Histoire du maquillage thérapeutique, une très sympathique histoire de cobayes !

La notion de maquillage correcteur ou thérapeutique est née durant la Seconde Guerre mondiale, en Angleterre, avec la mise en place du club des cobayes, réunissant soldats défigurés, personnel médical et amis. Ces produits, nés pendant la guerre, constituent donc logiquement ce que certains appellent « l’arsenal dermatologique », permettant de masquer toutes sortes de lésions/troubles cutanés1

Par la suite, ce type de maquillage a été de plus en plus utilisé et a permis de traiter des patients atteints de pathologies dites « affichantes », congénitales ou bien acquises,2 afin de permettre à ces personnes de faire face à cette situation difficile à vivre psychologiquement,3 et de retrouver une bonne estime de soi, en étant capable d’établir des relations sociales plus aisément qu’autrement.4

Une classe de produits qui crée ce que certains auteurs appellent « la grande illusion », étant donné l’aspect « magique » de ces cosmétiques qui font disparaitre, comme par enchantement, les imperfections !

Les différentes dénominations employées

Il est possible de trouver plusieurs termes pour désigner cette branche des produits cosmétiques qui visent à masquer diverses lésions cutanées, des cicatrices… On parle ainsi de « maquillage médical », de « camouflage cosmétique ». On peut parfois employer le terme de « thérapie de camouflage cutané ».5

Si en France on utilise le terme de « maquillage thérapeutique », les Anglosaxons préfèrent, quant à eux, la notion de camouflage thérapeutique, ce qui permettrait de vaincre l’appréhension de certains hommes à utiliser des « cosmétiques » ou des « produits de maquillage », associés dans leur esprit à un univers féminin.6 Surtout ne pas employer le mot de cosmétique, jugé frivole, et tout et tout !

Un camouflage bien connu des animaux, qui peuvent se confondre avec le milieu environnant et bien connu aussi des militaires qui, eux aussi, tendent à se fondre dans l’environnement dans lequel ils se trouvent, en utilisant des produits colorés, se déclinant en différentes teintes de vert ou de brun.7

En Amérique, notion de singularité, de cobaye, de qualités artistiques

Il ne fait pas bon souffrir d’une pathologie cutanée au début du XXe siècle, quand l’on est une femme et que l’on souhaite faire un métier de représentation. C’est ce que constate Lydia O’Leary, lorsqu’elle se met en quête d’un travail de vendeuse. Sa tache de vin attire le regard et décourage les employeurs, jusqu’à ce qu’elle aille piocher dans sa boite de peinture et ne masque la tache en question à l’aide d’une préparation semi-solide colorée, destinée jusque-là à une utilisation artistique. Forte de cette expérience et avec l’aide d’un chimiste, Lydia met sur le marché le premier fond de teint couvrant, susceptible d’être baptisé « maquillage thérapeutique ». L’idée première germe dans le cerveau de Lydia, en 1928 ; en 1932, le fond de teint Covermark est breveté !8 Après avoir été son propre cobaye, avec un simple tube de peinture, à la composition peu adaptée, Lydia se lance dans un tourbillon cosmétique, destiné à venir en aide aux personnes qui souhaitent masquer des troubles cutanés. Et ça dure toujours !

En Angleterre, notion de communauté, de cobayes, de caution scientifique

Cette histoire débute, au moment de la Seconde Guerre mondiale, en Angleterre, avec des chirurgiens plasticiens, qui utilisent des préparations colorées, afin de masquer les marques de brûlures laissées sur la peau des pilotes de la Royal Air Force. Ces chirurgiens, réunis dans une association, dénommée Guinea pig club, créée par Sir Archibald McIndoe, échangent leurs avis concernant les crèmes de camouflage, mises au point par Thomas Blake, le chimiste de la société « Veil cover cream ».9,10

Il convient à ce sujet de dire un mot de Sir Archibald, un chirurgien atypique, qui opère les individus (il pratique la technique de greffe de lambeaux)11 et tente, par divers moyens, de leur redonner le moral. Sir Archibald introduit ainsi des fleurs à l’hôpital (The queen Victoria hospital, East Grinstead),12 mais aussi de la musique et des règles assez souples en matière de conditions de vie pour les malades, puisqu’il n’hésite pas à fermer les yeux sur les bouteilles de bière cachées sous les lits. Sir Archibald s’intéresse au corps de ses patients, mais également à leur esprit, car il sait que les séquelles restées gravées dans la chair peuvent conduire à une douleur morale lancinante, pouvant aboutir à des actes suicidaires.

Pour en revenir au Guinea pig club, il est intéressant de noter que ce club est né le 19 juillet 1941, après une soirée bien arrosée.13 En réalité, il ne s’agit pas tout de suite du Guinea pig club, mais plutôt du Maxillonian Club, formé des patients de l’unité maxillo-faciale de l’hôpital. Point de cochons d’Inde dans ce joyeux club, dont les membres sont censés se réunir autour de pintes de bière, mais des patients qui s’assimilent à des cobayes, tant leur épiderme a fait l’objet d’expérimentations diverses et variées. Des patients, qui souhaitent rester en contact les uns avec les autres, une fois leur hospitalisation terminée. Des patients, qui demandent à celui qu’ils appellent familièrement et affectueusement « le boss » ou « le maestro », c’est-à-dire le Dr Archibald McIndoe,14 de devenir président du club et qui se structurent en formant au sein de cette association trois cercles concentriques. Le premier cercle est composé des patients, les « cobayes », le deuxième cercle est composé de « scientifiques », c’est-à-dire de représentants du corps médical, le troisième cercle, baptisé ironiquement Royal Society of Prevention of Cruelty to Guinea Pigs, est composé des familles et des amis des cobayes.15

Voilà pour les prémices, la notion de communauté cosmétique est inventée, puisque sont réunis ici des chirurgiens plasticiens, qui apportent leur caution médico-scientifique, des volontaires (des militaires ayant été brûlés) et un chimiste, capable de modifier les caractéristiques des produits formulés, en fonction des retours plus ou moins positifs qui sont faits.

Les domaines d’application du maquillage de camouflage… larges… très larges !

Ce type de cosmétiques permet d’améliorer la qualité de vie des patients (adultes ou enfants),16-18 souffrant de troubles de la pigmentation,19 comme le vitiligo,20,21 ou le mélasma,22 de cicatrices,23,24 de troubles vasculaires comme les angiomes25 ou la rosacée,26 de lupus érythémateux,27 de séquelles de brûlures28 ou d’interventions chirurgicales (dans ce cas précis, il ne faut pas réaliser un maquillage correcteur de manière trop rapide, du fait de l’altération de la barrière cutanée),29 d’acné,30

Le domaine de la cancérologie est aussi à aborder, puisque l’on peut améliorer la qualité du regard, en traçant une ligne de sourcils à l’aide d’un maquillage correcteur.31 Idem pour le teint.

La notion de couvrance… les termes à retenir

Les produits de maquillage pour le teint utilisés (fonds de teint, poudres teintées) se présentent sous différentes galéniques. Leur point commun est leur caractère couvrant,32-34 dû à la présence de substances opacifiantes dans leur composition.35 Ces produits permettent de masquer les éléments qui doivent l’être, en créant au niveau du visage des zones d’ombre et/ou de lumière aux endroits savamment choisis36 (on parle alors de contouring)

Dans le cas des personnes souffrant de vitiligo, il est également possible d’avoir recours à des autobronzants.37-39

En ce qui concerne la notion de camouflage pilaire… il peut concerner aussi bien les cas d’alopécie que les cas d’hirsutisme.

Si l’on considère une zone de perte de cheveux, il est possible d’utiliser des poudres teintées, formulées à base de kératine,40 des lotions destinées à augmenter artificiellement la densité capillaire.41 On peut également proposer des gels coiffants, qui, en décollant le cheveu du crâne, permettent de réaliser la coiffure la plus adaptée pour masquer le déficit localisé.42

Si l’on considère le cas de l’hirsutisme, on peut, sur des surfaces réduites, pratiquer la décoloration ou l’élimination temporaire des poils inesthétiques, à l’aide des cosmétiques adaptés.43

Le maquillage thérapeutique, en bref

Ce maquillage, qui est né d’une double nécessité, masquer une tache d’origine génétique, puis masquer des blessures acquises à la guerre, est encore d’actualité de nos jours, car les maladies affichantes existent toujours, tout comme les guerres, les accidents domestiques ou les accidents de la route. Dès lors qu’une modification physique survient, il peut être nécessaire d’avoir recours à des produits, qui permettent d’améliorer l’état de la peau, sachant que le principe du camouflage peut également s’exercer au niveau du cuir chevelu ou d’un ongle. Il est bon de se rappeler, toutefois, que le terme « thérapeutique » est en décalage avec le statut de cosmétique de ce genre de produit. Il est bon de rappeler aussi qu’il faut associer, parfois, ce maquillage à un traitement médicamenteux ou chirurgical (dans le cas d’une pathologie, en particulier). Enfin, on soulignera, l’important des socio-esthéticiennes qui, en tant que maquilleuses professionnelles, pourront réaliser des ateliers pédagogiques permettant aux utilisateurs de devenir de véritables pro dans le domaine de « la grande illusion » !

Bibliographie

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8 https://covermarkfrance.com/lexpertise-de-covermark/#:~:text=L’histoire%20de%20Covermark&text=Aid%C3%A9e%20d’un%20chimiste%2C%20O,faction%20%3ACovermark%C2%AE%20%C3%A9tait%20n%C3%A9%20!

9 https://www.veilconcealer.com/our-story-i42

10 Sandhu JK, Sharma P. Skin camouflage therapy. Indian J Dermatol Venereol Leprol. 2022 Nov-Dec;88(6):717-723

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