En suivant la piste du rouge à lèvres… on trouve forcément la solution !
Et voilà Simon Templar, le patriote, qui se met en chasse contre des truands réalisant un marché noir un peu particulier… Un marché noir, qui ne concerne ni alcool, ni charcuteries, ni tabac… un marché noir, qui concerne une matière première encore plus précieuse, l’iridium, un matériau utile dans l’industrie de l’armement.
Dans l’opus Le Saint contre le marché noir,1 paru en 1946, on découvre un héros amoureux transi, qui ne parvient pas à séduire une belle jeune femme. Le seul échec de cette aventure !
Une réflexion de salle de bain qui conduit loin
On parle souvent de propos de zinc, de comptoir… ceux échangés dans un bar autour d’un verre. Simon Templar, ici, nous parle d’une réflexion de salle de bain. C’est, en effet, en prenant son « bain » que notre héros réfléchit à la façon dont il va venir à bout d’une bande d’escrocs qui menacent la stabilité de son pays.
Un héros permanenté qui ne passe pourtant pas sa vie chez le coiffeur
Ou du moins c’est ce que Simon Templar indique aux bandits, par plaisanterie. Ceux-ci ont cru que le Saint avait été arrêté par la police, alors qu’il n’en est rien. Pour expliquer la façon dont il s’est sauvé du commissariat, Simon explique : « Je leur ai dit que j’avais rendez-vous chez le coiffeur pour une permanente. Vous comprenez cela, Ricco ? Alors ils m’ont laissé aller. »
Mrs Titania Ourley fait parler la poudre et sue le parfum par tous les pores !
Cette Mrs n’a rien de bien séduisant… « Ses cheveux étaient passés au henné, ses paupières maquillées de bleu, ses ongles peint d’un rouge sang ». « Outrageusement maquillée » : tel est le verdict de Simon Templar concernant la « grosse femme » en question, qui provoque son aversion.
Elle se parfume, en outre, outrageusement, au point que son odeur prend Simon « à la gorge » ! « Le Saint constata bientôt que Titania était à l’origine de ces senteurs enivrantes », qui irritent la gorge et détraquent le cerveau !
Cette brave dame vient se confier à Simon, lui indiquant que son époux, un industriel, achète de l’iridium au marché noir !
Alors qu’elle était « allée se poudrer » dans un dîner mondain, elle a entendu son mari parler à un collègue, Mr Linot, de la façon dont il se procurait de l’iridium !
Et par la suite, lorsqu’elle sent que Simon commence à la soupçonner, la voilà qui « pâlit sous son maquillage » et rentre ses « ongles rouges » dans une pauvre nappe qui n’avait pourtant rien fait pour subir un tel supplice.
Bref, une femme qui déplaît souverainement à notre héros, du fait de son manque de goût esthétique. En résumé, une femme qui a « l’air d’une vache mal maquillée qui empeste le patchouli » ! Aïe ! Il n’y va pas de main morte notre héros, si élégant d’habitude !
Mrs Barbara Sinclair fait taire la poudre et exhale un délicat parfum
Cette Mrs n’a rien à voir avec sa rivale Titania. Une vraie brune (« le noir bleu des cheveux »), pleine de charme, dotée d’une « beauté parfaite », les lèvres savamment passées au « carmin ». Il s’agit, contrairement, à Mrs Ourley, d’une femme séduisante, exhalant « un léger parfum », un « parfum délicat », qualifié, par Simon, de « subtil et agréable après l’insupportable relent de celui de Mrs Ourley ».
Allen Uttershaw fait des affaires sans aucun scrupule
L’amant de Barbara, un dénommé Uttershaw, est à l’origine de tout ce petit trafic d’iridium. D’abord volé, l’iridium est ensuite vendu à prix d’or aux industriels qui en ont besoin.
Un homme de main qui fait parler la pommade
Ricco Varetti se reconnait de loin. « L’odeur douceâtre de la pommade », dont il enduit « ses cheveux », permet à Simon de le repérer, olfactivement, et ce même dans le noir. Malgré une « ondulation parfumée », qui laisse croire que l’on a à faire à un homme pleutre, il n’en est rien. Simon nous l’affirme : cet homme, malgré son apparence, est « courageux ». Un ennemi difficile à combattre !
Kestry et Bonacci, des policiers qui font parler les objets de torture avec délice
Ces « policiers charmants » traquent Simon, le croyant au centre du dispositif. Il ne leur faudra pas longtemps pour comprendre qu’il n’est pas un ennemi, mais, au contraire, un allier.
Lorsque Leslie Charteris utilise le qualificatif de « charmants » pour désigner ces deux policiers, il use d’ironie, car il s’agit, en réalité, d’hommes prêts à tout, y compris à recourir à la torture, pour arriver à faire cesser cette affaire de marché noir. « Ils disposent », nous dit l’auteur, « d’un salon de massage », « d’un institut de beauté Kestry et Bonacci », « dans les sous-sols du poste central de police », qui délient les langues les mieux cousues.
Et enfin et surtout, des traces de rouge à lèvres éloquentes
En fin d’opus, Simon se rend chez Barbara, afin de tenter de lui faire avouer la vérité concernant son amant. Celui-ci est caché dans la chambre de sa maîtresse. Simon l’a deviné, car il a tout de suite noté un détail cosmétique marquant. « Lorsque je suis arrivé, ajouta-t-il, j’ai tout de suite remarqué que l’une des cigarettes posées sur ce cendrier n’était pas tachée de rouge à lèvres. J’étais donc sûr que votre ami était dans la chambre, qu’il nous écoutait. » Il s’ensuit une bagarre. Et, forcément, c’est le Saint qui prend le dessus !
Le Saint contre le marché noir, en bref
Il est odieux, Simon, dans cet opus. Odieux, vis-à-vis de Titania qui, ma foi, n’est pas malhonnête et qui, au contraire, lui permet de faire avancer son enquête. Son seul défaut, un physique ingrat et un maquillage outrancier.
Il est odieux, Simon, dans cet opus, car la belle Barbara reste de glace devant le séducteur invétéré. Elle est belle, elle est parfaitement bien maquillée, mais… elle est aussi parfaitement malhonnête.
Quand Simon tombe amoureux d’une traitresse… forcément, ça fait des dégâts. Et la pauvre Titania en fera les frais.
Rassurons-nous, le méchant finira sous les barreaux, comme de coutume !
Bibliographie
1 Charteris L., Le Saint contre le marché noir, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1946, 221 pages

