Histoire d’un pommadé, c’est Maurice Leblanc qui passe la pommade… sans limite !

La demoiselle aux yeux verts est un roman de Maurice Leblanc, mettant en scène le célèbre Arsène Lupin.1 Ce dernier, sous le nom de Raoul de Lémizy, rencontre, lors de l’une de ses promenades parisiennes, deux bien jolies jeunes filles. L’une, Anglaise (Lady Constance Bakefield, une « reporteresse », voleuse et espionne à la fois !), possède de charmants yeux bleus et de superbes cheveux blonds. L’autre, une Parisienne, est bien mystérieuse. Elle se laisse « cambrioler la bouche » par le gentleman-cambrioleur, avant de disparaitre subitement, comme par enchantement… Des cheveux blonds et des yeux verts… voilà son signalement.

Lady Bakefield ne fait pas long feu. Elle est étranglée, dès le début du roman, par la demoiselle aux yeux verts, semble-t-il. Impossible, nous dit Raoul, qui s’y connait comme pas un pour différencier une honnête jeune fille, d’une sulfureuse aventurière.

Alors bien sûr, la jeune fille aux yeux verts est innocente ; et bien sûr elle va taper dans l’œil de Raoul qui va tout faire pour arranger le coup !

Le pommadé, 14 fois cité !

Maurice Leblanc ne nous lâche pas avec ce « pommadé »… terme qui est employé 14 fois, en tout !

Premier contact avec un individu aux « cheveux noirs et pommadés » et à la barbe soignée. Cet individu suit la jeune Anglaise et semble bien connaître la Parisienne !

Petit à petit, on sent nettement une certaine animosité entre Raoul et le « bellâtre pommadé » (expression employée trois fois) ! Sa « binette de pommadé », sa « binette à la pommade » ne lui revient pas du tout. Normal, quand on sait que cet individu n’est autre qu’un commissaire de police à l’esprit borné, un certain Rodolphe Marescal, pour être précis. Un commissaire qui veut du mal à la demoiselle aux yeux verts. De quoi énerver notre justicier national !

L’ennemi du pommadé, de multiples fois cité

Il y a dans cet opus une lutte sans merci entre Raoul et Marescal. A plusieurs reprises, Marescal pense tenir… Raoul. Il s’en moque, le compare à une « loque, un chiffon, un fétu de paille, une bulle de savon ». Il a bien tort, Marescal, car Raoul sera, au final, le plus fort. Et Raoul, c’est Arsène… quand même !

Le collègue du pommadé

Une fois de plus, Arsène Lupin se déguise… Il prend ainsi l’apparence d’un collègue de Marescal. Une fois grimé, il se fait appeler « Sauvinoux ». Juste le temps de faire le zouave. Puis, il se démaquille « soigneusement ». « Avec son mouchoir enduit d’un peu de gras, Sauvinoux enlevait le rouge de sa figure. Raoul apparaissait peu à peu. »

La demoiselle aux yeux verts, parfumée avec soin

Ses « yeux de jade » ont séduit d’emblée ce cher Raoul ! Dans un train, sur le lieu d’un crime (Lady Bakefield a été sauvagement assassinée), la demoiselle aux yeux verts laisse tomber une tabatière ancienne, qui fleure bon le parfum féminin. A ce sujet, Raoul développe toute une théorie pour faire comprendre au lecteur comment cette tabatière a pu s’imprégner de parfum. « En effet, en effet… un parfum de femme qui met son étui à cigarettes dans son sac, avec le mouchoir, la poudre de riz et le vaporisateur de poche. L’odeur est caractéristique. »

La demoiselle aux yeux verts, grimée avec art

Elle se glisse partout, cette demoiselle. Un jour, masquée, au milieu d’une bande de malfaiteurs. Le lendemain, sur les planches, en pleine représentation théâtrale, sous le nom de Léonide Balli, « chanteuse d’opérette » !

La demoiselle aux yeux verts, maquillée avec discrétion

Le surlendemain, pensionnaire d’un couvent pour jeunes pensionnaires modèles ! Une pensionnaire, qui semble se souvenir de son passé de théâtreuse, puisqu’on la retrouve dans le parc, s’observant dans un « miroir de poche » ! « Furtivement, elle mit un peu de rouge à ses joues et de la poudre de riz, qu’elle essuya aussitôt avec énergie. Ce devait être défendu. »

Cette gentille pensionnaire, qui aime les produits de maquillage, se nomme Aurélie d’Asteux ! On la retrouvera, par la suite, chez elle, pâle comme la mort, utilisant pour masquer la pâleur due à la maladie « du rouge à lèvres, du rouge à joues » !

La pauvre est poursuivie par le pommadé, mais aussi par Brégeac, son beau-père. Tous deux l’aiment, d’une part, d’un drôle d’amour et veulent lui extorquer, d’autre part, un secret qui peut rapporter gros ! En effet, le grand-père d’Aurélie, un inventeur excentrique, a, il y a de cela 15 ans, fait une découverte extraordinaire. Une découverte léguée à sa petite-fille !

Et une eau de Jouvence radioactive

Raoul ne va pas manquer de mettre la main sur une bouteille d’eau de Jouvence, composée de bicarbonate de soude (1,349 g), de bicarbonate de potasse (0,435 g) et de bicarbonate de chaux (1 g)…

Après la bouteille… la source, une source qui coule dans un temple romain, dédié à la Jeunesse. Un temple, enfoui sous les eaux d’un lac, qu’un mécanisme astucieux permet de dévoiler, lorsque des écluses se mettent en action.

Une source « magique », bien supérieure aux « eaux de Royat », qui contient « des principes d’énergie et de puissance », à mettre en lien avec une « radioactivité stupéfiante », qui « s’évalue par un chiffre millicuries selon l’expression technique appropriée » !

Bref, de quoi faire fortune dans le domaine cosmétique, en fabriquant, par milliers, des soins anti-âge, à base de cette eau merveilleuse.

La demoiselle aux yeux verts, en bref

Il y a des morts, trop de morts sur le chemin de la demoiselle aux yeux verts. Son secret dévoilé… est aussitôt enfoui sous les eaux pour toujours. Aurélie refuse d’exploiter l’eau magique découverte par son grand-père. Désormais, une seule chose a de l’importance à ses yeux… verts : l’amour qu’elle porte au gentleman qui lui a sauvé la vie à plusieurs reprises !

Et dire que pendant ce temps-là d’autres laboratoires cosmétiques ont eu moins de scrupules et ont commercialisé des gammes entières de produits de beauté renfermant des éléments radioactifs ! Quelle ironie !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Leblanc M., La demoiselle aux yeux verts, Le livre de Poche, 1967, 253 pages