Kikadupif ? San Antonio pardi !

San Antonio s’est fait chouraver des documents d’une grande importance. Félicie s’est fait kidnapper dans la foulée.1 S’ensuit une course-poursuite en voitures… L’ennemi devant, suivi par 3 voitures banalisées à la queue-leu-leu ! Et comme ça de Paris à Dijon ! Jusqu’à ce qu’une poignée de clous jetée sur la chaussée ne vienne perturber ce joli cortège !

Pas de panique, San Antonio retrouve la piste du voleur, « Kikadupif ? » Le chef évidemment ! Cela le mène, à Paris, dans le lit de la secrétaire de l’ambassadeur de Pleurésie ! Cela le conduit aussi au bord du gouffre avec un ambassadeur poignardé, presque sous ses yeux.

Il y a, dans cet opus, différentes bandes qui veulent s’approprier des documents secrets. Pas de panique, Félicie est là qui sait que la meilleure cachette c’est encore une… cuisine !

L’histoire

Voilà San Antonio de retour at home, chez sa brave mère de Félicie. Un retour express, d’une traite, sans s’arrêter depuis Barcelone, après avoir récupéré des documents ultra-sensibles à l’ennemi. Juste le temps de placer ces documents top secret dans un cache-pot en cuivre, de filer au tabac s’acheter des cigarettes… et voilà les documents volés et la bonne Félicie envolée.

Les voleurs, Léleska Cétesky et Errare Humanumest, mènent tout droit (avec un détour par Dijon, quand même !!!) le commissaire à l’ambassade de Pleurésie (le véritable nom du pays en question est tenu secret pour des raisons de prudence évidentes).

Dans ce contexte, notre commissaire est sur les dents ; parfois juste le temps d’une toilette de chat (il se « rafraîchi un peu la frime »…).

Une chouette de jardinière

Ou plutôt un jardinier d’une quarantaine d’années, très efficace dans le jardin, mais d’aspect très insolite. « Une voix de petite fille et pas plus de barbe qu’un flacon d’ambre solaire » ! Pas beaucoup de jugeotte, non plus ! Assommé par les bandits qui kidnappent Félicie, le jardinier, sans poil et plein de remords, n’a rien pu faire pour sauver la mère de son patron.

Une chouette de douche

San Antonio tient plus que tout à sa mère. Difficile, dans ces conditions, de garder la tête froide. Une « douche glacée » s’impose, afin que chaque idée retrouve sa case d’origine. « Le jet dru du pommeau » de la douche « gomme » la fatigue de notre super-héros, qui se « rase de près », avant d’aller interroger les voisins. Qu’ont-ils vu ? entendu ? supposé ?

Une encore plus chouette de douche

Si San Antonio prend des douches quotidiennes, il n’en est pas de même pour l’ami Bérurier, qui possède un caractère hydrophobe ! Dans cet opus, le challenge du commissaire consiste donc à « faire un prendre un bain » au brave Béru, afin de le rendre présentable pour une soirée chic dans une ambassade.

Une chouette de routine-beauté

Une routine-beauté très simplifiée, dès lors que la vie de Félicie est en jeu. Après un « Nescafé carabiné », San Antonio se précipite dans sa salle de bain pour le « petit festival » quotidien… « douche-rasoir-lotion after-shave » !

Un chouette de couple de pigeons

San Antonio commence son enquête chez ses voisins, un couple de rentiers, les « Ramiers ». La « vioque » est une « rabougrie teinte en blonde, aussi déjetée qu’un lendemain de réveillon ».

Afin de mettre sa charmante voisine en condition, San Antonio l’aborde avec son « sourire Gibbs numéro 408 ter, celui reconnu d’utilité publique par le ministère des Loisirs. »

Et les renseignements donnés ne sont guère rassurants : Félicie a quitté sa maison, escortée de deux hommes en imperméable clair !

Une chouette de baleine

Evidemment, San Antonio va demander de l’aide à son collègue Bérurier. Il se rend donc chez son ami et subordonné et y est accueilli par sa moitié (Berthe, une belle femme d’au moins 120 kg, surnommée la Baleine). C’est lendemain de fête (les 25 ans de mariage du couple de tourtereaux) et le mari et l’amant (Berthe ne se cache pas de ses relations avec un coiffeur qui « sent la gomina argentine ») sont encore bien éméchés.

Une chouette de standardiste

Dans cet opus, San Antonio passe chez un producteur de films, dont la secrétaire est « aussi blonde que la teinture Oréal permet de l’être à une brune de naissance. » Pas le temps, pour autant, de s’occuper de la demoiselle… la vie de Félicie est en jeu, que diable !

Une drôle d’expression

« ça prend comme eczéma sur une peau de mendiant » !

Un drôle de ton tranchant

Dans cet opus, San Antonio est à cran, car des bandits s’en sont pris à ce qu’il a de plus cher au monde. Aussi, son ton est-il assez coupant : « Merci, tranché-je, car j’ai toujours su me servir d’un rasoir. »

Et toujours du parfum

San Antonio met les autres au parfum… « Je le mets au parfum de ma décision » ; « Je le mets rapidos au parfum des ultimes évènements. » « Maintenant, ils sont au parfum. » ; il est mis au parfum (« Maintenant que je suis au parfum de l’histoire. »).

Et le lecteur est, encore un fois, un peu malmené : « Vous ne voudriez pas que je vous mette au parfum de mes moindres gestes et décisions, tout de même ! »

Et Nathalia, la douce Nathalia, la jolie Nathalia… la petite secrétaire de l’ambassadeur se parfume à la violette, « comme Marie-Antoinette » ; « Seulement elle, elle ne perd pas la tête ! »

Et toujours du maquillage

Au sens figuré, avec toujours la même expression : « Qu’est-ce qu’on maquille ! »

Et au sens propre, avec une héroïne, Nathalia, qui utilise un « rouge à lèvres mauve », qui lui procure donc un sourire… mauve !

Et un lecteur bringuebalé

Diminué, rabaissé, insulté, maltraité, offensé, outragé… Traité « d’amas de larves », bref un lecteur dont les « méninges de fourmis » peinent à suivre le brillant Frédéric Dard dans des intrigues cousues mains ! Et il en redemande le lecteur, malgré ces insultes à répétition ! C’est dire son niveau intellectuel !

Et tout un plat au sujet des parfums

On le sait… Frédéric Dard nous le dit souvent son héros est un type doué de sens surévolués. San Antonio est un « superolfactif », pour qui l’odorat constitue un sens majeur. Evidemment, le commissaire a du flair. Et comme tout bon chien de chasse, il part sur la piste des ennemis de la nation truffe au vent, pif au sol. Chaque molécule odorante est captée par son sens surdéveloppé… Une odeur de cochon grillé, un parfum capiteux et voilà notre fin limier qui part au quart de tour. Qui part au quart de tour et qui nous offre une tirade mémorable sur les odeurs, les senteurs, les fragrances, les parfums… « L’existence, ça ne se regarde pas, ça ne se bouffe pas : ça se renifle ! C’est pourquoi je suis contre les parfumeurs. Ils sabotent l’existence ; ils la brouillent ; ils la souillent avec leurs « Tierce à Cœur », leurs « A toute volée », leurs « Si j’osais » et autres poèmes odoriférants. J’ai horreur des parfums, je n’aime que les odeurs. Un parfum, c’est bête, ça pue, ça n’a pas d’âme : la preuve, tout le monde peut s’inonder du même. Les gonzesses, si elles le voulaient, pourraient s’embrigader dans les mêmes effluves. Elles pourraient puer pareil. C’est vertigineux quand y songe. Sentir en chœur la même chose ! Quoi de plus désespérant, alors qu’il est si extraordinaire d’avoir chacun son odeur même désagréable ! »

Fortiche, le Frédéric Dard, lorsqu’il se met à critiquer les parfums qui, pourtant, le ravissent habituellement.

J’suis comme ça, en bref

C’est la secrétaire de l’ambassade de Pleurésie, une certaine Nathalia, qui tire les ficelles… Qui tire les ficelles et qui plante un poignard dans le cœur de l’ambassadeur de Pleurésie en France. Une histoire bien compliquée, qui se termine comme elle peut… Félicie est libérée, comme par enchantement ; les documents sont retrouvés… Félicie les avait retirés du cache-pot, pour les cacher dans un endroit plus sûr… un pot de farine ! Tout est bien qui finit bien dans une bonne odeur d’amour maternel retrouvée ! Cette odeur-là n’a pas de prix pour un San Antonio, qui distille du coaltar lorsque sa chère daronne ne le bichonne plus !

Kikadupif ? Celui qui répond à Raymond Queneau que les « Doukipudonktan »2 font ses délices !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., J’suis comme ça in San-Antonio Tome 4, Bouquins La collection, 1233 pages, 2022

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-kosmetikpourkipupu-ou-l-hymne-aux-cosmetiques-de-raymond-queneau-816/