Histoire de bronzage et de héros bronzé !

Dans l’opus Le Saint au soleil, Simon Templar dit le Saint se balade, de Saint Tropez aux Bahamas, en passant par les bords de la Tamise. Son parcours est parsemé d’embuches et de jeunes femmes ravissantes, qui ne demandent que son aide.1 Comment refuser ?

L’affreux imprésario ou l’occasion de bronzer à gogo !

A Saint Tropez, Simon Templar qui se fait appeler, cette fois, Simon Thomas, rencontre Maureen Herald, une jeune fille au capillaire naturel. « Elle avait des yeux gris et des cheveux d’une couleur naturelle, quelque chose entre le châtain et le noir, avec des nuances diverses qui n’avaient pas été submergées par l’uniformité artificielle d’une teinture. ». Il rencontre ici  une brune aux cheveux « noirs de jais » et deux blondes « décolorées jusqu’au platine. »

Maureen ne supporte pas le soleil, contrairement à Simon. Aussi est-elle prudente en matière d’exposition solaire. Elle n’est pas « bronzée » comme le Saint ; elle ne se sent pas protégée par un teint hâlé… aussi craint-elle de virer à la couleur « glace à la framboise », en restant trop longtemps sous les rayons UV.

Maureen supporte très mal le soleil, contrairement à Simon, qui n’hésite pas à « profiter du soleil » au maximum, « avec la parfaite tranquillité du lézard ». Se « baigner » et se « dorer au soleil » constituent pour notre aventurier le summum de la félicité.

Un avare prodigue ou l’occasion de démasquer un escroc trop bronzé !

A Marlow, sur les bords de la Tamise, Simon s’offre un gentil repas avec la jolie Penelope Lynch, une toute jeune veuve d’à peine 26 ans ! Cette jeune femme, aux cheveux châtains, ne manque pas d’admirer le « hâle » de notre héros, qui lui inspire cette réflexion : « Je vois par votre hâle, ajouta-t-elle, que vous devez vivre si souvent en plein air que vous n’y faites plus attention (sous-entendu vous ne faites plus attention aux plaisirs d’une belle journée ensoleillée), mais pour moi, c’est un grand plaisir après avoir été toute la semaine enfermée dans un bureau. »

Cette Penelope est la secrétaire d’un drôle d’individu qui, le craint-elle, escroque de pauvres gens trop crédules, en leur faisant miroiter des gains extraordinaires via des paris concernant des courses de chevaux.

L’escroc que Simon a pour mission de démasquer (on apprendra en cours de cette nouvelle que cet homme utilise la méthode Ponzi), n’est autre que l’ex-jardinier de Penelope. Un certain Tom Gull, « mal tenu, pas rasé », sentant « la bière » la plupart du temps, mais qui sait, tout de même, dans certaines circonstances, mettre une « chemise propre » et se raser. Un homme au « teint hâlé », qui tutoie la bouteille plus souvent qu’à son tour (« la couleur des joues et du nez n’était pas due seulement au vent et au soleil, des colorants absorbés par voie interne y avait largement contribué. »).

Deux femmes rapides ou l’occasion de parfaire son bronzage au soleil des Bahamas !

Aux Bahamas, Simon fait la connaissance de Cynthia Quillen, une blonde richissime, qui cultive la maigreur, en se privant de nourriture (elle en garde une « faim insatiable ») par souci esthétique et qui souffre de l’inconstance conjugale de son époux Godfrey, un célèbre pilote de course. La brune Teresa Montesino a visiblement jeté son dévolu sur Godfrey !

Pas facile à digérer pour Cynthia qui a mis sa fortune au service de son sportif de mari, ce qui lui permet de changer de « trottinette » aussi souvent qu’il le souhaite. Une passion automobile, qui coûte les yeux de la tête comme aime à le répéter Cynthia : « Vous n’avez pas idée de ce qu’il en coûte quand on change tout le temps de trottinette, sans compter l’entretien et la consommation. Toujours ce qu’il y a de mieux… en tout. De l’huile dont Cléopâtre aurait pu s’oindre le visage et un nouveau train de pneu tous les… »

Afin de restaurer la paix dans le ménage, Simon se dépense… mais prend également un peu de bon temps, en ne boudant pas un bon « bain de soleil sur la plage » !

Simon se dépense, se repose, se laisse bronzer et va même jusqu’à suivre une course automobile féminine, le « Trophée des Dames », surnommé par certains, avec mépris, le « Derby des houppettes à poudre de riz », afin de s’immerger dans le milieu qui est celui de Cynthia.

Le joyeux croque-mort ou l’occasion de découvrir un escroc trop peu bronzé

C’est en Floride que Simon découvre un organisateur de pompes funèbres, qui n’hésite pas à se faire payer pour escamoter le corps d’un homme mort de manière peu naturelle. Avec l’argent ainsi gagné, notre homme vit la belle vie s’affichant avec « une poupée » totalement décolorée, la « blancheur artificielle de sa chevelure », laissant Simon totalement interdit.

C’est l’oncle de Betty Winchester qui est décédé. Betty est une petite vendeuse, qui se déclare « cosméticienne » pour faire grand genre. En réalité, elle « conseille les gens pour leurs achats » dans un magasin de la 5e avenue de New-York. En apprenant cela, forcément, Simon ironise et évoque les « pommades magiques » conseillées par la jeune fille.

Et il y a visiblement anguille sous roche puisque le vieil oncle utilisait toutes sortes de « remèdes » concoctés par un certain Henry Otterly, un homme à la peau « rouge incomplètement bronzé ». Le vieil homme semblait être sous emprise, ce qui permet à l’auteur de montrer l’impact de la « psychologie » en matière de consommation. « Pourquoi fumez-vous le tabac que vous fumez, pourquoi vous rasez-vous avec les lames d’une certaine marque, pourquoi utilisez-vous la pâte dentifrice dont vous vous servez ? Parce que qu’on a su vous les faire acheter. Que cela ne vous blesse pas ; vous êtes persuadé les avoir choisis vous-même. »

Le prisonnier russe ou l’occasion de se faire griser par de la coumarine !

Irma Jorovitch… la belle Russe à la chevelure de lin est rencontrée à Lausanne. Simon se laisse griser par sa « tête blonde au parfum d’une pureté troublante » « de foin coupé ».

L’héritière sans espoir ou l’occasion de peser notre héros

On apprend dans cette nouvelle que Simon Templar pèse 80 kg pour 1m80. Un homme athlétique tout en muscles ! Et on le découvre subjugué par une jeune fille, Rowena Flane, manipulée par un beau-père, qui souhaite faire main-basse sur sa fortune. Une jeune fille boulotte à laquelle on a diagnostiqué un état « adipochrique », qui correspond à un « besoin de graisse » permanent. Un nom de pathologie totalement inventé !

Afin de démasquer l’affreux beau-père, Simon se met sur son 31. Il se rase et « se douche », puis passe à l’attaque. Rowena n’est pas obligée de manger à longueur de journée. Elle doit se faire violence et retrouver la ligne !

Le Saint au Soleil, en bref

Dans cet opus, notre héros se promène au soleil. Il affiche toujours un teint bronzé, passe son temps à la plage et arrive à résoudre tout de même un paquet d’énigmes ! Le poids du bronzage… quel poids !

Bibliographie

1 Chartersis L, Le Saint au Soleil, Librairie Arthème Fayard, 1966, 260 pages