L’alcool cétéarylique, il est pas un, il est deux, voire même plus !
Vous avez aimé l’alcool cétylique, cet alcool gras saturé composé de 16 atomes de carbone.1 Vous avez adoré l’alcool stéarylique, cet alcool gras composé de 18 atomes de carbone.2 Dans ces conditions, vous allez fondre à l’évocation d’un mélange de ces deux alcools gras connus sous les noms d’alcool cétéarylique ou cétostéarylique. A deux sont-ils plus fort qu’à un ? Vont-ils plus ou moins loin ? C’est à ce genre de questions que l’on tente d’apporter une réponse ce matin (ou ce soir ou à n’importe quel moment de la journée ou de l’année d’ailleurs) !
L’alcool cétéarylique, selon l’inventaire européen
Un ingrédient double, composé d’alcools gras à 16 et 18 atomes de carbone. Un ingrédient dont le nom INCI est « cetearyl alcohol » et qui possède de très nombreuses fonctions au sein des cosmétiques. Un effet « conditionneur cutané, émollient, tensioactif, émulsionnant, stabilisateur d’émulsion, exhausteur de mousse, opacifiant, agent nettoyant, agent de contrôle de la viscosité » ! Cela fait beaucoup. Et il faut bien reconnaître que certaines fonctions sont un peu abusives car essayer de se laver avec un alcool gras risque fort de tourner vinaigre.3 Et tenter de réaliser une émulsion avec uniquement cet alcool et de l’eau… risque fort de virer au cauchemar !
Et un, et deux, et trois…
Il semble bien qu’il y ait même un peu plus que deux ingrédients dans cet ingrédient. Bien sûr, on trouve de l’alcool cétylique (alcool à 16 atomes de carbone) et de l’alcool stéarylique (alcool à 18 atomes de carbone), mais pour seulement une teneur voisine de 80 à 85 %. Les pourcentages restants correspondant à d’autres alcools gras comme l’alcool myristylique ou bien à des acides gras ou à des hydrocarbures.4 La fiche technique avec un bulletin d’analyse complet de cet ingrédient complexe prend donc toute sa valeur ici !
Un excipient médicamenteux de rêve
L’alcool cétéarylique est un bon excipient pour préparations topiques (émulsions, pommades),5 qui assure le mariage de certains principes actifs permettant la mise au point de formules à la fois stables et efficaces6 et joue sur la biodisponibilité de ceux-ci.7 On le considère au même titre que la cire d’abeille, les dérivés de pétrole ou la lanoline comme l’une des matières premières de base des pommades médicamenteuses et ce même à l’heure actuelle.8 Un ingrédient qui permet la formulation de bases pharmaceutiques prêtes à l’emploi utilisables aussi bien en recherche qu’en pratique,9 car bien tolérées.10
Et pour lui donner un coup de peps, on peut même le présenter comme un émollient biocompatible, qui possède des propriétés hydratantes notables, susceptibles d’être exploitées dans le domaine de la prise en charge de la xérose.11
Il permet également de mettre au point des nanoparticules lipidiques solides, susceptibles de constituer de bons vecteurs pour un certain nombre de principes actifs12,13 et n’est pas absent de la composition de certains comprimés,14,15 en particulier ou des formes orales en général.16
Un excipient cosmétique qui donne naissance à d’autres excipients cosmétiques
Sous forme d’esters (on pense par exemple à l’isononanoate de cétostéaryle), on lui reconnaît des propriétés en tant qu’agent conditionneur cutané et capillaire,17 pouvant être utilisé comme vecteur de différents types d’actifs.18
On connaît également fort bien les cétéareths, qui correspondent à de l’alcool cétéarylique diversement éthoxylé, exerçant un rôle de tensioactif. On notera que ces tensioactifs peuvent être à l’origine d’allergies (rares) ; plus le degré d’éthoxylation augmente moins la molécule est allergisante.19 Toujours bon à savoir…
Un vecteur d’actifs cosmétiques
Il peut également entrer dans la composition des niosomes, ces vésicules sphériques capables de transporter des actifs variés.20
Un excipient susceptible d’engendrer des réactions allergiques
La littérature scientifique signale des cas d’allergies à ce mélange d’alcools gras, en particulier lors de la prise en charge des ulcères variqueux par des médicaments ou des pansements en contenant.21 Deux cas d’allergies sont, par exemple, signalés dans le cadre de l’utilisation du médicament Thrombocid (allergie liée à l’alcool cétéarylique).22 Même chose avec le produit Burnol.23 Idem avec un cas d’allergie au Bepanthen, à expliquer par une allergie à deux ingrédients de la spécialité, le dexpanthénol d’une part, l’alcool cétéarylique d’autre part.24
Un faible taux de positivité : 0,8 % pour un échantillon de 3062 personnes testées en 2000 en Angleterre.25 Des cas déclarés qui concernent des spécialités médicamenteuses pour des patients dont la fonction barrière cutanée est altérée.26
En revanche, une bonne tolérance en population générale après utilisation de cosmétiques en contenant.
L’alcool cétéarylique, en bref
Pas très difficile de faire bref concernant cet excipient intéressant, qui constitue visiblement une bonne base en matière de formulation des… cosmétiques. Un ingrédient bien toléré, lorsque la barrière cutanée est intacte et donc opérationnelle ! Un ingrédient qui donne naissance à des esters émollients et à des tensioactifs tout doux. Que demander de plus ?
Bibliographie
2 L’alcool stéarylique, un ingrédient fonctionnel ? Il en a tout l’air ! | Regard sur les cosmétiques
3 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/75132
4 Mace AW. The composition of cetostearyl alcohol. J Pharm Pharmacol. 1975 Mar;27(3):209-11
5 Realdon N, Ragazzi E, Morpurgo M, Ragazzi E. Influence of processing conditions in the manufacture of O/W creams: II. Effect on drug availability. Farmaco. 2002 May;57(5):349-53
6 Meira RZC, Biscaia IFB, Nogueira C, Murakami FS, Bernardi LS, Oliveira PR. Solid-State Characterization and Compatibility Studies of Penciclovir, Lysine Hydrochloride, and Pharmaceutical Excipients. Materials (Basel). 2019 Sep 27;12(19):3154
7 Khopade AJ, Jain NK. Effects of drug concentration in inner aqueous phase and additives in oleaginous phase on release and bioavailability of isoniazid from multiple emulsion. Drug Dev Ind Pharm. 1998 Jul;24(7):677-80
8 Wawre MB, Khobragade D, Mundhada D. An Emerging Approach for Optimization of Cow Ghee as an Ointment Base in Combination With Selected Conventional Bases. Cureus. 2023 Mar 22;15(3):e36556
9 Savi? S, Weber C, Savi? MM, Müller-Goymann C. Natural surfactant-based topical vehicles for two model drugs: Influence of different lipophilic excipients on in vitro/in vivo skin performance. Int J Pharm. 2009 Nov 3;381(2):220-30
10 Farage MA, Ebrahimpour A, Steimle B, Englehart J, Smith D. Evaluation of lotion formulations on irritation using the modified forearm-controlled application test method. Skin Res Technol. 2007 Aug;13(3):268-79
11 Bulsara PA, Varlashkin P, Dickens J, Moore DJ, Rawlings AV, Clarke MJ. The rational design of biomimetic skin barrier lipid formulations using biophysical methods. Int J Cosmet Sci. 2017 Apr;39(2):206-216
12 Ferrari PC, Correia MK, Somer A, Ribeiro MA, Astrath NGC, Sato F, Novatski A. Hesperidin-Loaded Solid Lipid Nanoparticles: Development and Physicochemical Properties Evaluation. J Nanosci Nanotechnol. 2019 Aug 1;19(8):4747-4757
13 Gönüllü Ü, Üner M, Yener G, Karaman EF, Aydo?mu? Z. Formulation and characterization of solid lipid nanoparticles, nanostructured lipid carriers and nanoemulsion of lornoxicam for transdermal delivery. Acta Pharm. 2015 Mar;65(1):1-13
14 Abd-Elbary A, Tadros MI, Alaa-Eldin AA. Sucrose stearate-enriched lipid matrix tablets of etodolac: modulation of drug release, diffusional modeling and structure elucidation studies. AAPS PharmSciTech. 2013 Jun;14(2):656-68
15 Quadir MA, Rahman MS, Karim MZ, Akter S, Awkat MT, Reza MS. Evaluation of hydrophobic materials as matrices for controlled-release drug delivery. Pak J Pharm Sci. 2003 Jul;16(2):17-28
16 Swamy KM, Satyanath B, Shantakumar SM, Manjula D, Mohammedi H, Farhana A. Matrix embedded microspherules containing indomethacin as controlled drug delivery systems. Curr Drug Deliv. 2008 Oct;5(4):248-55
17 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/75138
18 Gonçalez ML, Corrêa MA, Chorilli M. Skin delivery of kojic acid-loaded nanotechnology-based drug delivery systems for the treatment of skin aging. Biomed Res Int. 2013;2013:271276
19 Corazza M, Zauli S, Bianchi A, Benetti S, Borghi A, Virgili A. Contact dermatitis caused by fatty alcohols: may polyethoxylation of the fatty alcohols influence their sensitizing potential? Contact Dermatitis. 2013 Mar;68(3):189-90
20 Devaraj GN, Parakh SR, Devraj R, Apte SS, Rao BR, Rambhau D. Release studies on niosomes containing fatty alcohols as bilayer stabilizers instead of cholesterol. J Colloid Interface Sci. 2002 Jul 15;251(2):360-5
21 Wilson CL, Cameron J, Powell SM, Cherry G, Ryan TJ. High incidence of contact dermatitis in leg-ulcer patients–implications for management. Clin Exp Dermatol. 1991 Jul;16(4):250-3
22 Armengot-Carbo MA, Rodríguez-Serna M, Taberner-Bonastre P, Miquel-Miquel J. Allergic contact dermatitis from cetearyl alcohol in Thrombocid® ointment. Dermatol Online J. 2016 Jul 15;22(7):13030/qt8ht9300r
23 Leow YH, Tan CS. Allergic contact dermatitis from cetrimide and cetearyl alcohol in Burnol-plus cream. Contact Dermatitis. 2000 Sep;43(3):174-5
24 Miroux-Catarino A, Silva L, Amaro C, Viana I. Allergic contact dermatitis caused dexpanthenol-But is that all? Contact Dermatitis. 2019 Nov;81(5):391-392
25 Britton JE, Wilkinson SM, English JS, Gawkrodger DJ, Ormerod AD, Sansom JE, Shaw S, Statham B. The British standard series of contact dermatitis allergens: validation in clinical practice and value for clinical governance. Br J Dermatol. 2003 Feb;148(2):259-64
26 Erfurt-Berge C, Geier J, Mahler V. The current spectrum of contact sensitization in patients with chronic leg ulcers or stasis dermatitis - new data from the Information Network of Departments of Dermatology (IVDK). Contact Dermatitis. 2017 Sep;77(3):151-158

