Dans l’esprit de Frédéric Dard, entre un suppo et un dépuratif !

Que c’est mignon… notre brave commissaire San-Antonio retrouve son professeur de français (de seconde et de première) dans l’opus intitulé Le coup du père François !1 Celui-ci demande, en effet, du secours à celui qui brille désormais dans le monde policier. Parti à l’hôpital pendant 2 mois, le brave homme retrouve, avec bonheur, son appartement (et sa pendule qui curieusement a été remontée !) et sa bonne odeur de… chats ! Avec un petit plus… une odeur de poudre ! Comme si quelqu’un s’était servi d’une arme à feu entre ces 4 murs ! Et quand on sait qu’en face se trouve le consulat « d’Alabanie », on commence à se dire qu’il y a, effectivement, quelque chose à creuser par-là ! Un crime a été perpétré par fenêtre interposé ! Le consul a dégusté ! Une fois celui-ci supprimé, les Alabanais rebelles ont pu se consacrer pleinement à leur mission qui consistait à tuer d’un seul et même coup le ministre des Affaires étrangères d’URSS et le chef de l’état français ! Heureusement pour eux, le commissaire est entré dans la danse au bon moment, permettant, avec l’aide de son ancien professeur, de réaliser l’un des plus beaux coups de filet de sa carrière.

La concierge du professeur, barbu comme Haddock

Elle nous est décrite de manière charmante, comme une « imposante dame rasée de frais ».

Le professeur, étourdi comme Tournesol !

Il ressemble, en matière d’étourderie, au professeur Tournesol, puisqu’il offre à son ancien élève, en guise de verre de l’amitié, une bonne dose de « dépuratif ». Comme mise en bouche… on fait mieux ! Par la suite, il continuera les méprises et offrira une préparation à base de « farine de lin », en lieu et place d’une bonne tasse de « cacao ». De quoi choquer les papilles gourmandes de San-Antonio qui ne goûte guère l’expérience : « […] l’idée ne vous viendrait pas de vous faire un cataplasme avec du Banania ? »

Et une histoire de cataplasme !

Pour remplacer l’expression « entre vous et moi », Frédéric Dard innove avec un « entre nous et votre cataplasme de farine de lin », qui témoigne de son appétit pour les formes pharmaceutiques anciennes.

Et une histoire de suppositoire !

San-Antonio a plus d’une occasion de s’énerver durant cette étrange aventure. Et ce d’autant plus qu’il s’irrite contre un lecteur auquel il prête de mauvaises intentions. « Est-il besoin de vous affirmer que je n’ai rien à fiche de vos objections et que vous pouvez les utiliser comme suppositoires ? »

Et deux histoires de suppositoire !

Frédéric Dard joue, ici, avec un plaisir non dissimulé, sur les mots, remplaçant joyeusement un mot pour un autre. C’est ainsi que le mot « supposition » est remplacé par le mot « suppositoire »… « Un suppositoire que tu te fasses prendre ».

Et une histoire de constipation

L’un des collègues de San-Antonio nous est dépeint, ici, sous des traits peu joviaux, puisqu’il nous apparaît avec une « figure de constipé résigné ». De la même façon, les personnalités croisées au consulat sont désignées sous le nom audacieux de « corps constipés » !

Et une histoire de dentifrice

Oui, le lecteur est trituré dans tous les sens ! « Eh bien d’accord, je vais vous le dire, mais si j’avise un incrédule je le transforme en pâte dentifrice, vu ? »

Et une histoire de shampooing

Là encore Frédéric Dard fait preuve d’inventivité cosmétique… Son héros San-Antonio a les nerfs à vif, durant tout le roman, ne supportant ni son lecteur, ni son chef… Il faut qu’il se retienne ce cher Antoine (oui, c’est bien le prénom de San-Antonio) de ne pas laver les cheveux de son directeur (ceci est d’autant plus facile que celui-ci est chauve) avec « le contenu de son encrier ». Ce n’est pas l’envie qui lui manque de réaliser ce type de « shampooing » ! Heureusement, la raison l’emporte et San-Antonio retrouve son calme.

Et une histoire de dermatologue !

Feu d’artifices d’expressions médicales ou médicamenteuses pour un San-Antonio en pleine forme, qui « manque de peau, comme disait un dermatologue à un brûlé du troisième degré ».

Et une histoire d’injection

Au Consulat d’Alabanie, rien ne va plus… Le consul a été tué ; il est retrouvé dans un fût de chaux (« Bérurier vient de me dire que le consul prenait un bain de chaux vive […] ») ! Pas vraiment vif, le pauvre homme ! Et le pauvre San-Antonio, qui tente de coffrer les assassins se retrouve prisonnier de ceux-ci et à deux doigts d’être zigouillé par une injection létale (« Je réalise que le contenu de la seringue c’est pas des vitamines ni du calcium. ») Heureusement, le collègue Bérurier veille au grain et arrache son patron des griffes de ses tortionnaires.

Et une histoire de regard dégoulinant de vaseline

Lorsque San-Antonio coule un œil à une jolie fille, il « lui vaseline » un « regard irrésistible », nous dit-il !

Et tout de même une jolie secrétaire

Yapaksa Danlhavvi a été la secrétaire de Pinaud, un des collègues de San-Antonio, lorsque celui-ci a tenté de travailler dans le privé. Une très jolie Alabanienne, gentiment parfumée (« Je suis chaviré par sa présence, par son parfum »), qui séduit, comme on peut facilement l’imaginer, un San-Antonio amateur d’aventures courtes et sans lendemain. Une jeune fille qui meurt brutalement d’une crise cardiaque, alors qu’elle était partie se refaire une beauté aux toilettes. « Au vestiaire, la môme me demande de l’excuser, because elle veut se recharger les labiales. » Le temps mis par la demoiselle interroge le commissaire qui trouve qu’il lui faut bien du temps pour se « repeindre la devanture » ! Mort naturelle… pour une fois comme l’assure le sieur Pinaud, qui connaissait la faiblesse cardiaque de son employée (un pharmacien lui avait, pour tout vous dire, administrer « un vulnéraire », suite à un malaise). On voit ici que Frédéric Dard travaille à l’oreille, car le terme vulnéraire s’applique (c’est le cas de le dire) aux préparations topiques capables de guérir des blessures et non aux médicaments cardiotoniques. De toute façon, la brave jeune fille n’est que de peu d’importance dans l’affaire qui nous occupe.

Et une jolie nurse

Elle s’appelle Claire et utilise un « parfum de chez Rochas » ; cette jeune fille, qui n’est autre que la propre fille du directeur de San-Antonio, a infiltré le consulat d’Alabanie ! Elle s’y occupe des rejetons de Mme la Consule !

Et une femme de consul endeuillée

La femme du Consul est une belle blonde qui cache mal sa fatigue « sous son maquillage » !

Le coup du père François, en bref

Comme d’habitude, Frédéric Dard se roule dans le dictionnaire avec délices, intervertissant les mots avec jubilation. Un vrai bonheur pour qui apprécie les références médicamenteuses et cosmétiques ! Pour ce qui est de l’intrigue, on se rassurera, San-Antonio est le plus fort ; il réussit à merveille à déjouer deux attentats !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., Le coup du père François in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages