Ethique et cosméceutique, deux mots qui ont du mal à rimer ensemble !
Le cosméceutique1 est un cosmétique bardé de qualités, si l’on en croit les publications qui vantent les mérites de cette catégorie de cosmétique à part… à part, dans la mesure où l’on emploie ce terme pour désigner un cosmétique soi-disant très efficace, soit-disant très bien toléré, alors qu’il n’y a aucun élément probant (ni réglementaire) permettant de le distinguer du cosmétique classique.
Déjà… ça ne paraît pas très éthique…
Et quand on découvre la publication du Dr Michael Gold, on se dit que cosméceutique ne rime pas vraiment avec éthique.
Il nous y conte, en effet, le cas d’une patiente souffrant d’eczéma, Mme Schweppe, qui, après une consultation chez son dermatologue, et alors qu’elle s’apprête à prendre un nouveau rendez-vous avec la secrétaire du médecin, remarque des flacons de crèmes hydratantes, affichant un SPF sur le bureau de celle-ci, à portée de mains. Qu’est-ce donc que ces produits ? La secrétaire se met alors à faire l’article, en indiquant que les crèmes en question, bien qu’un peu coûteuses, sont beaucoup plus efficaces que les produits de la concurrence. Puis, elle appelle son patron, qui confirme que les produits sont parfaitement adaptés au cas clinique de Mme Schweppe et qui, à l’aide du flacon-testeur, lui montre à quel point le produit est agréable à utiliser, ni collant, ni gras…
En nous racontant cette anecdote, le Dr Gold nous montre qu’il est possible, pour un médecin, de déclencher un acte d’achat, en faisant miroiter tel ou tel bénéfice particulier à son patient.
Ce n’est pas pour autant que le Dr Gold est contre le fait que les dermatologues américains puissent commercialiser des « cosméceutiques »… à condition, toutefois, que cette distribution soit « éthique » !
Et le Dr Gold de préciser que, finalement, le dermatologue qui connait le mieux la peau est le professionnel le plus qualifié pour conseiller les cosmétiques les plus adaptés. Conseiller, orienter… mais ne pas obliger.
Et le Dr Gold de nous faire un clin d’œil, en nous proposant d’aller faire un tour à son Médi-spa, au sein duquel des esthéticiennes et des massothérapeutes se feront un plaisir de nous proposer des produits et des soins susceptibles d’améliorer l’état de notre peau2…
Compliquée, cette notion ténue entre diagnostic clinique, conseil cosmétique, et vente.
Heureusement, en France, le serment d’Hippocrate est là pour veiller au grain, rappelant que le médecin ne « doit pas se laisser influencer par la soif du gain ».3
Le conseil cosmétique devra donc être un conseil pluriel, afin de ne pas influencer le choix du patient. Un conseil éthique, sans conflit d’intérêts.
Bibliographie
2 Gold MH. Dispensing cosmeceuticals from the office. Virtual Mentor. 2006 Aug 1;8(8):503-8
3 https://www.conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-dhippocrate

