Histoire d’un maquillage d’enterrement, c’est Simenon qui joue les croque-morts !

Le roman Les Autres de Georges Simenon est un roman qui plonge le lecteur dans un univers familial complexe.1 L’oncle Antoine meurt la veille de la Toussaint et cela déclenche une suite de réactions en chaîne. Blaise Huet, son neveu, décide de rédiger l’histoire familiale, sans grand talent (son manuscrit lui a été « dédaigneusement » renvoyé par la maison d’édition contactée). Ce professeur de dessin aux Beaux-Arts doit sa réussite sociale à l’oncle Antoine, qui a fait le forcing pour lui obtenir le poste de ses rêves. A partir de là… tout est dit. L’oncle Antoine est celui qui a permis à tous les membres de sa famille d’accéder à leurs rêves. Une fois parti… tous se retrouvent orphelins.

Il est question ici de femmes volages, de maris trompés, de maquillage pour tuer le temps, pour se faire (ou refaire) belle, de maquillage discret spécial enterrement…

Une mort peu naturelle

Antoine a forcé sur les médocs… c’est le médecin (Jean Floriau) qui en fait le constat ! Le vieil homme a avalé un tube de somnifère.

Un tonton trompé

Colette, la jeune épouse de l’oncle Antoine a des amants. Et, entre autres, le médecin Jean Floriau, le mari de Monique… la nièce de l’oncle Antoine. Bon… au moins, cela reste en partie en famille.

Colette est une femme de 40 ans, cultivée, considérée par l’auteur de l’ouvrage comme « la femme la plus désirable, la plus excitante de la ville. » Une belle femme brune, instable, qui multiplie les tentatives de suicide.

Un maître d’hôtel rasé de près

Antoine vit dans une somptueuse demeure. Une réussite sociale exemplaire. Des maisons, des bibelots, des tableaux, des domestiques… et, entre autres, un maître d’hôtel stylé, François, qui est « rasé de frais » et impeccablement vêtu, même le lendemain de la mort de son maître.

Un héros trompé aussi

Blaise reçoit à sa table Nicolas Macherin, l’amant de sa femme. Celui-ci se charge de distraire sa maîtresse (Irène) pendant que Blaise bouquine au salon. Blaise et Irène sont de bons amis, on le comprend très vite.

La femme du héros, maquillée et parfumée

Irène est une femme qui aime se faire belle et qui n’hésite pas à se remaquiller en cours de journée. Ainsi, avant de sortir avec Nicolas, elle se « refait une beauté ». Et elle se parfume aussi, tant et si bien que Blaise détecte « un peu du parfum de » sa femme, lorsqu’il rentre à la maison, même lorsque celle-ci est sortie.

Il est d’ailleurs amusant de regarder Irène se maquiller. Elle prend, dans ces circonstances », un « regard pointu », qui montre l’importance accordée à la chose. « Elle avait son regard pointu qui lui vient chaque fois qu’elle s’occupe de son corps, que ce soit pour se polir les ongles, se maquiller ou se brosser les cheveux. » Cette « tâche » est véritablement « essentielle » pour elle. Et elle pourrait y consacrer des heures entières, sans jamais s’ennuyer un seul instant. Un maquillage indispensable en quelque sorte, un habit, un masque… qu’il lui faut revêtir pour se sentir pleinement elle. Alors, forcément, en préparation de l’enterrement, Irène interroge : « Je suppose que je me maquille quand même un peu ? » Et Blaise de répondre : « Discrètement » !

Irène est une femme simple, qui ne cherche pas midi à quatorze heures et privilégie un bonheur immédiat. Rien ne lui plaît plus que de « traîner en négligé dans l’appartement, les pieds nus dans ses mules, les cheveux sur le visage, sans rien faire de précis », si ce n’est quelques coups de lime sur les ongles. Une femme « restée peuple », malgré l’ascension sociale due à son époux.

Le héros baigné

Blaise prend des bains (« Je venais de prendre mon bain et de me raser quand j’ai été surpris d’entendre sonner à la porte d’entrée. »).

La mère du héros, une mère parfumée

La mère de Blaise traîne après elle une odeur « d’encens ».

Les Autres, en bref

Quelle famille que celle des Huet ! Une pièce rapportée (Edouard), collabo notoire (il a dénoncé son cousin Lucien à la Gestapo) revient, comme par hasard au moment du décès de l’oncle Antoine, avec l’idée de se refaire une virginité, auprès des habitants de sa commune. Pendant ce temps, Blaise tente de coucher sur le papier l’histoire d’une famille où les hommes se transmettent de génération en génération une faiblesse cardiaque biologique et émotionnelle. Les femmes, quant à elles, se parfument, selon les générations, à l’encens (car elles passent du temps dans les églises) ou à des parfums industriels, qui laissent un sillage sur leur passage. Certaines ont un fort goût pour le maquillage et ont, toutes sortes de produits dans leur salle de bain, afin de s’adapter aux circonstances et de mettre en place, au besoin, un maquillage d’enterrement… de première classe !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Simenon G., Les Autres, Le Monde, 2025, 206 pages