Histoire cosmétique d’un éléphant qui entre dans un magasin de porcelaine !

Astier de Villatte est une marque de céramique, créée en 1996.1 Et puis, au fil des ans, la marque s’étoffe réalisant des incursions dans le domaine de l’édition, de la papeterie… et des cosmétiques.

Une mini-gamme, composée de deux types de produits nous a séduites avec des emballages rétro, qui donnent envie, de manière impérative, de se laver les mains ou d’hydrater sa peau.

Emballées par l’emballage, nous nous sommes penchées sur les formules et mis en relation composition et prix.

La conclusion est moins emballante que prévue !

La crème impératoire pour les mains et le corps

Il s’agit d’une émulsion bien classique, composée d’eau et de corps gras (huile de jojoba, triglycérides), stabilisée par des tensioactifs non ioniques. L’originalité de la formule tient à la présence d’un extrait de feuilles d’impératoire, sur lequel on n’a peu d’informations d’un point de vue bibliographique. A 65 euros les 350 mL… on attendait mieux !2 Et ce d’autant plus que l’on nous vante une formule riche en impératoire et huile de rosier muscat… deux ingrédients figurant après le parfum, en fin de liste, ce qui témoigne d’une faible dose d’emploi.

Le savon impératoire pour les mains et le corps

Il s’agit non pas d’un savon comme indiqué dans sa dénomination, mais d’un syndet liquide… ce qui est beaucoup mieux. La base lavante est douce… mais il y a bien sûr des allergènes parfumés. Une base lavante douce, mais un prix un peu dur : 42 euros les 350 mL.

L’impératoire… il est impératif d’en savoir plus !

Cette plante de la famille des Apiacées, qui pousse dans les régions alpines européennes,3 est assez peu connue à l’heure actuelle,4 bien que son rhizome ait été utilisé, au XIXe siècle, pour confectionner des tisanes,5 des liqueurs ou des préparations de médecine traditionnelle, en partant du principe que cette plante, connue sous le nom de « remède divin », était capable de traiter un grand nombre de maux, allant des troubles gastriques aux troubles rénaux, en passant par les problèmes de peau ou même le delirium tremens.6 Son efficacité à traiter les plaies superficielles lui a même valu le nom d’herbe magique !7 Une chose est sûre, Carl Linné a constaté, « lors de l’été pluvieux de 1734 », que la Dalécarlie traversée était une région où l’on cultivait cette plante médicinale. Il en fait mention dans son journal, nous dit-on, à la date du 11 août.8

Côté médecine populaire, pas de souci donc avec cette plante au nom impérial et aux pouvoirs extraordinaires.

Côté scientifique, difficile de savoir ce qu’un extrait de feuilles peut bien contenir. Selon la méthode d’extraction, selon les solvants utilisés, on pourra aussi bien extraire des ingrédients hydrophobes qu’hydrophiles,9 sachant que le rhizome est beaucoup mieux caractérisé que la feuille.

Cosmétiques Impératoire Astier de Villatte, en bref

Très jolis à titre décoratif, ces produits témoignent d’une certaine maladresse en matière d’argumentaire marketing. Un produit enrichi ou riche en un ingrédient (surtout à ce tarif-là) doit contenir l’ingrédient en quantité suffisamment importante pour ne pas être rejeté en queue de liste. Par ailleurs, il est bien de faire la différence entre savon et syndet, afin d’estampiller chaque produit sous le bon nom.

Bref, quand des céramistes issus des Beaux-Arts se lancent dans le domaine cosmétique on a un peu l’impression de voir débouler un éléphant dans un magasin de porcelaine !

Bibliographie

1 https://www.elle.fr/Personnalites/Astier-De-Villatte

2 https://www.astierdevillatte.com/fr/creme-savon/2952-product.html

3 Danna C, Mainetti A, Belaid S, La Camera E, Trombetta D, Cornara L, Smeriglio A. Unveiling the Pharmacognostic Potential of Peucedanum ostruthium (L.) W.D.J. Koch: A Comparative Study of Rhizome and Leaf Essential Oils. Plants (Basel). 2025 Jul 3;14(13):2047

4 Bonnemain B. L’histoire de la pharmacie via l’Internet. Rev Hist Pharm. 2015, 386, 287-290

5 Palmioli A, Bertuzzi S, De Luigi A, Colombo L, La Ferla B, Salmona M, De Noni I, Airoldi C. bioNMR-based identification of natural anti-Aβ compounds in Peucedanum ostruthium. Bioorg Chem. 2019 Mar;83:76-86

6 Danna C, Bazzicalupo M, Ingegneri M, Smeriglio A, Trombetta D, Burlando B, Cornara L. Anti-Inflammatory and Wound Healing Properties of Leaf and Rhizome Extracts from the Medicinal Plant Peucedanum ostruthium (L.) W. D. J. Koch. Molecules. 2022 Jul 2;27(13):4271

7 Chen CY, Wang GH, Kuo JT, Lin YT, Huang HJ, Chang YC, Chung YC. Ultrasound-assisted extraction of Peucedanum ostruthium leaves: a feasible alternative to rhizomes for industrial applications. Front Pharmacol. 2025 Aug 12;16:1636312

8 de Vahl E, Mattalia G, Svanberg I. « Cow Healers Use It for Both Horses and Cattle »: The Rise and Fall of the Ethnoveterinary Use of Peucedanum ostruthium (L.) Koch (fam. Apiaceae) in Sweden. Plants (Basel). 2022 Dec 26;12(1):116

9 Chen CY, Wang GH, Kuo JT, Lin YT, Huang HJ, Chang YC, Chung YC. Ultrasound-assisted extraction of Peucedanum ostruthium leaves: a feasible alternative to rhizomes for industrial applications. Front Pharmacol. 2025 Aug 12;16:1636312

Composition

Crème impératoire – crème pour les mains et le corps : Aqua, simmondsia chinensis seed oil, caprylic/capric triglyceride, cetearyl olivate, cetearyl alcohol, glyceryl stearate citrate, glycerin, glyceryl stearate, sorbitan olivate, fragrance, peucedanum ostruthium leaf extract, rosa rubiginosa seed oil, acacia senegal gum, xanthan gum, tocopherol, citric acid, sodium phytate, sodium benzoate, potassium sorbate, CI 15985, CI 19140, benzyl benzoate, benzyl salicylate, cinnamal, citral, citronellol, eugenol, farnesol, geraniol, limonene, linalool.

Savon impératoire – savon pour les mains et le corps : Aqua, caprylyl/capryl glucoside, glycerin, decyl glucoside, fragrance, peucedanum ostruthium leaf extract, xanthan gum, sodium cocoyl apple amino acids, potassium sorbate, sodium benzoate, hexylene glycol, citric acid, tetrasodium glutamate diacetate, caramel, CI 14700, benzyl salicylate, citral, citronellol, eugenol, limonene, linalool.