Nos regards
Dessine-moi le cosmétique 2018

> 01 janvier 2018

Dessine-moi le cosmétique 2018 En cette période du nouvel an, on dresse des bilans, on formule des vœux… au niveau personnel, au niveau professionnel... Pour notre part, nous avons choisi de commencer l’année 2018 par un bilan et par des vœux cosmétiques...

Rappelle-moi ce qu’était le cosmétique en 2017 ? C’est un produit soumis à une réglementation européenne. Le cosmétique en 2017 est un produit de santé qui possède une définition bien précise. Le Règlement (CE) N°1223/2009 nous indique son lieu d’application : les différentes parties superficielles du corps humain (épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes), mais aussi les dents et les muqueuses buccales. Il nous dit également quelles sont ses fonctions : nettoyer, parfumer, modifier l’aspect, protéger, maintenir en bon état ou corriger les odeurs corporelles. En revanche, on ne dispose d’aucune définition légale pour le dermocosmétique français ou son homologue américain, le cosméceutique (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/au-fait-c-est-quoi-un-cosmetique-172/).

C’est aussi un produit victime de nombreuses critiques et sources de multiples polémiques. Substances préoccupantes, ingrédients toxiques, perturbateurs endocriniens, matières premières cancérigènes, les polémiques vont bon train concernant la composition de ce type de produits que nous utilisons quotidiennement.

La mise en accusation des parabens ne faisant plus recette - il est maintenant clairement établi que ces conservateurs sont sûrs et efficaces (et ce même à faible dose) - les associations de consommateurs se tournent désormais vers d’autres ingrédients afin de les discréditer aux yeux d’un public qui ne sait plus trop quoi penser.

Les dérivés de la chimie des pétroles, des ingrédients nés au début du XIXe siècle, constituent une cible de choix au point que nos députés se trouvent obligés, dans la hâte et la précipitation, de rédiger une proposition de loi assez surréaliste (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/des-deputes-qui-ne-doivent-pas-etre-constipes-pour-une-loi-qui-sera-vite-enterree-442/). La paraffine y est diabolisée… présentée comme hautement toxique, alors qu’elle constitue l’ingrédient de base d’un certain nombre de spécialités médicamenteuses laxatives. Pour exemple, la posologie de l’huile de paraffine Cooper (médicament ne renfermant que de l’huile de paraffine sans aucun autre additif) chez l’adulte est de 1 à 3 cuillérées à soupe par jour (soit 15 mL trois fois par jour)… On est bien loin de la quantité infime de paraffine (solide ou liquide) susceptible d’être ingérée suite à l’application d’un baume à lèvres ! Rappelons au passage que l’intérêt de ces ingrédients réside dans le fait qu’ils ne sont absorbés ni par la muqueuse intestinale ni par la barrière cutanée (donc absence d’effets systémiques)…

Les perturbateurs endocriniens font également l’affaire. Ils sont partout et, bizarrement, ils semblent se concentrer dans les pots et les flacons qui envahissent les étagères de nos salles de bains. Pêle-mêle, on nous cite les parabens, l’EDTA, le triclosan, le BHT, le phénoxyéthanol, l’éthylhexyl méthoxycinnamate, les benzophénones… On oublie systématiquement de quantifier l’effet produit… On oublie intentionnellement tous les ingrédients d’origine naturelle qui sont présentés comme des ingrédients sûrs d’un point de vue toxicologique. Afin de remettre les choses à leur place nous indiquerons que là où les parabens sont des millions de fois moins oestrogéniques que le 17-béta estradiol, les phyto-oestrogènes de soja ou de kudzu le sont seulement 100 fois moins (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ces-molecules-qui-perturbent-le-milieu-cosmetique-106/ ; https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-racine-de-kudzu-un-exemple-vegetal-a-effet-oestrogenique-reconnu-107/). Le houblon, quant à lui, renferme la 8-prénylnaringénine (8-PN), l’un des phyto-oestrogènes les plus puissants (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-houblon-une-source-de-phyto-oestrogenes-373/). Un changement de paire de lunettes s’impose donc pour qui ne fait pas le distinguo entre les différentes catégories de perturbateurs endocriniens.

Dis-moi ce que tu souhaites pour le cosmétique 2018 ? Plutôt que d’accuser, à tous crins, au hasard, à tort et à travers, les ingrédients cosmétiques, apprenons à ne pas nous tromper d’ennemis. Méfions-nous des ingrédients omniprésents dans des cosmétiques où ils n’ont absolument rien à faire. L’alcool cytotoxique, délipidant, asséchant et exhausteur de pénétration ne sera pas le bienvenu dans des produits appliqués quotidiennement. De la même façon, les filtres UV incorporés de manière très abusive dans des produits aussi variés que les gels douche, les parfums, les crèmes hydratantes ou les produits de maquillage seront regardés avec une grande circonspection. On les recherchera, en revanche, dans les produits de protection solaire où l’on aimera les retrouver nombreux et en tête de liste dans le cas des produits affichant de hauts indices !

Plutôt que de vouloir formuler des produits sur-mesure (l’on voit actuellement se multiplier ce type de boutiques où l’on réalise un diagnostic de peau et où l’on formule – dans quelles conditions ? – un produit qui est présenté comme unique), plutôt que de vouloir s’amuser à jouer les responsables Recherche & Développement dans sa cuisine à l’aide de matières premières de qualité douteuse sous prétexte que « C’est moi qui l’ai fait, c’est bon pour ma peau car je sais ce que j’ai mis dedans », sachons faire la part des choses et repérer le produit qui nous convient le mieux.

Côté hygiène, selon notre type de peau et selon notre sensibilité l’on se tournera vers un savon (un vrai) si l’on aime à se récurer à l’ancienne, vers un syndet (ou savon sans savon ou pain dermatologique), vers un lait nettoyant ou vers une eau micellaire si l’on souhaite se laver en douceur. De très nombreuses références sont là pour nous satisfaire !

Côté hydratation, côté maquillage, côté protection solaire, on fera de même et on n’hésitera pas à consulter notre blog avant de partir faire les achats.

Et si nous étions perdues en plein désert... Si nous étions, comme Saint-Exupéry, perdues en plein désert, avec un drôle de petit bonhomme très insistant qui ne cesserait pas de nous demander : « Dessine-moi le cosmétique 2018 », nous dessinerions, sans nul doute, un joli emballage qui contiendrait le cosmétique de nos rêves, adaptable à chacun d’entre nous. Ce cosmétique existe… quel que soit le budget. Il suffit de le chercher en grandes et moyennes surfaces, en institut, en officine…

Pour 2018, nous vous souhaitons plein de bonheur et de belles aventures cosmétiques que vous soyez consommateurs ou concepteurs de produits cosmétiques !

Et merci à Jean-Claude Albert Coiffard, poète et plasticien, qui, grâce à son illustration du jour, redit "BONNE ANNEE" à chacun d'entre vous et que vos vœux les plus chers se réalisent qui que vous soyez !






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