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Erreurs classiques pour fond de teint de luxe !

> 03 janvier 2018

Erreurs classiques pour fond de teint de luxe ! Le désir d’arborer un teint parfait répondant aux critères de beauté en vigueur quelle que soit l’époque est un souhait très ancien. Le désir d’arborer le teint le plus naturel possible est, en revanche, un souhait relativement récent. Lorsque l’on se penche, un tant soit peu, sur l’histoire du maquillage, on se rend compte que celui-ci ne veut se faire discret que depuis une toute petite centaine d’année (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/du-maquillage-de-carnaval-au-fond-de-teint-nude-une-petite-histoire-des-produits-pour-le-teint-411/).

Malheureusement, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir et un certain nombre de sociétés cosmétiques se heurtent à des problèmes galéniques, lors de l’élaboration de leurs fonds de teint. Texture pâteuse, collante, difficilement applicable sur la peau, problème de dispersion des pigments… la tâche est rude, pour qui veut mettre sur le marché un fond de teint qui couvre les imperfections en toute discrétion.

Dans les années 1980–1990, Estée Lauder nous propose des fonds de teint que l’on pourrait comparer à une seconde peau. Double wear teint confère un « effet nude »… avant même que l’expression n'ait été inventée.

2017. Lancôme concentre les désirs de la consommatrice en un fond de teint qui fleure bon les Sixties. Teint idole ultra wear SPF 15 existe en « 40 teintes », promet « 24h de tenue sans retouche », comble « 99% des femmes qui ont trouvé leur teinte de fond de teint ultra wear parmi les 40 teintes disponibles ». Tout ceci est bien tentant.

Le fond de teint idole est une émulsion composée d’eau, de silicone volatile (cyclohexasiloxane) chouchou des produits de maquillage qui veulent se faire discrets sur la peau, de gélifiants (carbomère), de poudres couvrantes, de conservateur antioxydants… Tensioactif anionique (disodium stearoyl glutamate) et non ioniques (PEG-10 dimethicone, cetyl PEG/PPG-10/1 dimethicone) permettent de stabiliser l’émulsion. Le parfum est source d’allergènes. Les pigments employés, quant à eux, ne sont pas suspects d’effet allergisant. Il s’agit d’oxydes de fer se déclinant du jaune (CI 77492) au noir (CI 77499)… additionnés d’une touche de dioxyde de titane (CI 77891).

Que faut-il regretter concernant ce fond de teint à la texture idéale ? Au moins deux choses.

Tout d’abord, on déplorera le choix d’un solvant aux multiples casquettes (il permet de disperser d'autres éléments de la formule, il participe à la conservation du produit...), l’alcool qui émarge en 3e position de la liste des ingrédients. A la fois cytotoxique et asséchant, cet ingrédient convient mieux dans l’armoire à pharmacie que dans la trousse de maquillage.

Ensuite, on pointera du doigt (une fois de plus) la présence d’un filtre UVB, l’éthylhexyl méthoxycinnamate, dans une formule qui n’est pas un produit de protection solaire.

L’éthylhexyl méthoxycinnamate et les oxydes de fer confèrent un effet photo-protecteur au produit. Les tests in vitro que nous avons réalisés dans notre laboratoire permettent de classer le produit dans la catégorie des produits de « protection moyenne ». Un SPF de 16 et un facteur de protection UVA de 8 ont, en effet, été obtenus.

Faut-il croire que l’ajout de filtre(s) UV dans un produit de maquillage est une bonne chose ? Notre réponse reste toujours la même : Non, absolument pas. Les tests utilisés pour démontrer l’efficacité des produits affichant une valeur de SPF sont réalisés avec des quantités de produit considérables (pour rappel : 2 mg par centimètre carré). Qui se maquille en renversant la moitié de son flacon (façon de parler, bien sûr !) de fond de teint sur le visage ? Personne. Nul ne sera donc protégé à hauteur de la valeur indiquée sur l’emballage !

Rappelons également que les filtres UV étant photodégradables, leur efficacité n’est pas de très longue durée. Ne perdons pas de vue que si un produit de protection solaire est appliqué régulièrement (toutes les 2 heures), il n’en est pas de même pour le fond de teint qui est appliqué une seule fois par jour !

Pour toutes ces raisons, nous ne sommes pas des admiratrices de cette idole-là !

Teint idole ultra wear SPF 15 Lancôme : Aqua, cyclohexasiloxane, alcohol denat, isododecane, butylene glycol, acrylates/polytrimethylsiloxane methacrylate copolymer, nylon-12, ethylhexyl methoxycinnamate, PEG-10 dimethicone, isohexadecane, silica [nano], perlite, aluminum hydroxide, magnesium sulfate, disodium stearoyl glutamate, cetyl PEG/PPG-10/1 dimethicone, BHT, pentaerythrityl tetra-di-T-butyl hydroxycinnamate, parfum, linalool, geraniol, eugenol, alpha-isomethylionone, coumarin, hydroxycitronellal, citronellol, hexyl cinnamal, benzyl alcohol, benzyl salicylate, [May contain : CI 77491, CI 77492, CI77499, CI77891].

Merci à Mme Eva Paparis pour la détermination in vitro du SPF et du FP-UVA dont les valeurs sonr produites ici !






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