Du bon choix d’un nom de marque, de gamme !

Lorsque l’on cherche à créer une nouvelle marque, il peut être nécessaire de s’asseoir quelques minutes afin de réfléchir. Attention, aux effets de mode, attention à ne pas employer le nom d’un ingrédient qui pourrait, c’est possible, ou qui est, c’est sûr et certain, interdit.

Dans le cas où l’on choisit un nom de marque qui s’inspire du nom d’un ingrédient, il faudra être visionnaire si l’on veut être sûr que dans 100 ans l’ingrédient choisi ne sera pas interdit, critiqué, moqué…

Dans le cas où l’on choisit un nom de produit qui met en avant un ingrédient, il est indispensable de lire attentivement tout le contenu de l’Annexe II du Règlement (CE) N°1223/2009, l’Annexe II correspondant à la liste des substances interdites… si l’on ne veut pas faire de bêtises.

Démonstration !

Cas de Borotalco

La marque italienne est née dans une officine, en 1878. Elle existe toujours de nos jours, ce qui mérite une mention spéciale.

Le pharmacien titulaire, un dénommé Henry Roberts, formule alors un produit baptisé Boro-talcum, adapté à toutes sortes de besoins. Il met, en fait, sur le marché un produit très courant à l’époque, c’est-à-dire un talc boraté (ou boriqué et, pour le savoir, il faudrait avoir accès à la formule d’origine), utilisable aussi bien pour l’hygiène des bébés, que pour le soin de la peau des adultes.1 Si ce produit multifonctions est très à la mode, il n’est, toutefois, pas totalement sûr d’emploi, comme en témoignent les papiers parus dans la littérature scientifique dans les années 1950. Les cas d’intoxication à l’acide borique existent bel et bien et permettent de se rendre compte, du fait des cas évoqués, que cet ingrédient ne convient pas à un jeune public2 et ce d’autant plus que certaines intoxications s’avèrent fatales.3 Et pourtant, pendant longtemps, malgré les effets indésirables observés après application de talc boraté sur des fesses excoriées,4,5 on continue à trouver ce type de dérivé de bore dans les talcs utilisés pour le change des nourrissons. Et l’on s’en alarme !6

Un ingrédient dangereux dans un talc pour bébé… L’affaire n’est close qu’en 2019 avec l’interdiction définitive de cet ingrédient dans les cosmétiques.7

Si d’un point de vue de la mémoire, l’histoire de la marque Borotalco est intéressante, du fait de sa longévité, subsiste un problème… le nom de la marque faisant nettement référence à la présence d’un dérivé de bore dans un talc.

Un talc qui, de nos jours, du moins si l’on en croit les compositions trouvées sur le net, ne contient plus – et c’est normal – de dérivé de bore,8 mais continue à porter un nom qui pèse lourd pour qui possède un peu de mémoire cosmétique.

Attention donc !

Cas de la crème Sélénium

Cytolnat Sélénium est une drôle de crème hydratante anti-âge. Son nom fait tiquer, dans la mesure où le sélénium, clairement revendiqué, fait partie de la liste des substances interdites (voir à ce propos Annexe II, n°297 du Règlement (CE) N°1223/2009).9 Un sélénium que l’on ne retrouve pas dans la liste des ingrédients apposée sur l’emballage, mais qui est, tout de même, présent dans la formule, apporté par une algue du nom de Thalassiosira pseudonana. Une algue, qui nous est présentée, sur le site de la marque, comme étant « riche en sélénium »10… et qui, finalement, n’est tolérée ici que parce que la quantité de sélénium apportée est considérée comme faible et constitue ce que l’on appelle une trace, une impureté !

Choisir un nom de marque, de gamme, en bref

Un bon moment à passer… une réflexion qui doit tenir compte du passé. Surtout, ne pas trop se mouiller en matière d’ingrédients utilisés, l’innocuité des ingrédients étant un concept loin de s’appuyer sur le roc !

L’idéal est sûrement d’utiliser un nom de famille… Les Guerlain, Buly, Violet… pourraient certainement nous en dire long sur la question !

Bibliographie

1 BORATED talcum powders. Br Med J. 1955 Aug 20;2(4937):482-3

2 Skipworth GB, Goldstein N, McBride WP. Boric acid intoxication from « medicated talcum powder ». Arch Dermatol. 1967 Jan;95(1):83-6

3 Young EG, Smith RP, Macintosh OC. Boric acid as a poison; report of six accidental deaths in infants. Can Med Assoc J. 1949 Nov;61(5):447-50

4 Goldbloom RB, Goldnloom A. Boric acid poisoning; report of four cases and a review of 109 cases from the world literature. J Pediatr. 1953 Dec;43(6):631-43

5 Simpson W. Reported Cases of Boric Acid Poisoning. Can Med Assoc J. 1961 Apr 29;84(17):963

6 Baliah T, MacLeish H, Drummond KN. Acute boric acid poisoning: report of an infant successfully treated by peritoneal dialysis. Can Med Assoc J. 1969 Aug 9;101(3):166-8.

7 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/l-acide-borique-le-loup-dans-la-bergerie-1102/

8 https://www.docmorris.fr/fr/borotalco-talc-en-poudre-200g/p-204961?srsltid=AfmBOoqJu6Nc6Yk_fGdQOfbGe-HEYbpjIZZu7E_8IRSzgA7J-UpeU1Ng

9 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/82093

10 https://cytolnat.com/produit/cytolnat-selenium/