Du whisky plein les verres, de l’eau plein les baignoires !
Tout commence par une visite du commissaire Charon à Sophie Emel.1 Cette jeune femme, bien connue du grand public, qui saute en parachute et est pilote de course, partage sa vie avec Lélia, une chanteuse de cabaret. On lui annonce, tout à coup, que sa grand-mère, Juliette Viou, âgée de 79 ans, refuse de quitter son domicile, pourtant voué à la destruction. On lui précise que l’on a besoin d’elle pour ramener la vieille femme à la raison, car celle-ci menace de se défenestrer ! Va commencer une cohabitation difficile entre deux femmes qui se ressemblent trop ! Deux femmes au cœur sec, qui ne connaissent pas ce que le mot pitié signifie !
Une vie tumultueuse !
Chez Sophie, on se couche tard, très tard, trop tard. On se lève tard. On mange à des heures impossibles. On boit sec, en laissant traîner les verres sales derrière soi. Des verres sales et des « bouts de cigarettes marqués de rouge à lèvres ».
Lélia, des bains pour se requinquer !
Cette belle jeune fille au teint pâle aime prendre des bains (on le mentionne 3 fois) et se balader nue dans l’appartement de Sophie. C’est d’ailleurs en tenue d’Eve qu’elle fait connaissance avec Juliette ! Elle prend, entre autres, des bains pour soigner ses gueules de bois… Louise, la bonne, lui conseille plutôt une « douche froide pour activer la circulation ».
Lélia semble être faite pour le malheur. Après avoir été en couple avec un homme violent, elle a vécu un conte de fées, en séduisant l’héritier d’une « des plus célèbres fabriques de parfums de France ». Un accident d’avion a brisé le beau rêve et le jeune homme, à peine décédé, la jeune femme a été expulsée de l’appartement de ce dernier, avec juste quelques vêtements sur le dos ! Heureusement, elle a croisé le chemin de Sophie ! Enfin… heureusement… vite dit, car Sophie n’hésite pas à la rudoyer !
Sophie, des bains pour se requinquer aussi !
Cette belle jeune fille aime prendre des bains (on le mentionne à 2 reprises dans le roman). Un bain « prolongé » parfois !
Un peu perverse, cette jeune femme, qui avoue à sa grand-mère son premier fait d’arme… Son premier amant fut, en effet, son beau-frère (le mari de sa sœur jumelle Adrienne), alors qu’il n’était encore que fiancé. Un matin, Sophie était allée le retrouver dans son appartement, alors qu’il venait de « prendre son bain » et qu’il embaumait « l’eau de Cologne ». Sophie se souvient parfaitement de la scène, y compris de la « tache de talc ou de poudre près de son oreille » !
Juliette, des bigoudis sur la tête
Cette charmante vieille dame, vêtue de noir, pose des « bigoudis » en « étain » sur sa tête, pour faire friser ses cheveux. Elle semble bien inoffensive comme cela. Et pourtant… elle connaît les mots qui font mouche !
Une histoire de salle de bain
La vieille grand-mère est « rangée » dans un débarras. Reste le problème de la salle de bains que Sophie répugne à partager avec l’aïeule qui la dégoûte un peu. Le problème est évoqué page 51… par la suite, on en n’entend plus parler. La veille femme ne prenant, visiblement, ni douche, ni bain.
Une histoire de pieds sales
Louise, la bonne, devient la confidente de Juliette. Elle lui apprend ainsi que Sophie héberge régulièrement toutes sortes de personnages étranges. Cela dure quelques jours ou quelques mois avant de casser. Avant Lélia, c’était le tour d’une gitane aux « pieds sales », qui « n’a pas pris un bain pendant les trois mois qu’elle a passés ici… » !
Une histoire de pharmacien un peu louche
Ce pharmacien, ayant dû céder son officine, après avoir succombé à l’amour de la boisson, traînait dans les mêmes bars que ceux fréquentés par Juliette et son premier mari (par parenthèse, Sophie est issue du deuxième mariage) ; c’est lui qui fournissait Juliette en « pilules » miracles (dont il ne fallait toutefois pas abuser en matière de posologie !). C’est ce pharmacien, dit Le Doc, qui est à l’origine du décès du mari de Juliette, celle-ci ayant forcé sur la dose, un soir où son époux en réclamait toujours plus !
Et des odeurs de parfums féminins
Georges Simenon évoque ici un monde décalé, où l’on vit la nuit et où les femmes ne sortent qu’en « robe de cocktail », toutes embaumées de « parfum » !
La vieille, en bref
Dans ce roman le whisky se boit sec, sans une goutte d’eau. Les baignoires, quant à elles, se remplissent d’eau, tous les jours, pour faire peau neuve ! Sophie, en rencontrant sa grand-mère, se retrouve face à son double. L’une et l’autre sont faites du même bois. Qui l’emportera ? La plus expérimentée, pardi. Juliette, qui sautera par la fenêtre !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Simenon G., La vieille, Le monde de Simenon, Le Monde, 2025, 206 pages

