De l’eau de javel, pour traiter ou décolorer !

On a vu précédemment que le recours à de l’eau de Javel diluée en matière d’antisepsie de la peau était recommandé par des dermatologues dans le cadre de la prise en charge de la dermatite atopique.1 Il nous a paru intéressant de continuer notre enquête concernant cette eau de Javel qui, de produit ménager à manipuler avec prudence, se transforme en médicament à faire couler dans son bain.

On a pu constater que le cas de l’atopie est à part, puisque l’on ne trouve que très peu de bibliographie traitant de l’intérêt (ou pas) de l’eau de Javel en tant que principe actif !

Dans le cadre de la prise en charge des douleurs en cas d’hidradénite suppurée

L’hidradénite suppurée est une maladie inflammatoire chronique, caractérisée par des nodules douloureux et profonds, des abcès et des fistules cutanées, localisées au niveau des aisselles, de l’aine, de la région génito-anale ou sous-mammaire.2 La douleur liée à ces troubles cutanées altère considérablement la qualité de vie des patients, car elle est importante et souvent mal prise en compte.3

Une étude intéressante, parue en 2020, classe le bain d’eau de Javel à la traîne par rapport aux autres techniques utilisées couramment par les patients atteints de cette maladie, afin de soulager des douleurs. Les bains de Javel et les bains de siège sont testés, mais jugés peu convaincants par les patients, qui plébiscitent, en revanche, le recours à des compresses chaudes.4 Il est à noter que cette pathologie, qui occasionne des souffrances physiques et morales, n’est diagnostiquée que tardivement, ce qui explique sans doute pourquoi l’on trouve un certain nombre de pratiques non médicamenteuses parfois surprenantes utilisées pour traiter les lésions et apaiser la peau. L’eau de Javel figure dans la liste des « moyens du bord », avec les sels d’Epsom (solution de sulfate de magnésium)5 le Vicks® VapoRub, l’huile essentielle d’arbre à thé et l’hamamélis.6 Pour autant, aucun de ces moyens n’est jugé vraiment fabuleux en matière de résultats obtenus.

Dans le cadre de la pachyonichie congénitale

Dans le cadre de la prise en charge de cette affection caractérisée par une dystrophie unguéale hypertrophique, une kératodermie palmoplantaire douloureuse, avec formation de bulles, une leucokératose buccale, des kystes pilosébacés (dont des stéatocystomes et des kystes pilo-vellus), une hyperhidrose palmoplantaire et des kératoses folliculaires sur le tronc et les extrémités, les bains d’eau de Javel diluée sont présentés comme un moyen d’éviter l’infection.7

Dans le cadre du syndrome Hyper-IgE

Le syndrome d’hyper-IgE, associé à STAT3 (STAT3-HIES), est une pathologie caractérisée par une élévation du taux d’IgE sériques, un eczéma et des infections cutanées et respiratoires récurrentes. Afin de limiter le risque d’infections cutanées, des bains d’eau de Javel sont recommandés par certains auteurs.8

Dans le cadre de l’épidermolyse bulleuse

Cette pathologie est associée à un prurit. Lorsque l’on interroge les patients sur les stratégies mises en œuvre pour lutter contre celui-ci on constate que les produits hydratants sous différentes formes galéniques constituent les moyens les plus cités. Les crèmes et les corticostéroïdes apparaissent comme les solutions les plus efficaces. A contrario, les bains d’eau de Javel ne sont que peu convaincants, dans la mesure où ils exacerbent la sensation de prurit.9

Dans le cadre de la dépigmentation cutanée

Sous différentes latitudes (Inde, Afrique), les populations en particulier féminines utilisent différentes préparations afin d’éclaircir leur teint. L’ammoniaque, le peroxyde d’hydrogène et l’hypochlorite de sodium (eau de Javel) constituent les produits chimiques les plus fréquemment employés, si l’on parle en produits chimiques et non pas en produits cosmétiques illégaux (ceux-ci renferment de l’hydroquinone ou des corticoïdes).10

L’eau de Javel, principe actif médicamenteux, en bref

Il semble bien que le cas de l’atopie soit assez original, tant l’on trouve de publications au sujet de son intérêt (ou pas) en matière de prise en charge de la surinfection des lésions d’eczéma. En ce qui concerne son emploi dans d’autres domaines, celui-ci n’est que rarement mentionné par les professionnels de santé et ne constitue qu’un moyen alternatif mis en place par les patients eux-mêmes. Enfin, dans le domaine de la dépigmentation DIY, cet ingrédient est utilisé. Il faut le savoir.

Bibliographie

1 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/bain-de-javel-et-atopie-pourquoi-pas-un-bain-de-pastis-aussi/

2 Sabat R, Alavi A, Wolk K, Wortsman X, McGrath B, Garg A, Szepietowski JC. Hidradenitis suppurativa. Lancet. 2025 Feb 1;405(10476):420-438

3 Savage KT, Singh V, Patel ZS, Yannuzzi CA, McKenzie-Brown AM, Lowes MA, Orenstein LAV. Pain management in hidradenitis suppurativa and a proposed treatment algorithm. J Am Acad Dermatol. 2021 Jul;85(1):187-199

4 Fernandez JM, Thompson AM, Borgstrom M, Orenstein LAV, Hsiao JL, Shi VY. Pain management modalities for hidradenitis suppurativa: a patient survey. J Dermatolog Treat. 2022 May;33(3):1742-1745

5 Chandrasekaran NC, Sanchez WY, Mohammed YH, Grice JE, Roberts MS, Barnard RT. Permeation of topically applied Magnesium ions through human skin is facilitated by hair follicles. Magnes Res. 2016 Jun 1;29(2):35-42

6 Poondru S, Scott K, Riley JM. Patient perspectives of wound care management in hidradenitis suppurativa. Arch Dermatol Res. 2023 Aug;315(6):1847-1850

7 Smith FJD, Hansen CD, Hull PR, Kaspar RL, McLean WHI, O’Toole E, Sprecher E. Pachyonychia Congenita. 2006 Jan 27 [updated 2017 Nov 30]. In: Adam MP, Bick S, Mirzaa GM, Pagon RA, Wallace SE, Amemiya A, editors. GeneReviews® [Internet]. Seattle (WA): University of Washington, Seattle; 1993–2026

8 Hsu AP, Davis J, Puck JM, Holland SM, Freeman AF. STAT3 Hyper IgE Syndrome. 2010 Feb 23 [updated 2020 Mar 26]. In: Adam MP, Bick S, Mirzaa GM, Pagon RA, Wallace SE, Amemiya A, editors. GeneReviews® [Internet]. Seattle (WA): University of Washington, Seattle; 1993–2026

9 Danial C, Adeduntan R, Gorell ES, Lucky AW, Paller AS, Bruckner AL, Pope E, Morel KD, Levy ML, Li S, Gilmore ES, Lane AT. Evaluation of Treatments for Pruritus in Epidermolysis Bullosa. Pediatr Dermatol. 2015 Sep-Oct;32(5):628-34

10 Jagadeesan S, Kaliyadan F, Ashique KT, Karunakaran A. Bleaching and skin-lightening practice among female students in South India: A cross-sectional survey. J Cosmet Dermatol. 2021 Apr;20(4):1176-1181