Histoire d’un homme verni qui aime les femmes sans vernis… à ongles !

Les diamants sont éternels de Ian Fleming met en scène un héros aussi brillant et éternel que les diamants qu’il convoie.1 Sa mission pour cette fois-ci : démanteler un réseau de trafiquants de diamants !

A la tête de l’organisation, un certain Rufus B. Saye ou ABC, dont le vrai nom est Jack Spang.

James Bond va infiltrer la bande, en devenant passeur de diamants. En récompense, on lui donnera un tuyau dans une course hippique (« Sourire Timide » doit gagner !). Un tuyau percé, puisqu’un de ses collègues est sur le coup et paye le jockey, afin qu’il se fasse disqualifier.

Comme on peut s’en douter, James Bond triomphera de l’adversité et trouvera même l’amour avec une jolie jeune fille !

Le réseau

Tout débute dans une colonie anglaise d’Afrique, la Sierra Leone. Les ouvriers, chargés de l’extraction du diamant, en cachent chaque jour dans leur bouche ; le dentiste, qui prend soin de leur dentition, n’a plus alors qu’à recevoir les précieuses pierres sur un plateau : la langue de ses patients.

De cette façon, même passés aux « rayons X », même traités à « l’huile de ricin », ces voleurs arrivent à faire passer la marchandise en douceur !

Les diamants sont ensuite acheminés, via des passeurs, vers la Maison du diamant, située à Londres ou vers l’Amérique, selon les commandes.

Le premier ange gardien du colonel Bond

C’est une femme qui se nomme Tiffany Case. Une blonde aux yeux bleus (ou gris, c’est selon !) qui mesure 1m67 et est âgée de 27 ans. Tiffany va accompagner James durant le voyage, qui le mène à New York, avec, cachés dans des balles de golf, de fabuleux diamants.

Rapidement, Tiffany semble apprécier James Bond, puisqu’à peine présentés l’un à l’autre, on la découvre en train de chantonner « en se repoudrant » !

Et la réciproque est vraie, puisque James Bond apprécie également Tiffany. Il remarque, en particulier, la qualité de sa « peau bronzée », son « hâle doré » et complimente la jeune femme sur son faible appétit cosmétique. « Je suis ravi que vous ne portiez pas trop de bijoux et que vous ne vous laquiez pas les ongles. » Il nous le dit et le répète… ce qu’il aime chez Tiffany c’est le fait que « sur sa petite main brunie les ongles courts » ne sont « pas laqués » !

Ian Fleming, nous précise, au passage, que la mère de Tiffany a baptisé sa fille ainsi, car, lorsqu’elle a donné naissance à la petite fille, le père, vexé de ne pas avoir un garçon, s’est fait la malle ne laissant à son épouse qu’un « billet de 1000 dollars et un poudrier de chez Tiffany » !

Il nous indique aussi que la belle Tiffany utilise, tout de même, des cosmétiques, puisqu’après un voyage mouvementé en bateau, elle prévient James Bond : « Il faut que j’aille me refaire une beauté ; d’ailleurs je suis bien décidée à passer tout le temps qu’il faudra à embellir mon étalage… »

Le second ange gardien du colonel Bond

C’est un collègue du nom de Félix Leiter, qui se trouve, toujours au bon endroit, au bon moment et vient en aide à notre héros.

Et une drôle d’expression

Félix Leiter considère que le métier d’espion « schlingue » « la créosote et la couronne mortuaire ».

Et un maquillage habile

Afin de se faire passer pour un courtier en diamants, James Bond passe entre les mains d’un professionnel du maquillage, qui a pour mission de camoufler la cicatrice qui lui barre la joue. Le professionnel ne peut assurer une durée de la couvrance supérieure « à 6 heures », eu égard à la chaleur qui règne dans les lieux. Pendant « 10 minutes », les « doigts agiles » du personnage s’agitent sur la peau et les cheveux de James. Finalement, Bond ne reconnaît plus James dans cet homme mûr, aux « tempes grisonnantes » et au teint sans défaut.

Et un rasage de près

Sensible au moindre détail, James Bond admire la peau rasée de l’un de ses chauffeurs de taxi. « Les joues nettes. Doit se raser deux fois par jour avec un rasoir électrique ».

Et une toilette rapide avant d’atterrir

Avant de se poser, James Bond fait une rapide toilette. « Il alla se raser au lavabo, chassa d’un gargarisme les miasmes de l’air pressurisé et retourna s’asseoir […] ».

Et des douches

Comme de coutume, James passe de longs moments sous la douche (citation à 6 reprises). Il lui arrive, dans cet opus, de réaliser quatre douches dans la même journée ! Et il n’hésite pas au cours de ces douches, à se frotter « vigoureusement » !

Et un bain de boue brûlant

Félix Leiter a chargé James Bond d’aller remettre sa récompense au jockey de « Sourire Timide », pour avoir fait disqualifier son cheval. Rendez-vous aux « bains de vapeur sulfureux Acme » de Saratoga !

L’établissement thermal en question pue le soufre à plein le nez et vend aussi bien des produits destinés à traiter toutes sortes de maladies que des cosmétiques, en particulier un « désodorisant bon marché », dont le slogan est :« Que seul votre charme transpire… ».

James Bond opte pour un bain de boue pour un tarif de 1 dollar 50. Ce bain a lieu dans une sorte de grand « cercueil » en bois, recouvert d’un drap « rude, assez malpropre ». La boue, transportée dans des seaux, est placée dans le fond du cercueil et étalée à la main. Le client est, ensuite, invité à s’installer dans le grand baquet de boue, qui peut être, selon les clients, à une température allant de 43°C (pour les débutants) à 55°C (pour les plus aguerris). Puis, le masseur entre en action et répartit la boue sur son client. « La boue ressemblait à de la crème au chocolat, lisse, lourde et gluante, et sentait la tourbe chaude. » James Bond se retrouve, rapidement, enfoui sous une montagne de boue, un couvercle posé sur les ¾ du corps. Aucun mouvement ne lui est plus possible ! Il se met alors à transpirer abondamment ! Et ce d’autant plus, que Tingaling Bell, le jockey, qui se trouve dans le baquet voisin (il a besoin de perdre « 200 g » car il vient de se « taper des frites » !) se voit déverser sur le corps, par deux hommes cagoulés, une boue brûlante, qui lui passe l’envie de jouer au plus fin avec les gars du milieu.

Après le départ des deux brutes, le jockey est extrait de sa cuve et refroidi « sous la douche » !

Quant à James, il a senti le vent du boulet… et il sort avec plaisir de sa cuve chaude ! Puis, il passe sous la « douche » et se « savonne des pieds à la tête pour se débarrasser des moindres traces de ces ignobles bains de boue. »

Et comme James Bond n’a pas pu toucher ses gains aux courses, il est envoyé dans un cercle de jeu à Las Vagas… là, c’est un croupier bien affriolant (il s’agit de… Tiffany) qui fait sauter la banque en sa faveur !

Et un chef de gang douillet

Spang est à la tête du trafic de diamants. Avec sa fortune, il a créé toute une cité, Spectreville ! Il y dispose d’un coiffeur et d’une manucure. Tout se passe bien avec le coiffeur, qui élimine, avec soin, les poils de nez et d’oreille de son client. En revanche, la « jolie manucure rose et blanche » se fait gifler pour avoir entamé le doigt du patron.

Et une odeur de roussi

Alors, forcément, dans cet opus, il y a de la bagarre, des morts. James Bond est tenu en joue par un individu qui sent la « lotion à barbe musquée » ! Il est laissé pour mort après une petite séance de torture et c’est Tiffany qui le sort de ce très mauvais pas et lui promet « un bain et une chemise neuve. » Et effectivement, grâce à elle, il sera « pansé, nourri, lavé, rasé » chez un médecin hollywoodien.

Une blessure au couteau fera l’objet de soins attentifs de Tiffany, qui lave « la plaie à l’eau et au savon », en tout premier lieu.

Et une histoire d’amour qui commence bien

Tiffany a sauvé James, à plusieurs reprises. En récompense, elle sera invitée (dans la chambre d’ami !) à partager le toit du célèbre espion. James a téléphoné à sa gouvernante May, afin qu’elle fasse provision de « fleurs » et de « sels de bain » !

Les diamants sont éternels, en bref

Que de rebondissements dans cet opus, qui envoie balader notre héros d’un bord sur l’autre, en draisienne, en avion, en bateau, en taxi ! Toujours très attentif aux cosmétiques, James reconnaît l’odeur d’une lotion à barbe ; il se douche avec frénésie, prend un bain de boue, avec dégoût et finit par filer le parfait amour avec une jeune fille aux ongles non vernis. Un homme verni, en somme !

Bibliographie

1 Fleming I., Les diamants sont éternels in James Bond 007 édition établie par Francis Lacassin, Bouquins La collection, 2024, 889 pages