Histoire d’une suicidée qui se lave les dents avant de passer à l’acte !

Odile n’en peut plus de sa famille.1 Odile veut quitter sa famille. Odile veut quitter la vie. Elle fait donc sa valise pour se rendre à Paris. Là, elle passera à l’acte, loin des siens. Pas sans avoir, auparavant, laissé une lettre à son frère, le seul être qu’elle chérit. Un frère qui, tel un bon chien de chasse, se met sur sa piste, la retrouve, et constate avec bonheur qu’un jeune étudiant en médecine vient de la remettre sur les rails de la vie en beauté !

Une armoire à pharmacie qui renseigne !

Odile est partie en emportant un « flacon de somnifère » ! Et puis aussi le révolver de son père ! Pourtant, c’est avec une lame de rasoir qu’elle va tenter d’en finir !

Bob, le frère d’Odile

Il ne descend au petit-déjeuner que « rasé », sa « douche » prise. Dès qu’il découvre la disparition de sa sœur, il prend le premier train pour Paris et se met à sa recherche, allant de bars en boîtes de nuit, des lieux qu’elle affectionne.

Dans sa chambre d’hôtel, Bob prend de douches. « […] il aime prendre une douche en fin de journée. » Tous les soirs, il rentre donc « vers l’heure du dîner pour prendre une douche ». Et il court partout, afin de tenter de retrouver sa sœur… à temps !

Marthe, la mère d’Odile

Mondaine, elle fume cigarette sur cigarette et passe ses journées, à une table de bridge, avec ses amies.

Albert, le père d’Odile

Cet écrivain passe ses journées, enfermé dans un bureau, une bouteille de vin à portée de main.

Jeanne, une amie d’Odile

Celle-ci est une jeune fille rangée, qui a « envie d’entrer à l’Ecole de pharmacie », car elle considère que c’est « un beau métier » et elle ne « désespère pas d’être un jour installée » à son compte.

Un petit avenir bourgeois qui irrite Odile, qui ne manque pas d’ironiser : « Je te souhaite bien du bonheur. Et même de rencontrer un beau pharmacien ! Vous pourrez ainsi faire des petits pharmaciens… »

Et, évidemment, Odile

Odile change d’hôtels pour brouiller les pistes. Elle déprime dans des chambres lugubres, au point de ne même plus avoir envie de prendre « un bain ou une douche ». Elle hésite sur le moyen à employer pour mettre fin à ses jours. Elle atterrit finalement dans un hôtel d’allure familiale, qui sent bon le propre. Elle s’y installe et dispose « les flacons du nécessaire de toilette » « sur la tablette de la salle de bains », comme si elle prenait possession des lieux pour très longtemps.

Odile s’observe dans la glace. Elle n’aime pas son corps, se trouve trop maigre et est habituée à consulter scrupuleusement le chiffre inscrit sur la balance. « A la villa, elle se pesait deux ou trois fois par semaine, découragée quand elle n’avait pas pris quelques dizaines de grammes. »

Et enfin, Odile passe à l’acte, mais non sans avoir pris soin de se laver les dents ! Odile veut être belle et propre avant de mourir ; elle a, en effet, voulu aller chez le coiffeur en dernière minute, mais a reculé devant un temps d’attente trop long. « Après, j’ai failli me faire laver les cheveux et demander une mise en plis, mais il fallait attendre trop longtemps… »

« Machinalement, elle se lava les dents. Puis, lentement, elle se déshabilla et fit couler l’eau dans la baignoire. » Puis elle entre dans la baignoire pleine d’eau et se tailla les veines avec une lame de rasoir… Lorsqu’elle ouvre les yeux… elle se retrouve nez à nez avec un étudiant en médecine, qui est en train de la sauver, en réalisant un garrot ! Son voisin de chambre alerté par le cri détresse qu’elle a poussé avant de s’évanouir !

Ramenée à la vie, Odile la trouve alors délicieuse ! Elle retrouve également le goût de la coquetterie… « Elle se maquilla avec plus de soin que d’habitude, se brossa les cheveux, se regardant avec satisfaction dans le miroir. » Tout à coup, Odile se trouve jolie ! Et Odile retrouve tous les gestes cosmétiques oubliés durant sa période de déprime. Elle se démaquille et n’oublie pas de poser sur sa peau sa crème de nuit. « Elle mit son pyjama puis se démaquilla avec soin, se massa légèrement le visage avec une crème pour la nuit. »

Cinq points de suture, un bon gros pansement… voilà les seuls signes qui rappellent ce qui s’est passé il y a quelques heures. « Elle prit son bain tant bien que mal en essayant de ne pas mouiller son pansement. »

Et une histoire de peau élastique

Odile joue des personnages. Odile n’est pas à l’aise dans sa peau trop étroite… son ex petit-ami l’imagine très bien au cinéma, tant elle est capable d’adopter une « nouvelle peau » plus à sa convenance. Jusqu’à ce que cette dernière ne lui convienne plus !

Et une histoire d’ongles sales

Dans la boîte de nuit, L’as de cœur, la serveuse a des « ongles vernis, mais sales » !

Et une histoire de métiers qui plaisent ou non

Une fois ramenée dans le monde des vivants, Bob interroge sa sœur sur son avenir. Quitter sa famille… ça c’est sûr. Gagner sa vie… ça c’est sûr ! Pas en tant que « shampouineuse dans un salon de coiffure »… ça c’est impossible. Mais pourquoi pas en tant que réceptionniste ou téléphoniste ?

Et des immeubles biens tenus

Les concierges y « savonnent » le couloir d’entrée avec application.

La disparition d’Odile, en bref

L’air de la capitale a été salutaire à Odile, qui retrouve goût à la vie sous les soins empressés de son voisin de palier. Odile est amoureuse ! Elle qui se moquait des ambitions pharmaceutiques de Jeanne risque fort de donner naissance avant peu à une ribambelle de… petits médecins ! Comme quoi ne jamais dire fontaine…

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Simenon G., La disparition d’Odile, Le monde 2026, 206 pages