Cosmétiques périmés, des informations pleines d’actualité !
Si l’on se méfie des aliments dont la date de péremption approche ou est dépassée,1 on est, en revanche, souvent, peu regardant en ce qui concerne l’utilisation de produits cosmétiques périmés,2 dans la mesure où l’on a des scrupules à éliminer un produit que l’on a choisi avec amour, qui garde un aspect correct et que l’on conserve dans un tiroir au cas où…
Ce sujet, peu exploré par les chercheurs, est pourtant extrêmement important !
C’est pourquoi on a choisi pour notre actualité de parler de périmés !
Pourquoi utiliser des cosmétiques périmés ? Ou pas ?
Une étude toute récente, parue en septembre 2025, est très précieuse à ce sujet ; elle nous propose des réponses issues d’entretiens réalisés auprès de consommatrices et de femmes travaillant dans le secteur cosmétique (33 femmes interrogées au total).
La principale raison est financière. Jeter un produit qui n’est pas fini n’est pas envisageable pour les consommatrices ou pour leur famille (si la fille est éventuellement prête à jeter un produit cosmétique de luxe, sa mère arrêtera son geste et celle-ci récupérera le produit en question). Il semble bien que l’âge influence la capacité à jeter ou bien au contraire à conserver un stock de cosmétiques périmés ; les personnes plus âgées ayant du mal à se séparer de leurs cosmétiques périmés. La raison financière se double d’une raison écologique avec un sentiment de culpabilité, lié au fait de jeter à la poubelle un pot ou un tube qui est encore plein.
En ce qui concerne la perception du risque encouru, il est très variable selon les consommatrices. Si certaines n’ont pas peur d’utiliser un crayon à sourcils périmé, elles s’abstiennent en général d’utiliser un mascara périmé, du fait de son application dans une zone oculaire très proche. Les jeunes, qui ne veulent pas utiliser de périmés, indiquent qu’elles n’ont pas envie de déclencher une acné ou une irritation avec ce genre de produit ; d’autres, tout aussi jeunes, prennent le risque, en indiquant que leur peau jeune résiste à tout… On voit donc que chacune a une bonne raison d’utiliser ou non un cosmétique périmé, en se souciant ou non des éventuels risques associés avec, parfois, des raisonnements assez intéressants comme cette personne qui indique qu’elle n’hésite pas à utiliser un blush périmé, dans la mesure où elle le pose sur un fond de teint et donc pas directement au contact de sa peau.
On notera que cette étude met en évidence des consommatrices qui sont en attente d’informations et qui considèrent qu’elles manquent d’éléments concernant la conservation de leurs produits.3
Déjà faire la différence entre date de péremption et PAO !
La date de péremption est indiquée en clair par le mois et l’année, ou le jour, le mois et l’année jusqu’auxquels le produit, tant qu’il n’a pas été ouvert, conserve toutes ses qualités. Cette mention n’est pas obligatoire, si la date de péremption calculée par le fabricant est supérieure à 30 mois.
Dans le cas d’un produit à date de péremption longue (supérieure à 30 mois), le conditionnement doit porter « l’indication de la durée pendant laquelle le produit est sûr après son ouverture et peut être utilisé sans dommages pour le consommateur ». Il s’agit de la PAO (Péremption Après Ouverture), qui est matérialisée sous la forme d’un pot ouvert sur lequel est mentionné un nombre de mois.
On voit donc qu’à ce niveau la réglementation européenne est parfaitement saugrenue, puisqu’elle n’impose pas la mention d’une date de péremption obligatoire quelle que ce soit la durée de péremption estimée. De la même façon, elle n’impose pas l’affichage d’une PAO obligatoire.
Ceci est dommage car la date de péremption qui renseigne sur la validité du produit pot fermé et la PAO qui renseigne sur la validité du produit pot ouvert sont complémentaires et absolument pas opposables.
La date de péremption renseigne sur la stabilité physico-chimique (constance de la couleur, de la texture, de l’odeur du produit en lien avec la stabilité chimique des ingrédients utilisés) du produit alors que la PAO renseigne sur la stabilité microbiologique du produit (durée pendant laquelle les conservateurs antimicrobiens conservent leur efficacité en matière de lutte contre les germes apportés par le consommateur ou son environnement).
La date de péremption a donc pour but de limiter le risque chimique pendant que la PAO limite le risque biologique, le tout ayant pour but d’assurer la sécurité du consommateur.
Cas des gels hydroalcooliques, notion de PAO !
Une étude de 2022 témoigne du fait qu’un gel hydroalcoolique (un biocide et non un cosmétique) se conserve jusqu’à 921 jours après ouverture, sa teneur en éthanol ne variant pas au fil du temps.4 Oui, cela c’est OK. Il aurait pu être intéressant de vérifier l’état des autres ingrédients de la formule, afin de savoir si tous se conservent aussi bien et avant de dire OK !
Cas des produits de maquillage, notion de PAO et de péremption combinées
Les études le prouvent : certaines consommatrices ne s’embarrassent pas d’états d’âme en matière de date de péremption de leurs produits de maquillage. Le mascara acheté pour une occasion spéciale ressert pour une autre occasion spéciale… même si les deux évènements sont éloignés dans le temps. Ouvert et périmé, il est tout de même utilisé par 70 % des étudiantes brésiliennes qui ont livré le contenu de leur salle de bains à Giacomel et al. Le résultat n’est guère réjouissant d’un point de vue microbiologique, puisque l’on retrouve des germes comme le staphylocoque doré dans 79 % des échantillons testés.5 Un produit ouvert dont la PAO est dépassée s’avère donc un nid à microbes !
Cas des produits de protection solaire, notion de date de péremption
Une étude très intéressante réalisée auprès des pharmaciens de Djeddah en Arabie Saoudite montre à quel point le pharmacien est perplexe concernant la péremption des produits solaires. A la question, quelle est d’après vous la date de péremption d’un produit solaire pour lequel aucune date de péremption n’est mentionnée sur l’emballage la réponse est 3 ans (pour 16 % des personnes interrogées), 2 ans (pour 21 %), 1 an (pour 44 %), quand 18 % des personnes ne se prononcent pas, n’ayant aucune idée sur la question.
Difficile de dire quelle est la bonne réponse, si l’on ne sait pas à quelle date le produit a été fabriqué.6
Si le pharmacien est perplexe, le consommateur, quant à lui, est insouciant, puisqu’il ne s’occupe pas de regarder la date de péremption dans un tiers des cas, sans parler de plus de la moitié des personnes interrogées qui réutilisent le même produit d’une année sur l’autre.7 Précisons, toutefois, que les femmes sont de meilleures élèves en matière de protection solaire, puisqu’elles en ont une meilleure connaissance et s’intéressent, entre autres, à la notion de « date de péremption » !8
Rappelons, tout de même, le caractère crucial de cette date de péremption. On sait, en effet, qu’au cours du phénomène de vieillissement les filtres UV sont susceptibles de se dégrader et de donner naissance à des molécules toxiques, qu’il ne vaut mieux pas s’appliquer sur la peau.9
Cosmétiques périmés, en bref
Le sujet ne fait pas l’objet d’un très grand nombre de recherches. On trouve, tout de même, dans la littérature, des éléments concernant l’importance de la date de péremption dans le cas des dentifrices du fait d’une diminution de la biodisponibilité du fluor incorporé au fil du temps10 et l’on sait bien que des nitrosamines s’invitent dans un certain nombre de nos produits cosmétiques pas vraiment de première fraîcheur ;11 il est donc important d’accorder de l’importance à ces indicateurs indispensables que sont la date de péremption et la PAO, afin de pouvoir être en totale sécurité !
Bibliographie
1 Cao Y, Miao L. Consumer responses to suboptimal food products. Appetite. 2021 Aug 1;163:105205
2 Wang Y, Davies G, Derbyshire J, Ullah F. Why ignore expiry dates on cosmetics? A qualitative study of perceived risk and its implications for cosmetics producers and regulators. Risk Anal. 2025 Sep;45(9):2610-2620
3 Wang Y, Davies G, Derbyshire J, Ullah F. Why ignore expiry dates on cosmetics? A qualitative study of perceived risk and its implications for cosmetics producers and regulators. Risk Anal. 2025 Sep;45(9):2610-2620
4 Kobayashi R, Murai R, Sato Y, Nakae M, Nirasawa S, Asanuma K, Kuronuma K, Takahashi S. Study of post-opening stability of active ingredients in hand sanitizers. J Infect Chemother. 2022 Dec;28(12):1605-1609
5 Giacomel CB, Dartora G, Dienfethaeler HS, Haas SE. Investigation on the use of expired make-up and microbiological contamination of mascaras. Int J Cosmet Sci. 2013 Aug;35(4):375-80
6 Kurban NA, Altwaim SA, Altayeb GA, Somali NA, Almehmady AM, Alharbi WS. Cosmeceutical awareness among community pharmacists in Jeddah, Saudi Arabia: The case of sunscreens and moisturizers. J Cosmet Dermatol. 2020 Sep;19(9):2394-2400
7 Garbutcheon-Singh KB, Dixit S, Lee A, Brown P, Smith SD. Assessment of attitudes towards sun-protective behaviour in Australians: A cross-sectional study. Australas J Dermatol. 2016 May;57(2):102-7
8 Lee A, Garbutcheon-Singh KB, Dixit S, Brown P, Smith SD. The influence of age and gender in knowledge, behaviors and attitudes towards sun protection: a cross-sectional survey of Australian outpatient clinic attendees. Am J Clin Dermatol. 2015 Feb;16(1):47-54
9 Downs CA, DiNardo JC, Stien D, Rodrigues AMS, Lebaron P. Benzophenone Accumulates over Time from the Degradation of Octocrylene in Commercial Sunscreen Products. Chem Res Toxicol. 2021 Apr 19;34(4):1046-1054
10 Coelho CSS, Cury JA, Tabchoury CPM. Chemically Soluble Fluoride in Na2FPO3/CaCO3-Based Toothpaste as an Indicator of Fluoride Bioavailability in Saliva during and after Toothbrushing. Caries Res. 2020;54(2):185-193
11 Li Y, Hecht SS. Metabolic Activation and DNA Interactions of Carcinogenic N-Nitrosamines to Which Humans Are Commonly Exposed. Int J Mol Sci. 2022 Apr 20;23(9):4559

