De mauvaises bonnes raisons en matière de photoprotection !

Il n’y a pas à tourner autour du pot… si l’on veut réduire l’incidence de survenue des cancers cutanés photo-induits, il faut réduire le niveau d’exposition aux UV. Pour ce faire, il convient de limiter les expositions aux UV (éviction solaire, port de vêtements protecteurs…) et s’il le faut d’avoir recours à des produits de protection solaire (PPS).1 Aujourd’hui, nous détaillons trois mauvaises raisons de ne pas utiliser de PPS (produits de protection solaire) !

Si l’on n’utilise pas de PPS, c’est parce que l’on veut bronzer !

C’est ce que nous indique cette publication intéressante datant de 2013, l’un des freins à la photoprotection est l’envie de bronzer. Les personnes qui souhaitent revenir de vacances bronzées développent ainsi une véritable aversion pour les PPS qui contrecarreraient leur souhait.2 Un bronzage qui reste prisé dans de vastes régions du monde, la peau bronzée étant considérée par la majorité des individus comme une peau attrayante et saine.3 Attrayante, peut-être… Saine… pas pour longtemps !

Il faut toutefois préciser que, si la prévention du bronzage constitue un obstacle pour certains, il s’agit, en revanche, d’un gros avantage pour d’autres. En Asie du sud-Est par exemple, le colorisme n’est pas un concept en l’air, mais une réalité qui pousse les populations à mettre en œuvre toutes sortes de moyens, afin d’obtenir la peau la plus claire possible. En questionnant les utilisateurs quotidiens de crèmes solaires, on se rend compte alors que leur motivation n’est pas liée à la santé, mais plutôt à l’esthétisme.4

Même si l’industrie nous dit qu’il est possible de bronzer en utilisant un PPS (cela dépend des pays où les PPS sont vendus !), ce n’est pas le cas et ce d’autant plus que l’on utilise un PPS à fort indice. Encore faut-il appliquer le produit en bonne quantité, suffisamment souvent…

Si l’on n’utilise pas de PPS, c’est parce que ces produits sont gras

Si certains redoutent le toucher gras des PPS, certains s’en accommodent et font leur petite cuisine, comme le prouve une étude thaïlandaise, témoin du mésusage concernant les crèmes solaires aboutissant à une diminution d’efficacité. Les crèmes solaires, étant jugées grasses, sont parfois ôtées avec du papier absorbant… La conséquence est tout à fait prévisible, avec une réduction du SPF dans le cas du retrait d’une partie du PPS.5 On peut noter que la recherche d’un toucher sec agréable est universellement réalisée et que le toucher gras déplaisant6 constitue un frein à l’utilisation de PPS pour certaines personnes.7-8

Si l’on n’utilise pas de PPS, c’est parce que l’on ne veut pas perturber son microbiote

Il semble que certaines personnes pensent que l’utilisation d’une crème solaire peut perturber leur flore cutanée, en permettant le développement de germes comme Cutibacterium acnes. Il n’en est rien, nous disent des chercheurs brésiliens, qui ont réalisé une étude sur 6 volontaires âgés de 19 à 23 ans. Afin de savoir la façon dont réagirait la peau en cas d’application d’une préparation renfermant des filtres UV comme l’éthylhexylméthoxycinnamate, l’éthylhexylsalicylate, le méthylanthranilate et l’octocrylène incorporés dans une préparation (SPF obtenu d’environ 30), les volontaires se sont vus appliqués quotidiennement, pendant 10 jours, sur une surface de 15 cm2 une dose de PPS correspondant à la dose appliquée en laboratoire dans le cadre de l’étude de l’efficacité des PPS (soit 2 mg/cm2). Résultat : pas de dysbiose observée !9 La critique que l’on peut faire concernant cette étude est en lien avec l’excipient utilisé, une formule-maison qui ne correspond pas à une formule trouvée sur le marché. On peut également critiquer la faible taille de l’échantillon et la courte durée d’application, qui ne permet pas de se rendre compte de l’impact à long terme de ce type de cosmétiques.

Il est toutefois important de préciser qu’il est indispensable de se protéger des UV lorsque l’on souffre d’acné et ce, d’autant plus, que l’on est sous traitement photosensibilisant.10 On recommandera une crème solaire adaptée, non comédogène, surtout pas teintée,11 contrairement à ce que préconisent certains dermatologues, dans la mesure où l’on n’applique pas sa crème solaire et sa crème teintée de la même manière (dose d’application beaucoup plus faible), ni à la même fréquence.

Il est cependant indispensable de choisir une formule dont l’excipient est adapté. En effet, l’on sait que certains excipients sont responsables d’acné cosmétique.12

Les mauvaises bonnes raisons, en bref

Il est important de garder à l’esprit qu’un PPS n’est pas un cosmétique comme un autre. Un bon PPS empêche de bronzer… c’est le prix à payer pour une protection efficace et large. Un PPS est souvent de texture peu agréable… c’est le prix à payer lorsque l’on utilise des formules riches en filtres, ne renfermant pas un gramme d’alcool. Un PPS doit être adapté à sa cible et ce d’autant plus que l’on recherche des excipients à caractère non comédogène.

Il n’existe pas de bonnes raisons de ne pas se protéger lorsque l’on s’expose aux UV, de la même façon qu’il n’existe pas de bonnes raisons de se protéger lorsque l’on ne s’expose pas aux UV.

Toujours garder à l’esprit que dans le domaine de la protection solaire, on doit raisonner en matière de bénéfices/risques, ce qui ne fait pas de ce produit un cosmétique banal !

Bibliographie

1 Garbe C, Forsea AM, Amaral T, Arenberger P, Autier P, Berwick M, Boonen B, Bylaite M, Del Marmol V, Dreno B, Fargnoli MC, Geller AC, Green AC, Greinert R, Hauschild A, Harwood CA, Hoorens I, Kandolf L, Kaufmann R, Kelleners-Smeets N, Lallas A, Lebbé C, Leiter U, Lim HW, Longo C, Malvehy J, Moreno D, Pellacani G, Peris K, Robert C, Saiag P, Schadendorf D, Peter Soyer H, Stockfleth E, Stratigos A, Uhara H, Vieira R, Volkmer B, Weinstock MA, Whitaker D, Zalaudek I, Whiteman DC, Brochez L. Skin cancers are the most frequent cancers in fair-skinned populations, but we can prevent them. Eur J Cancer. 2024 Jun;204:114074

2 Piérard-Franchimont C, Hermanns-Lê T, Plérard GE, Delvenne P. L’addiction au soleil, son estocade et la parade des crèmes solaires [Sun addiction, its death blow and the multitude of sunscreens]. Rev Med Liege. 2013 May-Jun;68(5-6):321-5

3 Morita A, Lim HW, Passeron T, Goh CL, Kang HY, Ly F, Ocampo-Candiani J, Puig S, Schalka S, Wei L, Demessant AL, Le Floc’h C, Kerob D, Dreno B, Krutmann J. Attitudes and behaviors regarding sun exposure in Japan compared to Europe and North America. J Dermatol. 2024 Jul;51(7):1004-1009

4 Poondru S, Gaurav A, Yang LJ, Kundu RV. Perceptions of Sun Protection, Skin Tone, Colorism, and Dermatologic Care Among South Asians in the USA. J Racial Ethn Health Disparities. 2024 Apr 24

5 Sampattavanich N, Chandayani N, Intarasupht J, Nakakes A. An in vivo study to evaluate the influence of oil blotting paper on the efficacy of sunscreen. Photodermatol Photoimmunol Photomed. 2021 Jul;37(4):324-328

6 Calixto LS, Maia Campos PMBG, Picard C, Savary G. Brazilian and French sensory perception of complex cosmetic formulations: a cross-cultural study. Int J Cosmet Sci. 2020 Feb;42(1):60-67

7 Vollhardt J, Marchini M. What Are the Options Beyond SPF 50+? A View on Consumer Behavior and the Sensory Features of Sunscreens. Curr Probl Dermatol. 2021;55:112-123

8 Addor FAS, Barcaui CB, Gomes EE, Lupi O, Marçon CR, Miot HA. Sunscreen lotions in the dermatological prescription: review of concepts and controversies. An Bras Dermatol. 2022 Mar-Apr;97(2):204-222

9 Arantes AB, Rosa RT, de Oliveira NS, Bianchini LF, Rached RN, Johann ACBR, Weber SH, Murakami FS, Maluf DF, Rosa EAR. Facial disbiosis and UV filters. Arch Dermatol Res. 2024 Nov 5;316(10):739

10 Conforti C, Giuffrida R, Fadda S, Fai A, Romita P, Zalaudek I, Dianzani C. Topical dermocosmetics and acne vulgaris. Dermatol Ther. 2021 Jan;34(1):e14436

11 Piquero-Casals J, Morgado-Carrasco D, Rozas-Muñoz E, Mir-Bonafé JF, Trullàs C, Jourdan E, Piquero-Martin J, Zouboulis CC, Krutmann J. Sun exposure, a relevant exposome factor in acne patients and how photoprotection can improve outcomes. J Cosmet Dermatol. 2023 Jun;22(6):1919-1928

12 Breakell T, Kowalski I, Foerster Y, Kramer R, Erdmann M, Berking C, Heppt MV. Ultraviolet Filters: Dissecting Current Facts and Myths. J Clin Med. 2024 May 19;13(10):2986