nous intéresser ici, ce sont les causes qui peuvent affecter l’estime de soi. Parmi elles, nous retiendrons l’âge (dans le sens du vieillissement), la maladie et la précarité.

Dans la littérature, on peut trouver des exemples d’auteurs pour lesquels l’estime de soi est très dégradée. On pensera, par exemple, à Tristan Corbière (1845-1875) qui parle de lui-même dans l'un de ses poèmes, en écrivant « Bonsoir – ce crapaud-là c’est moi ».3

A l’heure actuelle, quelles sont les situations où l’estime de soi risque d’être affectée ?

Mais, tout d’abord, vous pourriez nous poser la question du rapport de l’estime de soi avec les cosmétiques. Rassurez-vous, il existe bel et bien dans la mesure où les cosmétiques jouent un rôle dans l’estime de soi. Les cosmétiques en général et la socio-esthétique en particulier. Dans ce domaine, nous allons prendre quelques exemples. En pratique socio-esthétique, le modelage des mains fait partie des actes les plus fréquents.4 Or il a été démontré l’existence d’un lien entre la fréquence du toucher affectif et l’estime de soi, chez la personne âgée.5 L’anthropologue Ashley Montagu définit le toucher comme étant un contact satisfaisant avec une autre peau, mais aussi le fait de caresser, de cajoler, de tenir dans ses bras, de tapoter la joue ou la tête, de prendre quelqu’un par le menton.6 On se rappellera ici que peau et système nerveux ont même origine embryologique et que la peau est finalement l’organe sensoriel le plus étendu de notre organisme.7 Le toucher, moyen de communication non-verbal, est particulièrement important avec les personnes dans des situations où les mots ne sont plus utilisables. Le besoin de toucher et d’être touché ne s’estompe pas avec l’âge. Bien au contraire, il aurait tendance à s’amplifier.8 Un modelage des mains, geste simple et facile à réaliser en socio-esthétique est donc un acte particulièrement adapté à la pratique en maison de retraite ou en EHPAD.

Pour illustrer l’influence de la maladie, nous prendrons deux exemples. Tout d’abord, celui du patient acnéique. D’une manière générale les affections d’ordre dermatologique ont un impact psychosocial avec une influence d’une manière négative sur l’estime de soi, mêlant sentiments de culpabilité, de honte et d’isolement social.9 Dans le cas particulier de l’acné, l’âge de survenue de la maladie n’est pas anodin, puisqu’il s’agit majoritairement d’adolescents, sujets jeunes pour lesquels l’image renvoyée aux autres est particulièrement importante.10 Il a été mis en évidence une corrélation entre la sévérité de l’acné vulgaire et la qualité de vie. En revanche, on ne note pas de corrélation entre gravité des lésions et estime de soi. Quel que soit l’âge des patients (puisque l’on observe une persistance des lésions chez la femme adulte),11 la pratique socio-esthétique se fera sur le versant maquillage. On parle alors de maquillage thérapeutique,12 terme qui remplace avantageusement le terme de maquillage camouflage… On aura recours à des produits particulièrement couvrants et à des sticks de couleur verte afin de masquer au mieux ces lésions dites « affichantes » que l’on aurait presque envie de qualifier (parfois ?) d’« affichiantes » !!! Le deuxième exemple que nous aborderons est celui de la personne hospitalisée (peu importe le motif, cela n’a pas d’importance ici). La personne alitée n’a plus l’occasion de s’épiler comme auparavant et des poils superflus au niveau du menton, en particulier, la gêne tout particulièrement quand des membres de sa famille ou des relations viennent lui rendre visite ou même chaque fois qu’un membre de l’équipe soignante vient à son chevet. Une pince à épiler habilement maniée par une socio-esthéticienne va rapidement mettre fin à ce désagrément !

Abordons enfin, la situation de la personne touchée par la précarité. Il est évident que cette personne est une « précaire cosmétique »… tout cosmétique constituant un produit de luxe. Selon l’Insee, un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, ce seuil étant déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de  l'ensemble de la population. Eurostat et les pays européens utilisent en général un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie. La France privilégie également ce seuil, mais publie des taux de pauvreté selon d'autres seuils (40, 50 ou 70 %), conformément aux recommandations du rapport du Conseil national de l’information statistique (Cnis) sur la mesure des inégalités.13 Si nos sociétés connaissent depuis 2008 une crise économique dont les conséquences sociales sont majeures, la précarité sociale n’est en revanche pas un phénomène nouveau. Depuis 2005, on peut toutefois observer tant à l’échelle nationale (données de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale – ONpeS), qu’européenne (eUrOSTaT), une aggravation de la pauvreté. En 2009, 13,5 % des Français (soit 8,2 millions de personnes) vivaient en dessous du seuil de pauvreté, contre 12,6 % en 2004 (ONpeS, 2011-2012) (Azria, 2015). En 2014, ce taux était de 14 %. Le seuil de pauvreté est situé actuellement à 855 euros ou 1 026 euros selon que l’on se place à 50 % ou à 60 % du niveau de vie médian.14 Cela inclut, bien évidemment, les bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA qui est de 551,51 € par mois pour une personne seule).15 Il est, dans ces conditions, bien difficile d’envisager l’achat de cosmétiques divers et variés. Pour autant, un certain nombre d’organismes, comme les Resto du cœur, par exemple, qui œuvrent en faveur des plus défavorisés ont bien compris la nécessité de mettre à disposition des bénéficiaires des produits cosmétiques, particulièrement des produits d’hygiène.16 Dans un certain nombre de maisons d’arrêt pour femmes et toujours dans un objectif de réinsertion, des ateliers maquillages sont proposés. On est loin d’une généralisation sur l’ensemble du territoire mais on peut espérer, qu’au fil du temps, l’idée essaimera…

Pour conclure, laissons maintenant la parole à François Cheng : « On ne peut pas se fixer exclusivement sur le mal, il faut envisager l’autre bout de l’univers, la beauté, qui justifie notre existence terrestre et qui fait que notre vie vaut la peine d’être vécue. »

Bibliographie

1 Boudreault A., Ntetu A.L. Toucher affectif et estime de soi des personnes âgées. Recherche en soins infirmiers, 2006, 3 (86) 52-67.

2 Coiffard L., Couteau C. Manuel de Socio-esthétique, Editions Brind’jonc, Nantes, 2016

3 Corbière T. Le crapaud In Les amours jaunes, 1873

4 Couteau C., Sebille-Rivain V., Jourdan E., Gouret S., Coiffard L.J.M. Impact of Socio-Aesthetics as Supportive Care in a Large, Multi-Specialty Hospital. Journal of Dermatological Research, 2017, 2 (1) 96-102.

5 Copstead LE. Effects of touch on self-appraisal and interaction appraisal for permanently institutionalized older adults.Journal of Gerontological Nursing, 1980, 6 (12) 747-752.

6 Montagu A. Touching: the Human Significance of the Skin. Harper&Row, 1986, New York.

7 Helga O. Miguel, Isabel C. Lisboa, Óscar F. Gonçalves, Adriana Sampaio.Brain mechanisms for processing discriminative and affective touch in 7-month-old infants. Developmental Cognitive Neuroscience, Available online 31 October 2017

8 Estabrook C.A., Morse J.M. Toward a theory of touch: the touching process and acquiring a touching style. Journal of Advanced Nursing, 1992, 17, 448-456.

9 Vilar G.N., Santos L.A., Sobral Filho J.F. Quality of life, self-esteem and psychosocial factors in adolescents with acne vulgaris. Anais Brasileiros de Dermatologia, 2015, 90 (5) 622-629.

10 Meeus W. Adolescent psychosocial development: A review of longitudinal models and research. Developmental psychology 2016, 52 (12) 1969-1993.

11 Vera N., Patel N., Cardwell L.A., Saleem M., Feldman S.R. Chemical pharmacotherapy options for managing adult acne. Expert opinion on pharmacotherapy, 2017, 18 (3) 263-273.

12 Holme SA, Beattie PE, Fleming CJ: Cosmetic camouflage advice improves quality of life. British Journal of Dermatology, 2002, 147, 946–949.

13 http://www.insee.fr/fr/methodes/default

14 https://www.inegalites.fr/Les-seuils-de-pauvrete-en-France

15 https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N19775

16 http://restoducoeur.93100.free.fr/?page_id=297

 






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