Elle a bouffé du lion, Josette, avant d’écrire un ouvrage plein de conseils beauté !
101 trucs de beauté, 101 trucs pour vaincre la constipation ou l’insomnie, 101 trucs pour maigrir, la très prolixe Josette Lyon, rédactrice en chef adjointe et éditorialiste « d’un grand mensuel de presse féminine » (des années 1970) n’est jamais à sec, lorsque s’il s’agit de nous servir des cocktails rafraichissants permettant de retrouver ligne et beauté.1
Il est amusant de découvrir ce genre d’ouvrages en brocante et de se plonger dans la lecture de ces concentrés de conseils beauté.
Certains conseils nous montrent que tout a changé ; d’autres nous montrent que rien ne change. Les mêmes questions se posent… éternellement !
L’éternelle question de la pénétration… ou pas…
Josette Lyon nous accueille sur la notion qui continue à titiller les consommateurs et les acteurs du domaine cosmétique. « Absorber », « pénétrer » « en profondeur » ! Que faut-il savoir de ce phénomène de passage transcutané. Vrai ou faux. Info ou intox ?
Et Josette d’évoquer ces sous-produits de la chimie des pétroles, qui restent en surface et ne décollent pas de la surface cutanée.
Et Josette d’évoquer ces « produits actifs », qui, selon l’excipient choisi, pourront être absorbés plus ou moins sérieusement par la peau. Josette, fine mouche, pointe du doigt quelques exhausteurs de pénétration, comme l’alcool (comprendre l’éthanol), les glycols ou les tensioactifs. Et de nous donner des noms de substances susceptibles de traverser les différentes couches cutanées à savoir les hormones sexuelles, les extraits placentaires, dès lors qu’ils ont été hydrolysés, les métaux lourds… Autant d’ingrédients ou de polluants qui ne semblent pas effrayer outre mesure Josette.
Après nous avoir fait rêver d’une crème aux œstrogènes, qui, chez une personne qui s’en est badigeonnée au niveau du cuir chevelu, va aller stimuler « les ovaires et les glandes mammaires » (on n’invente rien, c’est écrit noir sur blanc page 12), Josette, qui semble irritée par notre insistance à en savoir plus sur le phénomène de pénétration, nous cloue le bec de façon péremptoire. « Mais l’absorption est un faux problème. Elle n’est pas utile » !
Etonnant ! En posant la question du passage transcutané, en début d’ouvrage, on avait l’impression, au contraire, que cette question était cruciale, centrale !
L’éternelle question de la compréhension… ou non des compositions
Comme de nos jours, les étiquettes d’antan constituaient déjà un casse-tête pour la consommatrice de base qui n’est pas « chimiste » et qui ne sait pas si telle ou telle substance est intéressante, ni si elle est suffisamment et bien dosée.
Et Josette de s’attaquer aux produits « naturels », « pas forcément plus inoffensifs ou plus efficaces qu’un produit de synthèse bénéficiant des plus récentes recherches cosmétiques ».
Et Josette de préciser que le choix d’un produit solaire ne se fait pas à l’aveugle, mais bien plutôt en vérifiant la valeur de son « coefficient de protection ».
L’éternelle question de la conservation
Josette n’est guère optimiste en ce qui concerne la durée de conservation des produits cosmétiques. En se dégradant, certains produits deviennent « irritants » ; ils peuvent en, outre, se transformer en de véritables « bouillons de culture » !
L’éternelle question du sérum hyperconcentré
Josette Lyon consacre plusieurs pages de son ouvrage aux sérums conditionnés en ampoules. Des cosmétiques qui contiennent pour beaucoup du sérum de cheval,2 mais peuvent également contenir des extraits biologiques variés.
En ce qui concerne, le sérum de cheval, il est présenté comme un « agent de beauté complet ». Un sérum, qui a été mis au point par l’industrie cosmétique, après avoir fait le constat que les mains des employés des abattoirs ou de boucherie possédaient des mains de princesse ! Une peau fine, mais résistante, un beau « blanc rosé » !
Du sérum de cheval, on bondit vers le sérum de lapin, puis on passe aux embryons de poulets et au placenta…humain ! Le tout, sans dégoût aucun !
L’éternelle question du choix entre fond de teint et crème solaire
Josette Lyon commence par faire la peau à l’idée selon laquelle un fond de teint est forcément asséchant. Vieille croyance, qui date de formules anciennes, les « pan-cakes » utilisés, autrefois, au théâtre.
Et de nous démontrer que le fond de teint protège la peau de la pollution, qu’il peut être conservé lorsque l’on s’expose au soleil, mais que le mieux est certainement de lui substituer le binôme crème hydratante + produit solaire.
L’éternelle question de la protection solaire
Quel émerveillement de la part de Josette Lyon, qui titre au sujet des produits solaires « Quelques milligrammes de substance font échec au soleil » ; il faut dire que les produits solaires n’en sont alors qu’à leurs balbutiements. Josette estime que les filtres UV sont alors incorporés à des doses comprises entre 1 et 10 %, ce qui explique, a posteriori, les faibles indices affichés. Josette énumère les galéniques alors disponibles (huiles, lotions, gels, crèmes, laits, mousses) et constate qu’il existe également des produits « sans filtre », qui sont destinés « aux fanas du bronzage intensif ». Avec elles, « l’huile de coco, l’huile d’olive ou la crème à traire les vaches », on peut « brunir impunément » ! Ensuite, il ne reste plus qu’à imiter « le poulet à la broche », en exposant « tour à tour chacune de ses quatre faces ».
Josette nous parle également de « produits solaires plus », à savoir des produits solaires qui associent à leur fonction protectrice une fonction traitante, du fait de la présence d’actifs anti-âge, comme le collagène ou d’actifs apaisants, comme « l’allantoïne »,3 « qui évite ou atténue la cuisson » ! Des substances « hydratantes » ou « regraissantes » peuvent également apporter un petit plus dans ce genre de formules.
On nous parle donc déjà de produits 2en1, alliant protection et soin.
L’éternelle question du brossage des dents
Josette Lyon n’en a que pour la brosse à dents, qui doit posséder de longs poils pour pouvoir s’insinuer entre les dents, des poils synthétiques, en nylon ou en polyamide, si possible. Les poils de sanglier ne séduisent pas Josette qui leur préfère le tout synthétique !
Le dentifrice est plutôt présenté par Josette comme un accessoire, qui doit être le moins mauvais possible, plutôt que comme la pièce maîtresse d’une bonne hygiène bucco-dentaire. L’idée est de le choisir, ni trop acide, ni trop abrasif… pour le reste c’est le geste qui compte !
L’éternelle question du massage du cuir chevelu
Pour obtenir un effet précis, il suffit de savoir masser selon Josette. Et Josette d’emprunter, à des « dermatologues sceptiques », la très malicieuse sentence : « Mieux vaut un massage sans produit qu’un produit sans massage » !
On en revient à l’idée d’un brossage soigneux à l’eau pure qui serait supérieur à un brossage négligé avec une pâte dentifrice.
Mes 101 meilleurs trucs de beauté, en bref
101 trucs de beauté… ce n’est pas rien ! Si avec tout cela on ne se sent toujours pas en beauté, Josette se montre sévère… « Demandez de l’aide à un docteur en psy, et jetez ce livre. Il ne peut rien pour vous. »
101 trucs de beauté qui nous montrent que les produits solaires à base d’actifs anti-inflammatoires ne datent pas d’hier. 101 trucs de beauté qui nous montrent que l’histoire des cosmétiques doit être bien maitrisée, si l’on ne veut pas s’ébaudir devant des produits qui existaient déjà il y a 50 ans !
Bibliographie
1 Lyon J., Mes 101 meilleurs trucs de beauté, Hachette, 1975, 250 pages
2 Les sérums, que d’eau, que d’eau ! | Regard sur les cosmétiques
3 Couteau C, Chauvet C, Paparis E, Coiffard LJ. Influence of certain ingredients on the SPF determined in vivo. Arch Dermatol Res. 2012 Dec;304(10):817-21.

