Hygiène d’un assassin méticuleusement propre !

Il a tout de l’employé modèle ce brave Emile Virieu, qui passe sa vie dans une cage de verre à corriger des épreuves d’imprimerie.1 Dans une cage où il se sent à l’abri du regard, de l’hostilité de tous ceux qui l’entourent.

Le beau-frère d’Emile, Fernand Lamark, va déclencher, sans s’en douter, une tempête dans la vie du pauvre homme. Sa jeune maîtresse le quitte ; en réaction, il se suicide devant chez elle. Un acte qui va bouleverser Emile et le faire sortir de la douce torpeur dans laquelle il stagne depuis des années.

Sa décision est prise… Lui aussi, il va passer à l’acte !

Un homme libre

S’il aime par-dessus tout le confort de sa cage de verre au travail, Emile, en revanche, ne prend que des douches (5 en tout, dont une « douche froide »), tant il ressent l’espace semi clos de la baignoire comme un lieu susceptible d’entraver sa liberté. « Il prenait une douche, car il avait horreur de s’étendre dans l’eau chaude de la baignoire, où il se sentait comme prisonnier. »

Emile est un homme méticuleux qui réalise tous les actes de la vie quotidienne de manière mesurée, selon un « rythme » immuable. « Il prit sa douche, se rasa, s’habilla comme il avait coutume de le faire, c’est-à-dire avec des mouvements précis qui se succédaient dans un même ordre, à une même cadence. »

Le rasage n’est, cependant, pas un acte facile à réaliser pour lui, puisqu’il oblige Emile à se regarder dans le miroir. Et cela Emile ne le supporte pas… « Il se rasa, obligé une fois de plus de se voir et de ne pas aimer ce qu’il voyait. »

Un homme laid

Lorsqu’Emile s’observe dans la glace, il n’y voit que des traits mous, des yeux globuleux… Afin d’échapper aux regards des autres, Emile s’habille donc en sombre ; il rase les murs !

Un homme propre

Avant de passer à table, Emile n’oublie jamais de « se laver les mains. »

Un homme mal rasé

Fernand, le beau-frère d’Emile, est un viveur invétéré. Il n’en est pas à sa première aventure. Sa femme est habituée à le voir découcher. Il ne rentre alors chez lui que « le matin pour se raser » !

Une femme laide, la femme d’Emile

Jeanne, la femme d’Emile, n’a pas été gâtée par la nature. Elle est très laide, mais également très serviable et aux petits soins pour son époux, qu’elle gâte comme un enfant. Une femme de devoir, à l’allure stricte, qui ne se présente jamais à Emile « en négligé » ou « avec des bigoudis ». A peine hors du lit, Jeanne saute dans la salle de bains. Une femme, qui, le dimanche, met, tout de même, « sur le col de sa robe, un soupçon de parfum. »

Une autre femme laide, la femme du patron d’Emile

La femme de l’imprimeur Jodet est « une femme opulente, blanche et rose comme un bonbon, des reflets un peu mauves sur les joues et toujours d’énormes colliers autour des joues. » Difficile de la trouver jolie en fonction de cette description.

Une femme ridée

Géraldine, la sœur d’Emile, a été jolie en son temps. « C’était un peu comme une poupée… » au moment de son mariage. Vingt ans après, c’est désormais une « poupée » avec « des rides ». De « fines rides au coin des lèvres et deux creux aux ailes du nez ». Bref, une femme qui ne fait plus rêver son époux. Bref, une femme qui ne peut pas entrer en compétition avec la jeune maitresse de son époux Fernand.

Une femme maquillée

Fernand Lamark, le beau-frère d’Emile, est tombé fou amoureux de Lise Bourdet, une petite secrétaire, au « parfum sourd ». Comme il la voit tous les jours sur leur lieu de travail commun, cela entretient sa passion. Chaque matin, Fernand scrute le visage de Lise. Dès qu’elle semble fatiguée, Fernand s’inquiète. Lise le rassure : « Je suis comme les autres jours, Fernand. Peut-être suis-je moins bien maquillée… »

Lorsque la passion de Lise s’étiole, Fernand se suicide devant sa porte. Lise découvre son corps au petit jour. Elle a encore son masque de nuit sur l’épiderme ! « Son visage aux traits réguliers était couvert de crème. » Emile, appelé sur les lieux, nous apparait comme véritablement hypnotisé par le visage très sensuel de la jeune femme. « Emile n’avait jamais vu autant de féminité que dans ce décor qui l’entourait, qu’en cette femme dont l’attrait résistait à la crème dont son visage était enduit. »

Une femme très séduisante

Lina, la voisine de palier d’Emile est une jeune femme très séduisante, à la « peau très blanche, délicate comme une peau de bébé. » Une rousse aux yeux bleus et aux mains « couvertes de taches de son. » Une jeune femme fraîche et naïve, qui semble vouloir jouer avec Emile, le séduire, puis le pousser à la faute.

Et une santé chancelante

Depuis tout petit, Emile souffre de maux de tête intenses. Il les soigne à « l’aspirine », sans pour autant en obtenir grand effet. Parfois aussi « un sédatif » sous la forme de « comprimés roses », afin de tenter d’agir sur ces douleurs lancinantes.

Un fois l’âge adulte atteint, Emile consulte à nouveau pour les mêmes raisons. On lui prescrit une « poudre » à « prendre 3 fois par jour dans un peu d’eau tiède ». Un « médicament banal », qu’il a déjà utilisé enfant pour traiter une « dysenterie ». Sans doute pas encore le principe actif miracle.

En dehors de cela, Emile a souffert de « furonculose »…

Globalement, on voit bien que tous les médecins consultés n’arrivent pas à émettre un diagnostic clair le concernant. Ses maux de tête, ses bouffées de chaleur, ses insomnies, ses cauchemars qui le terrifient… Tout cela n’est rattaché à aucune pathologie. Peut-être faudrait-il qu’il consulte un psychiatre ?

Et un boucher bronzé

Les premières vacances d’Emile se sont révélées désastreuses. Il en revient beaucoup plus tôt que prévu. Pâle comme de coutume. Rien à voir avec le boucher de son quartier revenu de vacances « tout bronzé » !

Et des vacances ratées

Jeanne et Emile sont plus doués pour le travail que pour les vacances. Aux Sables-d’Olonne, les époux découvrent, avec honte, la lividité de leur teint ! Humiliation sur la plage ! Echec total !

Et une passante parfumée

Un dimanche, dans la rue, Emile croise une famille endimanchée. La femme répand « au passage un parfum de fleur ».

La cage de verre, en bref

La sensuelle et perfide petite Lina, qui compte bien s’amuser aux dépens de ce voisin timide, qui sort tous les jours à la même heure qu’elle, a fait sortir la bête immonde de sa cage. Le tueur, qui sommeillait dans l’employé modèle, s’est échappé d’un seul coup… Il y a eu le suicide de Fernand. Puis cette jeune femme qui se paie sa tête. Quelqu’un doit logiquement (selon la logique d’Emile) passer à la caisse ! Ce sera chose faite !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Simenon G., La cage de verre, Le Monde, 2026, 206 pages