Cuir chevelu sensible, de quoi s’arracher les cheveux !

La notion de « peau sensible »1 est une notion qui a hérissé le poil d’une partie de la communauté scientifique qui, pendant des années, a traité ce problème par le mépris, bien que, dès 1947, des dermatologues aient commencé à étudier le sujet. Une peau délicate dont la barrière cutanée est fragilisée, qui réagit, outre mesure, à certains facteurs externes et environnementaux, allant de la pollution aux ingrédients cosmétiques, en passant par les variations climatiques et les émotions. Mais certains dermatologues ont eu la peau dure (et on peut dire à ce titre qu’Howard Maibach n’est pas le dernier) et ont persisté et signé, sentant bien que cette sensation subjective reposait sur des bases objectives.

Laurent Misery a emboîté le pas d’Howard Maibach et a peaufiné le concept, en se disant que ce qui existe pour la peau en général (et spécialement la peau du visage) pouvait également exister au niveau du cuir chevelu. Il a, pour ce faire, mener une étude (la première du genre) sur un échantillon de 1000 personnes n’ayant pas été choisies au hasard, mais sélectionnées pour représenter la population française dans son ensemble, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage, type de zone géographique et région).2 Il a ainsi pu mettre des chiffres sur ce trouble peu connu.

On connaissait l’expression assez opaque « avoir mal aux cheveux »,3 du fait d’une consommation excessive d’alcool. On découvre que cette trichodynie est étudiée depuis les années 1990 et qu’il n’est pas forcément nécessaire d’abuser d’alcool ou d’autres choses d’ailleurs pour avoir des fourmillements dans le cuir chevelu.

Démonstration !

Définition et causes

Le cuir chevelu sensible emboîte le pas de la peau sensible en matière de définition, puisqu’il se caractérise par des sensations de picotements, de brûlures ou de fourmillements, associés ou non à un érythème ; ceci étant déclenché par des stimuli qui ne devraient pas les provoquer.4 Les cas cliniques qui sont présentés dans la littérature sont peu nombreux ; ce sont ceux de personnes à l’historique varié. Certains de ces historiques impliquent des cosmétiques (comme des huiles végétales utilisées pour contrer des chutes de cheveux) ou bien des médicaments comme le minoxidil,5 parfois associés à des cosmétiques.

Cette hypersensibilité est jugée gênante, handicapante dans la mesure où elle entrave le coiffage6 et altère donc l’image corporelle.

Avant le « cuir chevelu sensible »… la trichodynie

Cette trichodynie qui correspond à une gêne, une douleur ou une paresthésie du cuir chevelu est connue depuis les années 1990. Elle est alors corrélée avec le phénomène d’alopécie et mise en lien avec la présence d’un neuropeptide, la substance P, au niveau des zones sensibles.7-9

Un cuir chevelu sensible… dans 44 % des cas !

Sur l’échantillon de 1000 personnes recrutées pour l’étude menée par Laurent Misery en 2008, on constate que des sujets se déclarent « sensibles » (29 %) à « très sensibles » (15 %) du cuir chevelu, sachant que parmi ces 44 % ce sont les femmes qui sont un peu plus représentées (47 % pour les femmes contre 40 % pour les hommes). Cette sensibilité n’est pas forcément mise en lien avec une affection du cuir chevelu, puisque seulement 11 % des personnes déclarant avoir un cuir chevelu sensible à très sensible souffrent d’une affection.2

Un pourcentage qui varie, en France, selon les études et peut osciller de 3310 à 68 % selon le cas.4

Si l’on se place au niveau mondial, c’est l’Italie (59,4 %) qui remporte le 1er prix en matière de « sensibilité du cuir chevelu ». Elle partage à ce sujet le podium avec l’Inde (58 %) et le Portugal (56,9 %). En revanche, les personnes les moins sensibles du cuir chevelu du globe se rencontrent au Sénégal (34,3 %).11

Un cuir chevelu sensible… aux shampooings ?

Visiblement, le shampooing n’est pas le facteur majeur en matière de responsabilité dans ce phénomène de cuir chevelu sensible, puisque seulement 1 % des personnes sondées à cuir chevelu sensible à très sensible sont « toujours » irritées à la suite d’un shampooing, contre 5% qui ne le sont jamais (le reste des personnes se déclarent « souvent », « parfois » ou « rarement irritées »). Notons que dans le groupe des personnes à cuir chevelu légèrement ou non sensible, moins de 1 % sont toujours irritées après un shampooing, contre 75 % qui ne le sont jamais.2 Il ne faut sans doute pas ignorer complètement l’importance de ce cosmétique en matière de sensibilité ; on recommandera donc par prudence les formules les plus douces possibles.

Un cuir chevelu sensible… aux agents conditionneurs !

Si le shampooing semble tirer son épingle du jeu, il n’en est pas de même des après-shampooings, qui semblent impliqués dans la symptomatologie.4

Un cuir chevelu sensible… liée à une affection ou à un trouble ou à un traitement ?

Parmi les personnes qui déclarent avoir une affection du cuir chevelu, on constate que c’est l’alopécie et l’état pelliculaire qui sont le plus souvent associés à un niveau d’irritation élevé (soit respectivement 49 et 40 % des sujets ayant une affection associée).11 Certains auteurs considèrent, en effet, que la sensibilité du cuir chevelu est un symptôme fréquemment rapporté par les patients souffrant de chute de cheveux,12 mais également de psoriasis, comme en témoigne une étude récente réalisée au Vietnam.13

Certains auteurs se proposent donc de nommer sensibilité « secondaire » cette sensibilité associée à une pathologie pour la différencier de la sensibilité « primaire » se manifestant en l’absence d’affections associées.14 Plutôt une bonne idée.

Sachant qu’il est également possible de développer des sensibilités à différents niveaux, à savoir au niveau du visage en général et de la zone oculaire en particulier.15 Et que la chimiothérapie et le port de perruque peuvent également constituer des causes très logiques.16

Un cuir chevelu dont la barrière cutanée est altérée

Comme pour le cas de la peau sensible, il est fait mention dans la littérature scientifique d’une altération de la barrière cutanée17 et d’une augmentation de la PIE (Perte Insensible en Eau).18 On évoque également une modification du microbiome et du pH ainsi qu’une modification de la composition du sébum, avec, entre autres, des teneurs en acides gras libres plus élevées que la moyenne.19

Quelles solutions pour améliorer la situation ?

Il existe peu de publications sur le sujet. On note, toutefois, l’existence d’une publication émanant d’une équipe chinoise qui montre que l’utilisation topique d’une préparation à base de postbiotiques issus de ferments de type Saccharomyces et Lactobacillus permet de réguler le microbiote cutané en diminuant la présence de Cutibacterium et de Malassezia ; ceci a pour conséquences une amélioration des sensations perçues au niveau du cuir chevelu.20 Oui, la dysbiose est un élément qu’il faut corriger nous disent Guichard et al. qui misent sur des cosmétiques capables de réguler pH et flore cutanée, dans le but louable de diminuer la prévalence de cette sensibilité exacerbée.21

Et puis, il est possible aussi de mettre au point des shampooings renfermant des actifs apaisants,22 associés à des bases lavantes douces.23

Le cuir chevelu sensible, en bref

Avoir le cuir chevelu sensible ou pas ? Un peu, légèrement, beaucoup ou pas du tout ? Pour le savoir, inutile de compter les dents du peigne (l’équivalent d’effeuiller la marguerite !) il suffit de répondre à des questionnaires mis au point pour quantifier la sévérité du phénomène.24 Ensuite, il faut tenter de repérer les stimuli responsables de cette sensibilité et tenter d’agir sur eux. Et il reste encore beaucoup à apprendre sur le sujet, en espérant que cette thématique va être prise au sérieux, tout autant que celle de la sensibilité cutanée. En évitant d’attendre 50 ans ou plus comme cela a été le cas pour la peau sensible !

Bibliographie

1 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-peau-sensible-79-ans-de-discussions-scientifiques-fougueuses-au-sujet-de-cette-peau-irascible/

2 Misery L, Sibaud V, Ambronati M, Macy G, Boussetta S, Taieb C. Sensitive scalp: does this condition exist? An epidemiological study. Contact Dermatitis. 2008 Apr;58(4):234-8

3 https://www.jeanlouisdavid.com/article/actualites/dico-coiffure-avoir-mal-aux-cheveux

4 Brenaut E, Misery L, Legeas C, Roudot AC, Ficheux AS. Sensitive Scalp: A Possible Association With the Use of Hair Conditioners. Front Med (Lausanne). 2021 Mar 15;7:596544

5 Godse K, Zawar V. Sensitive scalp. Int J Trichology. 2012 Apr;4(2):102-4

6 Pham N, Nguyen CTH, Van TT. Sensitive scalp syndrome in scalp psoriasis: Prevalence, correlates, and quality-of-life impact. JAAD Int. 2025 Nov 10;24:248-249

7 Rebora A, Semino MT, Guarrera M. Trichodynia. Dermatology. 1996;192(3):292-3

8 Trüeb RM. Trichodynie [Trichodynia]. Hautarzt. 1997 Dec;48(12):877-80

9 Willimann B, Trüeb RM. Hair pain (trichodynia): frequency and relationship to hair loss and patient gender. Dermatology. 2002;205(4):374-7

10 Misery L, Rahhali N, Ambonati M, Black D, Saint-Martory C, Schmitt AM, Taieb C. Evaluation of sensitive scalp severity and symptomatology by using a new score. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2011 Nov;25(11):1295-8

11 Misery L, Halioua B, Skayem C, Baissac C, Inane M, Ben Hayoun Y, Saint Aroman M, Taieb C. Perceived prevalence of a sensitive scalp: A worldwide study. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2024 Feb;38(2):e191-e192

12 Burroni AG, Trave I, Herzum A, Parodi A. Sensitive scalp: An epidemiologic study in patients with hair loss. Dermatol Reports. 2022 Jan 26;14(3):9408.

13 Pham N, Nguyen CTH, Van TT. Sensitive scalp syndrome in scalp psoriasis: Prevalence, correlates, and quality-of-life impact. JAAD Int. 2025 Nov 10;24:248-249

14 Guerra-Tapia A, González-Guerra E. Sensitive Scalp: Diagnosis and Practical Management. Actas Dermosifiliogr. 2023 Feb;114(2):141-146

15 Misery L, Cochener B, Brenaut E, Séité S, Taieb C. Association of sensitive skin with sensitive corneas and sensitive eyelids. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2019 Jul;33(7):1358-1362.

16 Tamai N, Minematsu T, Ikeda M, Mugita Y, Sanada H. Effects of improved hypoallergenic fabrics in medical wigs in patients with breast cancer with chemotherapy-induced alopecia: a randomised clinical trial. BMJ Support Palliat Care. 2024 Dec 19;14(e3):e2563-e2570

17 Rukwied R. Physiologie der Kopfhaut [Physiology of the scalp]. Hautarzt. 2017 Jun;68(6):431-436.

18 Barry P, Teo JN, Guo JJ, Engels P, Droste K, Michaelis AK, Voss W. In-vivo pilot study to assess a new plant-based cosmetic formulation containing Ziziphus joazeiro bark extract and Apium graveolens seed extract for the improvement of dandruff while enhancing scalp microbiome balance and barrier function in subjects with oily to dry sensitive scalps. Int J Cosmet Sci. 2026 Feb;48(1):51-69

19 Ma L, Guichard A, Cheng Y, Li J, Qin O, Wang X, Liu W, Tan Y. Sensitive scalp is associated with excessive sebum and perturbed microbiome. J Cosmet Dermatol. 2019 Jun;18(3):922-928.

20 Wang Y, Li J, Wu J, Gu S, Hu H, Cai R, Wang M, Zou Y. Effects of a Postbiotic Saccharomyces and Lactobacillus Ferment Complex on the Scalp Microbiome of Chinese Women with Sensitive Scalp Syndrome. Clin Cosmet Investig Dermatol. 2023 Sep 21;16:2623-2635.

21 Guichard A, Ma L, Tan Y, Yuan C, Wang H, Lihoreau T, Humbert P, Wang X. What if scalp flora was involved in sensitive scalp onset? Int J Cosmet Sci. 2016 Aug;38(4):429-30

22 Trüeb RM. North American Virginian Witch Hazel (Hamamelis virginiana): Based Scalp Care and Protection for Sensitive Scalp, Red Scalp, and Scalp Burn-Out. Int J Trichology. 2014 Jul;6(3):100-3

23 Schweiger D, Schoelermann AM, Filbry A, Hamann T, Moser C, Rippke F. Highly efficient and compatible shampoo for use after hair transplant. Clin Cosmet Investig Dermatol. 2015 Jul 22;8:355-60.

24 Ma L, Guichard A, Humbert P, Zheng S, Tan Y, Yu L, Qin O, Wang X. Evaluation of the severity and triggering factors of sensitive scalp in Chinese females. J Cosmet Dermatol. 2016 Sep;15(3):219-25.