Eloge du maquillage maternel !
« Never complain, never explain »… telle est la devise d’Hélène Carrère d’Encausse,1 une dame, qui, même en soins palliatifs, reçoit ses invités assise (mais pas dans son lit !) « habillée, coiffée, maquillée » ! Une dame, qui, comme sa devise l’indique, ne se laisse pas trouver facilement, faute de notice explicative claire et détaillée.
Ce qui est certain, en tout cas, c’est que, pour cette dame, le maquillage revêt un caractère d’importance, puisqu’il l’accompagne, au quotidien, tous les jours de sa vie et ce même lorsque les minutes lui sont comptées.
Un président qui ne transpire pas !
Il n’a, apparemment, jamais trop chaud ni trop froid. En même temps… c’est un peu logique ! A force de faire couler l’eau tiède sur la France, le Président en a pris la température. Tiède ! C’est du moins, l’image donnée par Emmanuel Carrère en tout début de son roman familial. Nous sommes le 3 octobre 2023, il fait frisquet dans la cour des Invalides pour l’hommage rendu à Hélène Carrère d’Encausse, mais Emmanuel Macron ne s’en rend pas compte. Son organisme a, visiblement, perdu son thermostat. Même constat en conditions chaudes, à Saint-Martin, alors que tout le monde transpire… sec ! Emmanuel Macron reste sec ! Et cela c’est un signe de bonne naissance, chez les Carrère d’Encausse. « Cet homme ne transpire pas. » Normal… comme tout « homme bien élevé » !
Une grande dame qui prend des bains froids
Hélène s’applique une discipline de fer, qui dit non à la tiédeur. Elle doit son dynamisme et sa longévité, semble-t-il, à la pratique de « douches froides », voire même de « bains froids » (on nous le dit en début et en fin d’ouvrage), contraires à tout ramollissement ! Il faudra attendre l’unité de soins palliatifs pour que la dame découvre la douceur des « massages aux huiles essentielles » ! Et l’émollience qui va avec.
Une grande dame qui se teint les cheveux
Hélène a un amant (un certain M.N.)… mais son mari l’a prévenu… si elle divorce, il se suicide ! Du coup, pas de divorce. Mais un changement esthétique radical et une fêlure définitive dans le couple. Hélène passe de brune à blonde. « Un jour, sans nous avoir prévenus, elle est rentrée à la maison blonde, d’un blond aussi artificiel que son brushing. »
Une grande dame toujours soigneusement maquillée
Quelles que soient les circonstances, Hélène n’est jamais négligée. Même en plein COVID, elle reçoit son fils à diner (son mari vient de faire un AVC) en « robe turquoise, brushing et maquillage comme toujours impeccables. » Ce qui amène la question suivante : y a-t-il des coiffeurs clandestins qui, durant cette période, se sont déplacés à domicile, pour pouvoir assurer, en continu, des couleurs, des coupes, des coiffages ? A croire que oui !
Un père qui rase sa moustache
Cela paraît bien anodin. Pas tant que cela, lorsque l’on est en septembre 1944 et qu’une épuration sauvage va commencer. Lorsqu’Hélène retrouve son père à l’arrêt du car de La Teste-de-Buch, elle ne remarque pas immédiatement ce qui lui fait penser que ce père lui est étranger. Au bout de quelques minutes, elle comprend enfin que, sans sa moustache, son père n’est plus son père. Une moustache portée depuis l’âge de 20 ans… forcément ça laisse, en lieu et place, un « rectangle de peau » bien « blanche » ! Ceci ne suffira pas toutefois à le protéger de ses ennemis qui sauront bien le retrouver.
Des Russes désargentés qui tentent de survivre
Après la Révolution de 1917, les Russes blancs affluent à Paris. Les hommes se font chauffeurs de taxi, les femmes brodeuses ; les jeunes filles peuvent, quant à elles, devenir mannequins, comme la comtesse Grabbe pour la couturière Schiaparelli.
Des Russes désargentés qui retournent au pays
A l’été 1946, Staline fait les yeux doux, aux émigrés proclamant une amnistie générale les concernant. Certains y croient… D’autres pas ! Ceux qui y croient embarquent sur des bateaux où tout est prometteur. De jeunes femmes soviétiques maquillées et sympathiques font escorte aux familles qui ont choisi de revenir au pays. Toutefois, à l’arrivée, elles retirent « leur maquillage » et nouent des fichus sur leurs têtes. Pas bon signe du tout ! Et de fait, la fin du voyage se fait aux sons des aboiements des chiens et non plus, comme au départ, au son de la balalaïka !
Kolkhoze, en bref
« Faire kolkhoze », chez les Carrère, c’est faire lit ou chambre commun(e) mère-enfants, lorsque le père est parti en voyage d’affaire.
Faire une biographie de la mère chez les Carrère, c’est réaliser un bel hommage au père de famille, élégant, féru de généalogie, patient, plein d’humour…
Bref, c’est réaliser ,qu’à côté de la grande dame, a vécu, pendant des années, un Grand monsieur !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Carrère E., Kolkhoze, P.O.L., Paris, 2025, 558 pages

