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De l’importance de la chevelure : épisode 1 avec O. Henry

> 06 janvier 2019

De l’importance de la chevelure : épisode 1 avec O. Henry

Nous sommes la veille de Noël… enfin pas nous, vous le savez bien… mais Della, l’héroïne d’une nouvelle de O. Henry.1

C’est une nouvelle… donc c’est court… donc nous ne savons que peu de choses sur Della… si ce n’est, quand même, quelques détails « cosmétiques » comme nous les aimons…

Au moment où nous la retrouvons dans son « petit meublé à 8 dollars la semaine », « elle se repoudre les pommettes » et est en train de se demander ce qu’elle va bien pouvoir offrir comme cadeau à son mari, Jim, avec seulement un dollar et quatre-vingt-sept cents !

Ce qui caractérise Della, c’est sa chevelure, à laquelle « le jeune couple tient comme à la prunelle de ses yeux ». Il faut dire qu’elle est belle, cette chevelure au point que « si la reine de Saba habitait en face, Della n’aurait qu’à mettre ses cheveux à la fenêtre comme cela, pour les laisser sécher, et les bijoux et les splendeurs de la reine de Saba pâliraient devant tant d’éclat. »

« A présent, les cheveux dénoués de Della ondulent et chatoient autour d’elle en magnifiques cascades brunes. Ils lui tombent jusqu’aux genoux et l’enveloppent presque toute entière. D’un geste nerveux, elle les torsade et refait rapidement son chignon. »

Pour Della, la décision est prise ; elle file directement à la boutique de Madame Sofronie dont l’enseigne indique clairement que là on vend « perruques et accessoires en tous genres ». Autant Della est svelte, jolie et avenante, autant « la Sofronie » est « affreusement grasse, blafarde et antipathique »… Della demande quel prix elle peut tirer de son trésor capillaire. « 20 dollars, annonce la Sofronie en soupesant les cheveux d’une main experte ». Contrats de nourrice, ventes d’ongles et de cheveux sont très répandus au XIXe siècle.2 On se souviendra des gestes désespérés de Fantine dans Les Misérables.3 Ici, chez O. Henry, c’est plus léger… beaucoup plus léger ! Dans la situation de Della, 20 dollars, c’est une somme ! Un montant suffisant pour acheter « une chaîne de montre en platine, élégante et épurée »…

De retour chez elle et malgré l’immense joie que lui procure son acquisition, Della prend brutalement conscience de l’ampleur du « désastre »… Armée de ses fers à friser, elle peut rapidement arborer des frisettes qui « lui donnent l’air d’un petit garçon »… à moins que Jim ne trouve qu’elle ressemble désormais à « une meneuse de revue »…

Justement, voilà Jim qui rentre. Le premier moment de surprise passé, on apprend de la bouche même de Jim qu’« il n’y a pas au monde de coup de ciseaux, de mise en pli ou de shampoing » capables « d’entamer leur amour ». Un petit paquet est destiné à Della. Elle le déballe ; il renferme trois peignes : « deux petits pour les bandeaux et un grand pour le chignon ». Ces peignes, en écaille de tortue, sont tout simplement magnifiques… mais aussi tout simplement inutiles ! Enfin… pas tout à fait pour longtemps… Della sait que ses cheveux poussent vite.

Il n’est pas question pour nous de vous livrer la chute de cette nouvelle… Seulement vous dire, qu’en conclusion, O. Henry parle des Rois Mages venus adorer un Enfant-dieu, né dans une étable… Et cela tombe particulièrement bien, puisqu’aujourd’hui, c’est l’Epiphanie, jour où les Rois Mages sont venus se prosterner dans la crèche et moment où, traditionnellement, l’on tire les rois... et donc où si vous êtes chanceux vous pourriez bien vous retrouver avec une couronne sur la tête !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui nous démontre, par son collage que, si Paris vaut bien une messe, une belle chevelure vaut bien une riche chaîne de montre !

Bibliographie

1 O. Henry. Le cadeau des rois mages, NordSud Ed., 2004, 26 p.

2 Cavais R. L’indisponibilité du vivant. Hypothèses, 2007, 1 (10) 391-402.

3 Hugo V. Les Misérables, 1862, Lacroix, Verboeckhoven et Cie Ed.

 






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