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Huile de coco, issue de l’arbre de vie what else ?

> 13 août 2021

Huile de coco, issue de l’arbre de vie what else ?

Kalpavriksha (« l’arbre qui donne tout »)1... Voilà qui commence bien ! Cet arbre, qui « donne tout » et répond au nom botanique de Cocos nucifera, est effectivement d’une grande générosité, fournissant aux populations qui le cultivent l’aliment, le cosmétique et le médicament. Chez Pierre Loti, la reine Pomaré ne va jamais aux cabinets, au fond du jardin, sans trois suivantes, chargées respectivement de l’aider à s’accroupir (et vraisemblablement à se relever), de l’aider à s’essuyer (en portant des feuilles de bourao bien tendres, bien douces en guise de papier-toilette) et de réaliser une onction adoucissante à l’huile de coco parfumée au santal.2 Chez Dior, le monoï se glisse dans la gamme « bronz », en association avec des filtres UV.3 Au même moment, la Cigale nantaise s’amuse à ajouter de la potasse à l’huile de coco, pour en faire un produit douche éco-responsable, éco-tout ce qu’on veut !4 L’huile de coco, par ci, l’huile de coco par là. Dans un produit de luxe par ci, dans un produit bon marché par là... et on ne vous parle pas de tous les ingrédients dérivés. Il donne tout... Mais il donne quoi précisément dans le domaine cosmétique ?

Le cocotier, un arbre fruitier d’importance, aliment, médicament, cosmétique

Avec un nom comme le sien, « arbre de vie », le cocotier est plutôt bien parti dans l’existence. Source de nourriture pour des millions de personnes, le cocotier est produit majoritairement aux Philippines, en Indonésie et en Inde. En médecine populaire indienne, la noix de coco occupe une place importante, car elle est considérée comme antiblennorragique, antibronchitique, fébrifuge et antigingivitique. Outre ses propriétés thérapeutiques, la noix de coco revêt un caractère religieux ; il est recommandé d’offrir une noix de coco en offrande aux dieux, lorsque l’on décide de se lancer dans un nouveau projet. Ce « fruit de l’aspiration » permettrait, semble-t-il, d’arriver à ses fins, en toute quiétude.

Tout fait feu en médecine ayurvédique chez le cocotier. L’huile, l’eau, les extraits de coco divers et variés sont employés pour traiter les problèmes cardiaques ou les brûlures, pour favoriser la pousse des cheveux, en s’appuyant parfois sur des textes vieux de 4000 ans !

Aux Etats-Unis, l’huile de coco a joué un rôle important en alimentation, après les corps gras animaux et avant l’avènement des huiles de soja et de maïs (c’est-à-dire avant les années 1940). Un « drugstore in a bottle » (une pharmacie en bouteille) voilà la façon dont elle peut être définie, à l’américaine !1

L’huile de coco, une huile... solide

A partir des graines (ce que l’on appelle dans le langage courant les noix) du cocotier, il est possible d’extraire une « huile blanche de saveur douce et agréable », qui se présente sous forme solide, à température ordinaire. Du fait de cette consistance, l’huile de coco qui, bien que baptisée huile, est en réalité un beurre, constitué classiquement d’une haute teneur en acides gras saturés (jusqu’à 92 % dans certains cas).5

La préparation de ce corps gras se fait en fendant la noix de coco et en séparant l’albumen (la partie blanche de la noix) de la coque. Si l’on extrait l’huile directement de l’albumen, on obtiendra l’huile de coco ; si l’on passe par une étape de déshydratation de l’albumen, on obtiendra de l’huile de coprah.6 L’inventaire européen ne fait, toutefois, pas de différence entre ces deux ingrédients, qui sont connus tous deux sous le nom de « cocos nucifera oil ».7 Précisons que le coprah, séché au soleil, constitue une source de matières premières parfumantes. L’odeur lactonique typique de la noix de coco y est retrouvé et extraite.8 L’huile de coco est caractérisée par une teneur élevée (environ 45 % - 50 %) en acide laurique (C12:0),9 au point d’être désignée parfois sous le nom d’huile laurique.10 Les autres acides gras sont les acides myristique (C 14:0) (18 %), palmitique (C 16:0) (9 %), caprylique (C 8:0) (6 %), oléique (C 18:1) (5 %), caprique (C 10:0) (5 %), stéarique (C 18:0) (3 %) et linoléique (C 18:2) (moins de 1 %), les teneurs mentionnées correspondent au cas d’une huile vierge.11

L’huile de coco, ingrédient roi pour belles Marquises

Du point de vue d’un usage traditionnel, la noix de coco est reliée pour les habitants des îles Marquises à la notion de cicatrisation, d’hydratation, de parfum, d’hygiène intime, de médicament. Le monoï tahitien trouve sa correspondance aux îles Marquises, c’est le « pani ». Des végétaux sont mis à macérer dans une huile de coprah pendant des temps variables (plusieurs jours à plusieurs semaines). Selon le cas, on choisit la plante pour son parfum (le gardénia de Tahiti (Gardenia taitensis), le jasmin espagnol (Jasminum grandiflorum), le basilic doux (Ocimum basilicum)) ou bien pour ses propriétés thérapeutiques (le tamanu (Calophyllum inophyllum) ou le bois de santal (Santalum insulare)). Selon le cas, le monoï est réalisé à partir d’une seule plante (pani pitate, pani tia’e, pani temanu…) ou en associant plusieurs plantes (pani kumuhei). Pour le soin du corps ou pour les cheveux, il est utilisé quotidiennement. Pour les nourrissons encore au berceau, c’est le « paku » qui est conseillé, dans le but, à la fois, d’éloigner les mauvais esprits et de parfumer les nouveau-nés. Il est fabriqué, extemporanément, en écrasant des plantes fraîches et en les mélangeant à du lait de coco ou à de la noix de coco râpée. Utilisé occasionnellement chez le bébé et l’adulte le but est clairement de traiter les problèmes d’odeur corporelle.12

L’huile de coco, une huile ubiquitaire

L’huile de coco est retrouvée dans un grand nombre de cosmétiques, à des concentrations sous forme de traces (0,0001 %) ou à des concentrations très très éloignées de la trace (70 %).13 Exerçant un effet hydratant comparable à celui obtenu avec une huile minérale, l’huile de coco trouve naturellement sa place dans les crèmes et laits hydratants,14 ainsi que dans les sticks labiaux.15 Chez le patient souffrant d’atopie, l’huile de coco vierge semble être un ingrédient intéressant, combinant un effet antimicrobien à un effet hydratant.16 Cet effet antibactérien est à mettre en lien avec la richesse en acide laurique et avec la présence de flavonoïdes.17 Dans les produits après-solaire, l’huile de coco s’inscrit logiquement dans la liste des ingrédients du fait d’un effet apaisant démontré (on parle ici d’huile de coco vierge).18

L’huile de coco, en bref

« T’as le look coco » chantait Laroche Valmont dans les années 1980, célébrant au passage les vraies demoiselles en Coco Chanel...19 « T’as le look coco » peut-on continuer à chanter en 2021, tant le nombre de cosmétiques qui incorporent de l’huile de coco dans leurs formules est important. Il y a le look bien hydraté, le look bien protégé, le look bien parfumé, le look bien apaisé, le look bien conditionné (on entend par là le cheveu bien lissé, bien lustré !). Il y a aussi tous les dérivés « coco- quelque chose » qui vont du coco-glucoside (un tensioactif doux, doux, doux),20 à l’isethionate de sodium, la star incontestée des shampooings solides qui veulent sauver la planète. L’huile de coco n’a pas besoin de George Clooney (avec ou sans sa tasse de Nespresso) pour faire son cinéma... « What else ? » c’est la question qui vient à l’esprit lorsque l’on voit cet ingrédient conseillé pour un nettoyage de dents nouvelle génération,21 pour un effet démaquillant, anti-vergetures, anti-zones sèches, après-rasage, après-épilation...22 Et puis quoi encore ? Et pourquoi pas « antibiotique, immunostimulant » et panacée tant qu’on y est ? Ben justement, certains le disent,23 mais franchement on n’est pas forcé de les croire !

Bibliographie

1 DebMandal M, Mandal S., Coconut (Cocos nucifera L.: Arecaceae): in health promotion and disease prevention., Asian Pac J Trop Med. 2011, 4, 3, 241-7

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-la-reine-pomare-se-dirige-vers-le-fond-du-jardin-1017/

3 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/dior-bronze-ou-protege-il-faut-choisir-271/

4 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/douche-douceur-la-cigale-des-produits-douche-qui-fleurent-bon-l-ancien-regime-692/

5 Eyres L, Eyres MF, Chisholm A, Brown RC., Coconut oil consumption and cardiovascular risk factors in humans., Nutr Rev., 2016, 74, 4, 267-80

6 Dorvault F. L’Officine, Vigot, 23e édition, Paris, 1995, 2089 pages

7 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=75444

8 Bhattacharjee P, Mitra S, Poddar-Sarkar M., Physicochemical and Phytochemical Analyses of Copra and Oil of Cocos nucifera L. (West Coast Tall Variety)., Int J Food Sci.,2014, 310852

9 Laureles LR, Rodriguez FM, Reaño CE, Santos GA, Laurena AC, Mendoza EM., Variability in fatty acid and triacylglycerol composition of the oil of coconut (Cocos nucifera L.) hybrids and their parentals., J Agric Food Chem., 2002, 13, 50, 6, 1581-6

10 Kumar SN., Variability in coconut (Cocos nucifera L.) germplasm and hybrids for fatty acid profile of oil., J Agric Food Chem., 2011, 28, 59, 24, 13050-8

11 Intahphuak S, Khonsung P, Panthong A., Anti-inflammatory, analgesic, and antipyretic activities of virgin coconut oil., Pharm Biol., 2010, 48, 2, 151-7

12 Jost X, Ansel JL, Lecellier G, Raharivelomanana P, Butaud JF., Ethnobotanical survey of cosmetic plants used in Marquesas Islands (French Polynesia)., J Ethnobiol Ethnomed., 2016, 29, 12, 1, 55

13 Burnett CL, Bergfeld WF, Belsito DV, Klaassen CD, Marks JG Jr, Shank RC, Slaga TJ, Snyder PW, Andersen FA., Final report on the safety assessment of Cocos nucifera (coconut) oil and related ingredients., Int J Toxicol., 2011, 30, 3 Suppl, 5S-16S

14 Agero AL, Verallo-Rowell VM., A randomized double-blind controlled trial comparing extra virgin coconut oil with mineral oil as a moisturizer for mild to moderate xerosis., Dermatitis., 2004, 15, 3, 109-16

15 Bielfeldt S, Blaak J, Laing S, Schleißinger M, Theiss C, Wilhelm KP, Staib P., Deposition of plant lipids after single application of a lip care product determined by confocal raman spectroscopy, corneometry and transepidermal water-loss., Int J Cosmet Sci., 2019, 41, 3, 281-291

16 Verallo-Rowell VM, Dillague KM, Syah-Tjundawan BS., Novel antibacterial and emollient effects of coconut and virgin olive oils in adult atopic dermatitis., Dermatitis., 2008, 19, 6, 308-15

17 Febri Odel Nitbani, Jumina, Eti Nurwening Solikhah, Isolation and Antibacterial Activity Test of Lauric Acid from Crude Coconut Oil (Cocos nucifera L.), Procedia Chemistry, 18, 2016, 132 – 140

18 Kim S, Jang JE, Kim J, Lee YI, Lee DW, Song SY, Lee JH., Enhanced barrier functions and anti-inflammatory effect of cultured coconut extract on human skin., Food Chem Toxicol., 2017, 106, Pt A, 367-375

19 https://www.youtube.com/watch?v=stb2LBFwa0I

20 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=75276

21 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/bonne-resolution-pour-2018-le-oil-pulling-on-oublie-467/

22 https://madame.lefigaro.fr/beaute/lhuile-de-coco-fait-fondre-hollywood-140514-854494

23 https://www.macroeditions.com/blog/alimentation-et-regimes/bienfaits-vertus-huile-noix-de-coco-bruce-fife

 

 

 

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