Nos regards
L’acné, le traitement idéal serait donc dans nos assiettes ?

> 21 mars 2018

L’acné, le traitement idéal serait donc dans nos assiettes ? La relation entre le type d’alimentation et la survenue d’acné fait l’objet de controverses depuis une centaine d’années. Le chocolat, les corps gras et les bonbons ont été mis pendant longtemps dans la catégorie des aliments susceptibles de déclencher des crises. Qu’en est-il de cette théorie, aujourd’hui ?

En 1938, le Dr Hellier de l’Université de Leeds en Angleterre se pose la même question que celle qui tourmente tous ses patients atteints d’une dermatose : « Que dois-je manger ? » ou plutôt « Quels aliments dois-je éviter ? ». Le Dr Hellier a une petite idée sur la question. Au chapitre de l’acné, il précise qu’un extrait glandulaire permettant de réguler la production de sébum serait le bienvenu. Il opte pour un extrait à base d’hormones mâles (ce qui, à la lumière des connaissances actuelles, ne nous semble pas vraiment judicieux). Le traitement local préconisé consiste à enlever par lavage l’excès de sébum et à désinfecter la peau en détruisant les micro-organismes présents. Par ailleurs, puisque l’on constate un trouble de la production du sébum, il paraît logique d’incriminer toute prise alimentaire de matières grasses. Le porc, sous toutes ses formes, est présenté comme l’ennemi N°1. Du bacon du petit-déjeuner anglais au sandwich jambon–beurre du Parisien, le porc est mis à l’index pour le sujet acnéique. Glucides et féculents font également partie de la liste des interdits. Chocolat, pain blanc, pâtisseries, autant d’aliments regardés avec une extrême prudence. Cette théorie n’est, toutefois, pas acceptée par tout le monde. Le Dr Hellier rapporte à ce sujet le cas de 10 patients ayant été soumis à un régime riche en sucre, complété par des injections intraveineuses quotidiennes de glucose. Aucun des patients ne vit son cas empirer ; la moitié d’entre eux virent même leur état s’améliorer. Le Dr Hellier, s’il rapporte l’expérience menée par Crawford et Schwartz en toute franchise, se range malgré tout du côté de l’opinion générale qui pense alors « qu’une fille (la misogynie est de règle !) qui raffole de chocolat et de gâteaux aura un visage constellé de boutons » ! (F.F. Hellier, Diet and internal treatment in skin diseases, The Lancet, 231, 5984, 1938, 1037-1041)

Dans les années 1960–1970, la tendance n’est pas à la culpabilisation alimentaire. Des études balaient d’un revers de main ce que l’on affirmait de manière assez péremptoire jusqu’alors. Vivent le chocolat, le lait, les cacahuètes… Vivent les ingrédients sucrés, salés, gras… Les interdits volent en éclat ! (Whitney P. Bowe, Smita S. Joshi, Alan R. Shalita, Diet and acne, Journal of the American Academy of Dermatology, 63, 1, 2010, 124-141)

2018. L’acné entre dans une nouvelle dimension, celle de l’exposome. Sous ce nom, on entend l’ensemble des facteurs impliqués, qu’ils soient d’ordre environnemental, alimentaire, qu’ils découlent d’un style de vie, de risques professionnels…, dans la survenue d’une pathologie (P. Vineis, M. Chadeau-Hyam, H. Gmuender, J. Gulliver, The exposome in practice: Design of the EXPOsOMICS project, International Journal of Hygiene and Environmental Health, 220, 2, Part A, 2017, 142-151).

Le lait et le chocolat reviennent tête basse s’installer au banc des accusés. Le lait (tout particulièrement le lait écrémé), en augmentant le taux d'IGF-1 (facteur de croissance insulinomimétique), favoriserait la production de sébum par stimulation de la croissance des cellules constitutives de la glande sébacée. Ce facteur de croissance stimule, par ailleurs, la production d’androgènes par les ovaires ou les testicules. Le chocolat prédisposerait, quant à lui, à l'hyperglycémie et à l'insulinémie, facteurs aggravant l'acné vulgaire. Des niveaux élevés d'acides gras oméga-6 sont associés à une aggravation de l'acné contrairement aux acides gras oméga-3, qui diminuent l'inflammation (Romańska-Gocka K, Woźniak M, Kaczmarek-Skamira E, Zegarska B., The possible role of diet in the pathogenesis of adult female acne., Postepy Dermatol Alergol., 2016, 33, 6, 416-420 ; McCusker M, Sidbury R., Nutrition and skin: Kids are not just little people., Clin Dermatol. 2016, 34, 6, 698-709).

Retour vers les origines : si l’on souhaite éviter à nos adolescents les affres acnéiques, la solution qui semble, à l’heure actuelle, la plus adaptée est de revenir à une alimentation primitive, celle des chasseurs-cueilleurs Aché du Paraguay, ou bien d’aller s’installer dans l’île de Kitava (Papouasie-Nouvelle-Guinée), une île paradisiaque où le mot « acné » n’ayant pas été inventé aucune lésion disgracieuse caractéristique de cette pathologie ne vient troubler le visage des autochtones ! (Tara Bronsnick, Era Caterina Murzaku, Babar K. Rao, Diet in dermatology: Part I. Atopic dermatitis, acne, and nonmelanoma skin cancer, Journal of the American Academy of Dermatology, 71, 6, 2014, 1039.e1-1039.e12).

Avant de faire nos bagages et d’envisager un changement radical de vie, sachons raison garder. Rappelons-nous que l’acné est une pathologie multi-factorielle (Dréno B., Recent data on epidemiology of acne, Annales de Dermatologie et de Vénéréologie, 137, 12, Supplement 2, 2010, 3-5) qui compte le stress parmi ses facteurs favorisants… il serait dommage dans ces conditions de développer une acné réactionnelle suite à la privation d’aliments sources de plaisir et plutôt… soyons HEUREUX !






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