Hergé, un goût prononcé pour le domaine thérapeutique !
On le reconnaît à peine ce petit Tintin belliqueux, qui n’hésite pas à faire le coup de poing.1 Envoyé en reportage en Union soviétique pour le compte du journal « Petit vingtième », le jeune homme va faire face à de nombreuses situations difficiles, car les communistes de tout poil vont tenter de barrer la route à ce journaliste intègre, bien décidé à dire la vérité sur un système totalitaire oppressant.
Au passage, il attrapera un rhume, s’enivrera et nous livrera le remède magique anti-gueule de bois !
Un départ difficile
Déjà dans le train, ça commence mal, puisque l’un de ses ennemis place une bombe, présentée comme « l’un des meilleurs remèdes, connus à ce jour, contre la curiosité » ! Tintin en réchappe ! Quelle résistance !
Une suite pas simple
Au pays des Soviets, Tintin n’a guère l’occasion de se reposer ; on vient le déranger dans sa chambre. Heureusement, Milou veille et donne l’éveil ! Tintin a le temps de se glisser dans un drap (idem pour Milou), afin de prendre la forme d’un fantôme ! Il invective ses attaquants en ces termes : « Microbes, que venez-vous chercher dans cette chambre ? » Et tout le monde fuit. Quels trouillards !
Une suite enrhumée
Confiné dans un souterrain humide, puis dans un marigot, Tintin chope le « coryza », un double coryza même (« Me voici gratifié d’un coryza » ; « Cette humidité m’a gratifié d’un coryza »). Le nez le chatouille et « Tchoum » ! Afin de désigner ce que nous appelons, aujourd’hui, une rhinite ou un rhume, Hergé emploie le terme de « coryza ».2 Il ne nous précise pas quel traitement va permettre à Tintin de finir l’aventure le nez sec. Pour notre part, nous lui aurions bien vu conseiller un remède simple et original qui guérit les patients « en 24 heures »: placer dans chaque narine « un bouchon de charpie roulée dans du collodion » !3 Pour ceux que cela dérangerait, on proposait aussi, autrefois, comme remède souverain des « synapismes posés au niveau des omoplates ou des reins ».4 Notons que Hergé aurait pu aussi employer le terme de « refroidissement » (common cold), très populaire à son époque.5
Une suite champagnisée
Pour échapper à ses poursuivants, Tintin se voit obligé de voler… un objet volant… un avion ! Il se dirige vers Berlin et y atterrit. Là, un comité d’accueil le reçoit avec force champagne dans la mesure où on le prend pour le vainqueur du « raid pôle sud – pôle nord avec escale à Berlin » ! Tintin, qui, dans la suite de ses aventures, restera, toujours parfaitement sobre (contrairement à son ami Haddock), prend une gueule de bois mémorable à l’origine sans doute de son aversion pour toute boisson alcoolisée. En se réveillant, le lendemain matin, c’est avec une bouteille d’eau de Vichy qu’il est aperçu, au saut du lit ! Connue depuis l’Antiquité cette eau thermale, aux multiples bienfaits,6 était très populaire au XIXe siècle, au point que certains ont publié dans la littérature des formules visant à imiter sa composition (bicarbonate de soude, chlorure de sodium, sulfate de sodium, sulfate de magnésie, sulfate de fer), une imitation très imparfaite, nous dit-on.7
Une fin en toute propreté
Son reportage effectué, il ne reste plus à Tintin qu’à rentrer en Belgique. Reste alors un geste à faire, « un petit coup de peigne : il faut être propre pour rentrer à Bruxelles. ». Milou, après s’être moqué de son maître, fait lui aussi un brin de toilette, en peignant les poils de son menton et en observant dans le miroir de Tintin le bon ordonnancement de ceux-ci.
Tintin au pays des Soviets, en bref
Il est rudimentaire ce premier album de Tintin, avec ses vignettes en noir et blanc. Il n’a pas encore ses contours définitifs, ce petit reporter téméraire ! En tout cas, cet album nous prouve, une fois de plus, le goût de Hergé pour les termes médicaux et les remèdes divers et variés. Il ne s’en privera pas dans la suite de son œuvre !
Bibliographie
1 Hergé, Les aventures de Tintin au pays des Soviets, Casterman, 2006, 141 pages
2 https://www.academie-medecine.fr/le-dictionnaire/index.php?q=coryza
3 New Treatment of Coryza. West J Med Surg. 1855 Jul;4(7):83
4 Menudier A. Obstinate Intermittent Coryza-Instantaneous Cure. West J Med Surg. 1852 Oct;10(4):358
5 Kirkpatrick GL. The common cold. Prim Care. 1996 Dec;23(4):657-75
6 https://www.vichy-patrimoine-mondial.com/histoire/
7 Artificial Vichy Water. West J Med Surg. 1851 Aug;8(2):173

