Nos regards
L’alcool, c’est pour l’apéro pas sur la peau !

> 05 septembre 2018

L’alcool, c’est pour l’apéro pas sur la peau ! C’est d’un œil aiguisé que nous détaillons les compositions cosmétiques à l’intention de nos étudiants, depuis une vingtaine d’années, à l’intention du grand public depuis bientôt deux ans. Tous nos lecteurs assidus auront remarqué notre aversion… dans le domaine cosmétique, précisons-le, pour une matière première naturelle issue notamment de la vigne… à savoir l’éthanol, également dénommé alcool éthylique ou selon la nomenclature cosmétique internationale Alcohol denat.

Cet ingrédient, qui s’immisce dans l’ensemble des cosmétiques qu’il s’agisse des produits de maquillage ou des produits de protection solaire, en passant par les produits hydratants et les produits d’hygiène, n’y a pas sa place pour plusieurs raisons. Sa cytotoxicité n’en fait pas un ingrédient douceur… Du fait d’un effet exhausteur de pénétration, il favorise le passage transdermique d’un certain nombre d’ingrédients cosmétiques, ce qui n’en fait pas un allié des cosmétiques exerçant une fonction « en surface ». Par ailleurs, son effet asséchant contrecarre tous les efforts cosmétiques consentis à des fins d’hydratation.

Depuis que Fitzpatrick a déclaré dans les années 1960 que l’alcool augmentait l’efficacité d’un filtre UVB, à savoir le PABA (Pathak M.A., Fitzpatrick T.B., Frenk E. Evaluation of topical agents that prevent sunburn--superiority of para-aminobenzoic acid and its ester in ethyl alcohol. N. Engl. J .Med. 1969, 26, 280, 1459-63), depuis qu’un certain nombre de chercheurs ont publié les résultats de tests mettant en évidence l’influence du solvant sur la photo-stabilité des filtres UV… l’abstinence n’est plus de mise. En effet, l’alcool est présenté par certains comme un agent photo-stabilisant d’un certain nombre de filtres UV (Huong S.P., Rocher E., Fourneron J.D., Charles L., Andrieu V. Photoreactivity of the sunscreen butylmethoxydibenzoylmethane (DBM) under various experimental conditions. J. Photochem. Photobiol. A: Chemistry, 196, 1, 2008, 106-112 ; Kockler J., Oelgemöller M., Robertson S., Glass B.D. Photostability of sunscreens. J. Photochem. Photobiol. C: Photochemistry Reviews, 13, 1, 2012, 91-110).

L’avobenzone, un filtre UVA très présent dans les produits de protection solaire a fait l’objet de nombreuses études. Particulièrement photo-labile, sa stabilité est augmentée dans des solvants comme le dioxane, l’acétonitrile, le tétrahydrofurane, le méthanol, l’alcool isopropylique et l’éthanol. Le rôle de l’acétate d’éthyle divise les chercheurs qui se sont penchés sur son cas. Stabilisateur pour les uns, déstabilisateur pour les autres, ce solvant est à éviter… tout comme la grande majorité des solvants étudiés. Le cyclohexane fait, quant à lui, l’unanimité : il s’agit d’un solvant à éviter (Kockler J., Oelgemöller M., Robertson S., Glass B.D. Photostability of sunscreens. J. Photochem. Photobiol. C: Photochemistry Reviews, 13, 1, 2012, 91-110). D’un point de vue pratique et en tenant compte des contraintes réglementaires, seuls les alcools éthylique et isopropylique pourront trouver leur place dans les formules cosmétiques.


Reste que ce qui est vrai pour un filtre UV isolé, en solution diluée ne l’est plus pour un mélange de filtres UV utilisés à concentrations élevées, dans un excipient complexe (trop complexe d’ailleurs, à notre goût de galénistes).

Notre expérience dans le domaine nous permet de mettre à mal l’idée selon laquelle l’alcool est l’ingrédient incontournable des produits solaires. On trouve sur le marché un grand nombre de produits peu photo-stables contenant de l’alcool (c’est le cas par exemple du produit Ambre solaire : https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ambre-solaire-enfant-encore-un-effort-et-ce-sera-bon-635/). On trouve, en revanche, des produits extrêmement photo-stables qui n’en contiennent pas (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/a-derma-protection-solaire-kids-un-20-20-bien-merite-651/).

Comme les produits de l’été d’après sont préparés à l’automne (d’avant) et que le dicton « mieux vaut prévenir que guérir » est à méditer tout l’hiver, nous souhaitons alerter l’industrie cosmétique sur la nécessité d’exclure l’alcool des cosmétiques en général et des solaires en particulier.








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